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Diabète : on peut vivre sans insuline en s’injectant de la leptine

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Alors que l'on pensait l'insuline indispensable à la vie des mammifères, il a été montré que des souris déficientes en cette hormone pouvaient survivre. Mais pour cela, elles ont besoin de leptine, une autre hormone impliquée dans le métabolisme. Une piste à creuser pour déterminer si l'on peut remplacer l'insuline qui provoque quelques effets secondaires, dans le traitement du diabète.

Pour répondre au déficit d'insuline à l'origine du diabète, les malades doivent s'injecter quotidiennement l'hormone. Mais la leptine, sécrétée par le tissu adipeux, pourrait se révéler efficace et avec moins d'effets secondaires. Faudra-t-il changer de thérapie ? © Momboleum, Flickr, cc by nc nd 2.0

Le diabète concerne des millions de personnes à travers le monde. Cette maladie se caractérise par un défaut de production ou de sensibilité à l'insuline, hormone pancréatique intervenant dans la régulation du métabolisme, notamment en faisant baisser la glycémie. Sans prise en charge, cette pathologie s'avère mortelle. On la traite avec des injections quotidiennes d'insuline, malgré les effets secondaires potentiels : une hypoglycémie conduisant à des pertes de connaissances en cas de surdosage, et un risque augmenté de maladies cardiovasculaires.

On pensait jusqu'ici qu'il nous était impossible de vivre sans insuline. Mais cette certitude vient de s'ébranler. En effet, des souris génétiquement modifiées pour ne pas synthétiser cette hormone ont toutes survécu... si elles subissaient une injection d'une autre hormone du métabolisme : la leptine. Celle-ci contrôle notre appétit et les réserves de graisse, et peut donc compenser l'action de l'insuline lorsqu'elle est absente. Cela mène les scientifiques à réfléchir à une alternative dans le traitement du diabète, car la leptine ne provoque pas l'hypoglycémie et n'influe pas sur les risques cardiovasculaires comme l'insuline.

Mais avant cela, ils souhaitent comprendre son mode d'action. Des chercheurs suisses de l'université de Genève, dirigés par Roberto Coppari, viennent d'apporter un début de réponse à cette question à travers une recherche publiée dans la revue Cell Metabolism.

Le glucomètre permet de mesurer les taux de glucose dans le sang afin de déterminer la quantité d'insuline à s'injecter. Dans quelques années, ils serviront peut-être toujours, mais cette fois pour estimer la dose de leptine à recevoir. © Biswarup Ganguly, Wikimedia Commons, cc by 3.0

La leptine pour révolutionner le traitement du diabète ?

Les auteurs ont donc voulu comparer les effets de la leptine dans le cerveau des rongeurs sains de ceux déficients en insuline. Et les situations sont bel et bien différentes. Les neurones gabaergiques de l'hypothalamus, c'est-à-dire produisant un neurotransmetteur inhibiteur, jouent alors le rôle principal dans la médiation de l'action de la leptine sur les niveaux de sucre dans le sang, chose qui n'avait jusque-là jamais été soupçonnée.

La thérapie par cette hormone semble influencer la glycémie en augmentant l'absorption du glucose par le tissu adipeux brun et le muscle soléaire (au niveau du mollet) tout en favorisant le métabolisme hépatique, du moins chez les rongeurs génétiquement modifiés. Qu'en serait-il chez l'Homme ?

Ces travaux confirment donc l'intérêt potentiel de la leptine comme alternative aux injections d'insuline dans le traitement du diabète, afin d'améliorer la prise en charge des patients, mais il reste encore beaucoup à accomplir et à comprendre avant d'en arriver là. En attendant, d'autres chercheurs travaillent sur une troisième hormone prometteuse : la bêtatrophine. Son mode d'action ? Stimuler la croissance et la division des cellules bêta pancréatiques sécrétrices d'insuline. Ce qui ne changerait pas fondamentalement le problème...

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