Des scientifiques canadiens font un pas en avant vers la création de greffons universels, compatibles avec tous. © Peera.P, Adobe Stock
Santé

Greffe : des médecins rendent un poumon compatible avec tous les patients

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Le groupe sanguin est l'une des sources d'incompatibilité entre un donneur et un receveur lors d'une greffe. Des médecins canadiens ont mis au point une méthode rapide pour changer le groupe sanguin d'un greffon en quelques heures, le rendant ainsi compatible avec plus de patients.

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Au Toronto General Hospital Research Institute, au Canada, des chercheurs ont réussi à changer le groupe sanguin d'un organe destiné à être greffé. En seulement quatre heures, les poumons ont changé d'identité, passant d'un groupe sanguin A à O. Il s'agit d'une étape importante dans la création de greffon universel, compatible avec tous les patients.

Le traitement enzymatique ex vivo peut éliminer l’antigène du groupe sanguin dans les poumons du donneur et rendre ainsi le greffon universel. © Université de Colombie-Britannique (Canada)

Une greffe compatible avec tous les patients grâce à des enzymes

Avant de greffer un organe, les médecins doivent s'assurer qu'il est bien compatible avec le receveur pour éviter tout rejet du greffon. Le groupe sanguin du donneur doit être compatible avec celui du receveur - en plus du typage HLA. Pour les patients porteurs d'un groupe sanguin rare, comme B- ou AB+, l'attente peut être très longue, au détriment de leur état de santé. Pour contrer ce problème, les chercheurs canadiens ont développé une technique pour se débarrasser des antigènes du groupe sanguin A exprimés par les globules rouges présents sur une greffe de poumon.

L'opération se déroule ex vivo, hors de l'organisme, sous un dôme de plastique. Le greffon est perfusé avec un cocktail de deux enzymes : la FpGalNAc désacétylase et la FpGalactosaminidase. « Ce groupe d'enzymes que nous avons trouvé dans l'intestin humain peut couper les sucres des antigènes A et B sur les globules rouges, les convertissant en cellules universelles de type O », explique Stephen Withers, membre de l'équipe de recherche affiliée à l'université de Colombie-Britannique à Vancouver. 

L'objectif de ces tests préliminaires est de s'assurer que le cocktail d'enzymes élimine bien les antigènes A sur les hématies et qu'elles n'endommagent pas le greffon. Les enzymes, concentrées seulement à 1µg/ml, ont permis d'éliminer 99 % et 90 % des antigènes A des hématies et de l'aorte, respectivement. Au total, huit poumons ont subi le même traitement, fournissant des résultats prometteurs : en moyenne 97 % des antigènes A éliminés après quatre heures de traitement, sans toxicité observable.

Sans antigène de surface, le greffon apparaît comme du groupe sanguin O, et devient virtuellement universel, compatible avec tous les groupes sanguins. Aucun humain n'a encore été greffé avec un organe traité par ce protocole, il reste donc beaucoup d'inconnues sur la viabilité de l'organe et la réaction de l'organisme. Mais les chercheurs ont simulé une greffe entre des personnes normalement incompatibles. La perfusion de sang du groupe O dans le poumon autrefois du groupe A - mais désormais rendu universel - n'a provoqué aucune réaction néfaste. 

Le greffon traité par le cocktail d'enzymes pour éliminer les antigènes des globules rouges et le rendre compatible avec tous les groupes sanguins. © UHN
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