Santé

Grippe A : en fait-on trop ou pas assez ?

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Alors que quasiment tous les pays de la planète sont aujourd'hui concernés, la bonne stratégie est délicate à mettre au point. Certains accusent l'OMS d'en faire trop et, en France, le professeur Bernard Debré a fait grand bruit en qualifiant la grippe A(H1N1) de « grippette » mais d'autres s'inquiètent de la date à laquelle un vaccin sera disponible. Et tout le monde s'accorde pour estimer que le coût économique sera élevé.

Observés au microscope électronique, des virus de la grippe espagnole reconstitués en 2005 au National Center for Infectious Diseases (NCID, Centres américains de contrôle et de prévention des maladies, CDC), grâce à des prélèvements effectués sur le corps de victimes de l'époque. Egalement du sous-type H1N1, il a probablement infecté la moitié de la population mondiale en 1918 (soit un milliard de personnes) et fait, estime-t-on, au moins 60 millions de morts, dont 400.000 en France. © Centers for Disease Control and Prevention's Public Health Image Library / Licence Commons

La grippe saisonnière cause chaque année, en France seulement, plusieurs milliers de décès. Elle touche en effet, bon an mal an, entre 700.000 et 4.500.000 personnes, avec une moyenne d'environ 2,5 millions et un taux de mortalité d'à peu près un pour mille, bien plus élevé chez les personnes âgées. Dans le monde entier, la grippe A(H1N1), dont l'OMS ne comptabilise plus les nouveaux cas, car l'épidémie se répand trop vite, et qui touche désormais 136 pays, a fait environ 800 victimes, pour 94.000 cas au dernier bilan. Interrogé dans le Journal du Dimanche, Bernard Debré, médecin et membre du comité national d'éthique (également député UMP de Paris) en conclut que cette maladie n'est qu'une « grippette » sans danger.

Selon lui, après le grave épisode de la grippe aviaire, dont le virus H5N1 tue le malade dans 60 à 65% des cas mais qui se transmet difficilement à l'homme, la crainte était de voir apparaître, par le jeu des recombinaisons génétiques dont les virus grippaux sont coutumiers, une forme à la fois virulente et dangereuse. « Cette loterie a eu lieu mais elle a produit un bon numéro : le H1N1. »

Bernard Debré estime que l'OMS a trop médiatisé la progression de l'épidémie et même qu'elle a « gesticulé ». Le médecin et député reconnaît que les gouvernements devaient faire quelque chose mais en évitant d'ajouter une couche de médiatisation, ce qui ne servirait qu'à affoler les populations. Le seul intérêt, explique-t-il, serait alors politique et consisterait à « marteler, à des fins politiques, le message suivant : bonnes gens, dormez sans crainte, nous veillons sur vous ».

Première concernée, Roselyne Bachelot, la ministre de la Santé, lui a répondu lundi 27 juillet, dans un entretien au Figaro, répliquant d'un perfide « Bernard Debré est un excellent urologue. Pour ma part, j'aborde cette pandémie avec le plus grand sérieux ». Selon elle, certains experts prédisent jusqu'à vingt millions de cas en France cet hiver. Avec une mortalité de un pour mille, on parvient tout de même à 20.000 morts. Le principe de précaution inscrit dans la Constitution et le traumatisme toujours sensible de l'affaire du sang contaminé doivent inexorablement conduire la France à monter la garde très haut, au point de commander 94 millions de doses du vaccin (il en faut deux par personne) alors que la Commission européenne espère vacciner 60 millions de personnes en tout, Français compris.

Bientôt une bousculade internationale pour obtenir des vaccins ?

La ministre s'en explique en affirmant que les grands laboratoires pharmaceutiques (GlaxoSmithKline, Novartis et Sanofi Pasteur) ne pourront pas servir tout le monde. Le vaccin ne sera pas disponible avant le mois d'octobre, au mieux, et les livraisons s'étaleront ensuite dans les mois suivants. La commissaire européenne à la Santé, Androula Vassiliou, a avoué, selon Le Canard Enchaîné, « qu'il n'y aura pas de vaccins pour tous ». La France semble penser que, comme au restaurant, on servira les clients dans l'ordre d'arrivée. « Il est clair qu'ils [les laboratoires] serviront en premier les pays qui auront passé commande auprès d'eux suffisamment tôt. »

Dans le même temps, Jean-Marie Le Guen, lui aussi député de Paris (PS), médecin et président du conseil d'administration de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, estime, lui, que le gouvernement se polarise trop sur la mise à disposition de vaccins, lesquels, en plus, risquent d'arriver après la montée de l'épidémie. Dans un entretien au journal Le Monde, il concède que « le vaccin reste l'arme médicale anti-infectieuse par excellence » mais qu'il est aujourd'hui impossible de garantir son efficacité. « On ne saurait se contenter d'attendre derrière la ligne Maginot du tout vaccinal ! » résume-t-il. Selon lui, des mesures doivent être envisagées à tous les niveaux pour préparer la population, « information, éducation, engagement sur le terrain, repérage et actions auprès des personnes les plus fragiles et les plus exposées ». Quant au vaccin, il devrait être partagé. « Le virus ne connaissant pas les frontières, notre pays doit aussi éviter le piège du souverainisme sanitaire, et répondre activement à la demande vaccinale mondiale. L'absence de solidarité internationale serait une faute grave qu'à juste titre on ne nous pardonnerait pas. »

Une lourde addition

Sur le plan économique, les conséquences sont difficiles à évaluer mais elles sont certaines, dues à l'absentéisme dans les entreprises comme aux restrictions de circulation que pourraient imposer les autorités. En France, qui s'est calée sur les dispositions du niveau d'alerte 5a de son Plan national de prévention et de lutte contre une pandémie grippale, passer aux niveaux suivants, 5b ou 6, comme l'envisage la ministre pour le mois de septembre, aurait, en soi, des conséquences considérables : fermetures d'écoles, de crèches et d'universités, annulations des activités collectives (fêtes, spectacles...), restrictions d'activité et de déplacements pour les entreprises...

A l'échelle de la planète, la Banque mondiale estime la baisse possible du produit intérieur brut mondial entre 0,7 et 4,8%.

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