La formation du collectif citoyen pour émettre des avis sur la campagne vaccinale est-elle une bonne chose ? © Hurca!, Adobe Stock
Santé

Collectif citoyen et campagne vaccinale : que faut-il en penser ?

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Que faut-il penser de la formation du collectif citoyen de 35 personnes tirées au sort par l'exécutif pour formuler avis et recommandations concernant la campagne vaccinale en France ?

Il y a quelques semaines, les critiques ont fusé concernant la volonté du gouvernement de former un collectif citoyen de 35 personnes tirées au sort (18 femmes et 17 hommes) via le Conseil économique, social et environnemental (Cese) pour accompagner la campagne vaccinale. Depuis le départ, cette même campagne est fustigée pour sa lenteur comparativement aux autres pays. La formation de ce collectif rajoute une couche de scepticisme, surtout parmi les scientifiques de profession. Ils attendent que cette campagne soit gérée par des experts. Alors, qui a raison ? Quels sont les véritables rôles de ce collectif et est-il légitime pour les remplir ? 

Collectif citoyen : rôle et composition

La formation de ce collectif citoyen a pour ambition de formuler des observations et des interrogations au gouvernement autour de la campagne vaccinale, que ce soit en matière de santé, d'éthique, de logistique ou sur tout autre point qui semblerait pertinent à son égard. Leurs membres seront indemnisés sur le modèle des jurés d'assises, ce qui limite le biais d'auto-sélection sans pour autant l'effacer complètement étant donné que, selon le Cese, 24 % des personnes contactées pour faire partie du collectif ont refusé pour des raisons inconnues.

Le collectif est désormais formé avec une forte diversité en matière d'âge (6 personnes de 18 à 24 ans, 5 de 25 à 34 ans, 8 de 35 à 49 ans, 9 de 50 à 64 ans, 7 de 65 ans et plus), de critères sociaux (1 agriculteur, 2 artisans, commerçants et chefs d'entreprises, 3 cadres et professions supérieures, 4 professions intermédiaires, 4 employés, 7 ouvriers, 7 personnes sans activité professionnelle, 7 personnes retraitées), de critères démographiques (7 habitants de la région parisienne, 12 habitants de villes entre 100.000 et 2.000.000 d'habitants, 4 habitants de villes entre 20.000 et 100.000 habitants, 6 habitants de villes de moins de 20.000 habitants et 6 habitants de territoires ruraux) ou encore d'opinion sur la vaccination (6 personnes sont hostiles, 16 indécises et 13 favorables). La question concernant l'opinion à propos de la vaccination a bien été posée après l'échantillonnage stratifié pour s'assurer que la diversité des opinions présentes dans la population française le soit au sein du collectif. Cette dernière n'a donc pas été un critère de sélection spécifique. 

Le collectif est désormais formé avec une forte diversité sur plusieurs paramètres pertinents. © SiberianPhotographer, Adobe Stock

Un collectif citoyen pas si obsolète

Lors de l'annonce de la formation de ce collectif, on a vu pleuvoir les critiques sur les réseaux sociaux, souvent assez péremptoires. Pourtant, son utilité semble bien réelle. Pour mieux comprendre pourquoi, nous avons discuté avec Maxime Lambrecht, chercheur en droit et en éthique, et vidéaste vulgarisateur de la chaîne YouTube Philoxime.

Nous l'avons vu, ce collectif ne peut se targuer d'être représentatif de la population française. Son nombre est beaucoup trop restreint pour y prétendre. Pourtant, cet argument n'est pas réellement valide dans le sens où il ne semble pas que l'objectif visé soit de former un collectif représentatif de la population française : « Je pense qu'il faut arrêter de mettre l'emphase sur la représentation descriptive. Ce n'est vraiment pas l'argument le plus convaincant pour justifier la légitimité de ce type de collectif. Pour une représentativité adéquate, avec une bonne marge d'erreur, il faudrait réunir un échantillon d'au moins mille personnes, comme le font les instituts de sondage. Les assemblées tirées au sort se limitent souvent à 100, 150 participants, parce que c'est difficile (et coûteux) d'organiser une délibération entre 1.000 personnes sur des questions complexes », explique Maxime Lambrecht.

La diversité cognitive est un élément essentiel pour la qualité des délibérations

En effet, le Cese affirme que l'objectif est de représenter la diversité des opinions de la population française. Et c'est précisément cette diversité qui est le point fort des assemblés citoyennes. « La diversité cognitive est un bien meilleur argument pour justifier le recours à ce type de collectif du point de vue de sa légitimité épistémique. Les citoyens sont généralement issus d'origines sociales beaucoup plus diverses que des experts ou des élus. Or, selon des chercheurs comme Hélène Landemore ou Pierre-Etienne Vandamme, la diversité cognitive est un élément essentiel pour la qualité des délibérations, notamment parce qu'un groupe diversifié de citoyens présentera moins de risques de biais », précise Maxime Lambrecht. 

C'est précisément la diversité cognitive qui est le point fort des assemblés citoyennes. © Julien Eichinger, Adobe Stock

Les vertus de la délibération 

Cette vague de protestations se donne également à voir dans un contexte assez tendu où l'on peut être tenté d'imaginer ce collectif comme une réunion de citoyens lambda qui viendraient vociférer leurs avis ou leurs opinions. C'est là qu'entrent en scène les experts indépendants et les spécialistes de l'intelligence collective pour animer les débats, dont le Cese nous a confirmé la présence.

« Les assemblées citoyennes tirées au sort (comme la Convention citoyenne pour le climat) représentent un bon compromis entre une démocratie directe et une épistocratie (le pouvoir aux experts), en ce qu'elles permettent d'allier représentation des points de vue des citoyens et qualité des décisions. Une délibération inclusive (nourrie par la contribution d'experts) permet aux citoyens de progresser en matière d'expertise sur un domaine. Au final, ils parviennent bien à trier les bons arguments des mauvais, même sur des sujets assez techniques, comme l'ont montré les assemblées citoyennes au Canada ou aux Pays-Bas sur la réforme de lois électorales complexes. En outre, les citoyens qui délibèrent montrent une remarquable capacité à réviser leur position et leurs préjugés (bien davantage que des élus) comme cela a été le cas d'un participant qui se disait climatosceptique avant sa participation à la Convention citoyenne sur le climat », détaille Maxime Lambrecht.

Au final, ils parviennent bien à trier les bons arguments des mauvais, même sur des sujets assez techniques

Aussi, la formation d'un tel collectif sur des questions de santé ne date pas d'hier. « En 2016, un jury citoyen et un jury d'experts avaient déjà été réunis dans le cadre de la Concertation citoyenne sur la vaccination en France. La démocratie en santé n'est pas quelque chose de nouveau », affirme Maxime Lambrecht. Néanmoins, on peut tout de même reprocher un point à la formation de ce collectif : son arrivé tardive. S'il avait été formé bien plus tôt, les différentes phases de travail auraient pu être terminées à l'heure actuelle et la campagne vaccinale aurait pu bénéficier dès son commencement des délibérations.

« L'adhésion de la population est essentielle en ce qui concerne une campagne vaccinale. Dès lors, on aurait souhaité que le processus soit plus clair. Les premières communications ont été assez laconiques, et cela a pu jeter le trouble sur la formation du collectif ainsi que sur ses missions », regrette Maxime Lambrecht. En conclusion, la formation de ce collectif citoyen est loin d'être quelque chose de trivial. Ce dernier participe du bon fonctionnement de la démocratie et les arguments pour soutenir ces initiatives semblent assez convaincants.

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