La résistance aux antibiotiques est un véritable problème de santé publique d’ampleur mondiale. La recherche de nouveaux antibiotiques, aux modes d’action différents des antibiotiques existants, est très complexe. Pourtant, il semblerait qu’une équipe ait réussi à mettre au point un nouveau médicament très original : il est basé sur des molécules existantes qui ont la possibilité de changer de forme ! Il aurait la capacité de combattre des bactéries résistantes à tous les antibiotiques actuellement disponibles.


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    De plus en plus de bactéries deviennent résistantes aux antibiotiques actuellement existants. Il s'agit d'un véritable fléau mondial. S'il faut bien sûr encourager le bon usage des antibiotiques, il est aussi nécessaire de rechercher de nouvelles molécules, avec de nouveaux modes d'action, capables de combattre les bactéries devenues résistantes. Cependant, la recherche et le développement de nouveaux médicaments demandent beaucoup de temps et d'argentargent, en particulier dans le domaine de la bactériologie. Et il y a urgence. Une équipe a eu une idée ingénieuse. Plutôt que de designer une nouvelle classe d'antibiotiques, ils ont décidé de modifier des antibiotiques déjà existants et déjà cliniquement approuvés. Cela permettrait de gagner beaucoup de temps ! Leurs travaux ont été publiés dans la revue PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences).

    Une molécule qui change de forme

    Les auteurs ont conçu et synthétisé des dimères de vancomycine modifiés. La vancomycine, une moléculemolécule de la famille des glycopeptides, est un antibiotique de grande taille. Il agit en inhibant la synthèse du peptidoglycane de la paroi bactérienne. Il est efficace contre les bactéries à Gram positif aérobies et anaérobies. Les dimères de vancomycine modifiés ont été réalisés de façon à échapper à l'acquisition de résistancerésistance de la part des bactéries. Les dimères sont associés à une molécule de bullvalène de manière fiable. Celle-ci a la propriété de pouvoir évoluer et changer de forme. Elle peut ainsi créer des ligandsligands capables d'inhiber la biosynthèse des parois des bactéries.

    Les antibiogrammes permettent de sélectionner l'antibiotique qui sera le plus efficace. © Mohammed, Adobe Stock
    Les antibiogrammes permettent de sélectionner l'antibiotique qui sera le plus efficace. © Mohammed, Adobe Stock

    Une activité antibiotique très satisfaisante

    Des tests ont été menés sur des larveslarves de fausse teigneteigne. Les dimères de vancomycine ainsi formés se sont révélés efficaces contre plusieurs bactéries multirésistantes comme les bactéries ESKAPE (Enterococcus faecium, Staphylococcus aureusStaphylococcus aureus, Klebsiella pneumoniaeKlebsiella pneumoniae, AcinetobacterAcinetobacter baumannii, PseudomonasPseudomonas aeruginosa et Enterobacter spp.), l'ERV (entérocoqueentérocoque résistant à la vancomycine), le SRM (staphylocoque résistant à la méthicilline) et le VRSA (Staphylococcus aureus résistant à la vancomycine). À priori, les bactéries n'ont pas réussi à développer de résistance contre ce nouvel antibiotique.

    Cette technique de réarrangement d'antibiotiques existants ouvre la voie à de nouvelles recherches dans le domaine de la bactériologie et offre une lueur d'espoir dans le contexte angoissant de l'antibiorésistance grandissante.