L'équipe de Sophie Ugolini et Eric Vivier de l'Unité Inserm 631 (Centre d'immunologie Inserm-CNRS-Université de la Méditerranée de Marseille Luminy) vient de mettre en évidence le rôle de certaines cellules du système immunitaire dans la lutte contre le Plasmodium falciparum, parasite responsable du paludisme.
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Ces cellules dites « tueuses », jusqu'alors connues pour leur action dans la lutte contre les tumeurstumeurs et les virusvirus, devront désormais être prises en compte dans la recherche de nouvelles stratégies thérapeutiques et vaccinales contre le paludisme.Ces résultats sont publiés dans les Proceedings of the National Academy of Science (PNAS).

Responsable du paludismepaludisme, le parasiteparasite Plasmodium falciparum menace plus de 40% de la population mondiale et tue plus d'un million de personnes chaque année. Une simple piqûre de moustiquemoustique infecté permet aux parasites de passer dans le sang et de rejoindre le foiefoie où ils se développent et se multiplient. Après une période d'incubation de 5 à 7 jours, les parasites sont relâchés dans la circulation sanguine. Leur prolifération cyclique dans les globules rougesglobules rouges conduit à de fortes poussées de fièvresfièvres chroniques et dans certains cas à des anémiesanémies ou à des séquellesséquelles neurologiques graves pouvant entraîner la mort.

Les mécanismes de la réponse immunitaire à l'infection par PlasmodiumPlasmodium sont encore mal connus. L'effort de la communauté scientifique s'était jusqu'alors porté principalement sur l'immunitéimmunité adaptative, c'est-à-dire la réponse des lymphocyteslymphocytes B et T. Le rôle de l'immunité innée, qui est la première barrière contre les infections, a été relativement moins étudiée. Les cellules tueuses NK (Natural Killer), qui font partie du système immunitairesystème immunitaire inné, ont un rôle bien établi lors d'infections virales ou lors du développement de tumeurs mais leur fonction lors d'infections parasitaires est mal définie.

Sophie Ugolini, Eric Vivier et leur équipe ont donc tenté d'élucider le rôle précis de ces cellules NK dans la réponse immunitaire contre Plasmodium falciparum, en les mettant en présence de globules rouges infectés par différentes souches du parasite. Pour chacune des souches parasitaires testées, les cellules NK ont répondu de manière identique, en se liantliant aux globules rouges infectés et en libérant des substances qui "alertent" d'autres cellules du système immunitaire. Ainsi, pour lutter contre le paludisme, les cellules NK ne semblent pas utiliser leur arme habituelle qui consiste à détruire directement les cellules infectées, mais paraissent plutôt jouer un rôle recruteur et activateur d'autres types cellulaires.

Au terme d'une autre série d'expériences, les chercheurs sont parvenu à démontrer, pour la première fois, l'existence d'une collaboration étroite entre les cellules NK et les macrophagesmacrophages lors de l'infection par le Plasmodium. Les chercheurs estiment que cette « collaboration cellulaire » pourrait fonctionner également dans la lutte contre d'autres parasites responsables de la toxoplasmosetoxoplasmose, de la leishmanose ou de la maladie du sommeilsommeil.

L'implication d'une moléculemolécule, MyD88, liée à une voie de signalisation cellulaire conservée sur un plan évolutif de la mouche à l'homme a par ailleurs été mise en évidence. Au-delà de la compréhension des mécanismes régissant l'immunité innée lors de l'infection par le Plasmodium, les résultats obtenus par l'équipe de Sophie Ugolini et Eric Vivier ouvrent une nouvelle piste de recherche prometteuse dans la lutte contre le paludisme en mettant en lumièrelumière de nouveaux points d'action possibles pour contrôler l'infection.

En effet, le rôle des cellules NK devra dorénavant être pris en compte dans la recherche de nouvelles stratégies thérapeutiques ou vaccinales. Les chercheurs s'orientent maintenant vers l'identification des molécules permettant aux cellules NK de reconnaître directement les globules rouges infectés par le Plasmodium. Des collaborations sont en cours avec des laboratoires de l'Institut Pasteur de Paris et des études génétiquesgénétiques sur le terrain sont d'ores et déjà envisagées.