Santé

Dépolluer l’organisme en perdant du poids, pas si simple !

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Les personnes obèses ayant subi la pose d'un by-pass perdent rapidement du poids, mais ont beaucoup plus de mal à se débarrasser des polluants organiques persistants... 

Perdre du poids n'est pas synonyme de dépollution de l'organisme. © Alancleaver_2000, Flickr, CC by 2.0

Les polluants nous entourent et réussissent malheureusement facilement à pénétrer dans nos organismes. Parmi les toxines auxquelles nous sommes soumis notamment par le biais de notre alimentation, certains appartiennent à la famille que l'on appelle les polluants organiques persistants (POP), qui comme leur nom l'indique, persistent dans l'environnement. Chez l'homme, ils sont préférentiellement stockés dans les tissus graisseux, et sont pour certains suspectés de modifier certains mécanismes naturels du métabolisme ou du système endocrinien.

De nombreuses publicités pour les régimes (qui sont d'ailleurs dangereux pour la santé et doivent être effectués sous le contrôle d'un médecin) expliquent leurs bienfaits et particulièrement leur effet détoxifiant sur l'organisme. Il semblerait que cet argument n'ait pas réellement été vérifié scientifiquement. C'est pour combler ce manque que des chercheurs de l'Inserm, de l'Inra et des Hôpitaux de Paris ont étudié le devenir des substances polluantes chez des obèses en voie d'amaigrissement et ont publié leurs résultats dans la revue Environmental Health Perspectives.

Les POP se retrouvent dans tous les tissus adipeux

Soixante et onze personnes obèses (dont l'indice de masse corporelle est compris entre 40 et 45, soit un poids moyen de 130 kilogrammes) ont été recrutées entre 2006 et 2008 au sein d'un programme de chirurgie gastrique (pose d'un by-pass) aux hôpitaux de la Pitié Salpetrière. Ils ont ainsi suivi ces personnes avant et après leur intervention chirurgicale et ont comparé les résultats de leurs biopsies de tissus adipeux et d'analyses sanguines à ceux de 18 personnes minces (poids moyen de 59 kilogrammes).

Le by-pass est un court-circuit entre une poche gastrique résiduelle et l'intestin, destiné à limiter l'absorption des nutriments chez les personnes en situation d'obésité morbide. © www.gastroplastie.org

Ils ont tout d'abord noté que la répartition des différents POP recherchés (des dioxines, des PCB) est similaire dans tous les tissus adipeux, quelle que soit leur localisation dans l'organisme (sous-cutanés ou viscéraux). Grâce à cela, ils ont pu déterminer aisément, grâce à une seule biopsie, la quantité totale de POP présente chez chaque individu. Celle-ci est deux à trois fois supérieure chez les individus obèses (car la masse graisseuse est plus importante), alors que les concentrations sont similaires. Des gènes connus pour être la cible des POP ont également été retrouvés surexprimés dans les tissus adipeux des patients obèses.

La concentration de POP augmente avec la perte de poids

De précédents travaux avaient montré qu'une perte modérée de poids par régime ou plus drastique par chirurgie bariatrique, était corrélée à une augmentation du taux sanguin de POP, probablement suite à la lipolyse des tissus adipeux. C'est ce qui a pu à nouveau être mis en évidence dans cette étude : trois mois après la pose du by-pass et une perte de 20 kilogrammes en moyenne, une augmentation de la concentration sanguine et adipeuse des POP a été constatée, augmentation qui s'observe sur 12 mois (la durée de l'étude).

Pourtant, six à 12 mois postopération et une perte moyenne de près de 20 kilogrammes supplémentaires, la quantité totale des POP les plus abondants (les PCB) diminue significativement (de 10 à 15 %), alors que les dioxines restent stables.

Afin d'observer les effets de ces évolutions sur la santé des patients, des marqueurs du fonctionnement de certains organes ont été recherchés : une amélioration de l'état de santé est visible pour tous (les taux de transaminases, de gamma-GT, de triglycérides et de cholestérol diminuent), mais elle est plus lente chez les personnes possédant les concentrations de POP les plus élevées.

Si les POP accumulés au cours des années perturbent la santé, il n'est pas si facile de les éliminer. Le mieux est donc de les éviter le plus possible, un défi lorsque l'on sait que nos assiettes semblent en être garnies !

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