La fatigue chronique touche plus de femmes que d’hommes. © Ulia Koltyrina, Fotolia

Santé

Le syndrome de fatigue chronique serait lié avec un système immunitaire trop actif

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La fatigue chronique n'est pas une maladie psychologique mais un véritable syndrome ayant des causes biologiques. Une nouvelle étude suggère qu'une hyperactivité du système immunitaire favorise ce syndrome à long terme.

La fatigue chronique, aussi appelée encéphalomyélite myalgique, est un syndrome qui touche entre une personne sur 600 et une personne sur 200 dans les pays industrialisés. Mais ses causes demeurent inconnues. Les personnes qui sont touchées par ce syndrome connaissent une grande fatigue physique et mentale, qui persiste dans le temps : même en prenant du repos, les patients ne retrouvent pas la forme. Certains présentent aussi des troubles du sommeil, des douleurs articulaires, musculaires, des maux de gorge et de tête, ou des problèmes de mémoire.

Parfois, une infection bactérienne ou virale, comme la grippe, précède l'apparition des symptômes, mais le rôle du système immunitaire dans la fatigue chronique n'est pas encore très clair. Une étude britannique parue dans la revue Psychoneuroendocrinology apporte un nouvel éclairage. Deux de ses auteurs, tous deux chercheurs au King's College de Londres, en commentent les résultats dans un article en ligne de The Conversation.

Pour ces travaux, les scientifiques ont étudié 55 patients infectés par le virus de l'hépatite C, qui ont été traités avec de l'interféron alpha. Ce traitement stimule le système immunitaire et est efficace contre l'hépatite C, mais il présente des effets secondaires : il conduit souvent à de la fatigue. Les chercheurs ont eu l'idée de suivre des patients qui allaient recevoir un traitement à l'interféron alpha pour savoir quels facteurs favorisaient l'apparition de la fatigue.

Les patients traités pour une hépatite C qui ont développé une fatigue à long terme étaient un modèle d’étude pour la fatigue chronique. © Kateryna_Kon, Fotolia

La fatigue persistante associée à des niveaux élevés d’interleukine 10

Les patients ont été suivis pendant six mois après le traitement à l'interféron alpha. Dix-huit personnes, soit un tiers des patients étudiés, ont développé une fatigue persistante : six mois après le traitement, ils étaient plus fatigués qu'avant. La fatigue persistante, induite par le traitement à l'interféron, a été considérée comme un modèle d'étude pour le syndrome de fatigue chronique.

Avant le traitement à l'interféron alpha, chez les 18 patients qui ont finalement développé une fatigue persistante, les chercheurs ont trouvé des taux plus élevés d'IL-10 (interleukine 10), une protéine «  qui fait partie de la réponse immunitaire coordonnée ». Après le traitement, leurs niveaux d'IL-10 et d'une protéine inflammatoire, l'IL-6, étaient plus élevés que chez les autres patients.

Ceci suggère un lien entre la fatigue persistante et une activation précoce et exagérée du système immunitaire. D'après les deux chercheurs, « Cette activation précoce peut avoir un effet sur d'autres organes, par exemple, ce qui entraîne des modifications biologiques associées à plus de fatigue chronique et aux autres symptômes subis par ces patients. »

  • La fatigue chronique peut se développer après une infection.
  • Les chercheurs se sont intéressés à des patients infectés par l’hépatite C et traités avec de l’interféron alpha.
  • Certains ont développé une fatigue persistante, ressemblant à un syndrome de fatigue chronique.
  • Ces patients avaient des niveaux élevés d’IL-10, une protéine de la réaction immunitaire, avant l’apparition des symptômes.
Pour en savoir plus

La fatigue chronique serait une maladie biologique

Article de Futura avec l'AFP-Washington paru le 2 mars 2015

La fatigue chronique est une maladie biologique et non psychologique car elle peut être identifiée par des marqueurs dans le sang : c'est ce qu'affirme une étude publiée récemment. Elle ouvre de nouvelles perspectives pour un traitement contre cette maladie.

Une découverte publiée dans le journal Science Advances constitue la première preuve physique solide que le syndrome de fatigue chronique (SFC) est une maladie biologique, et non un désordre psychologique, et que la maladie comporte des étapes distinctes, affirment les auteurs de cette recherche de la Mailman School of Public Health, à l'université Columbia, aux États-Unis. Sans cause ni traitement connus, le syndrome de la maladie chronique, connu sous le nom d'encéphalomyélite myalgique (ME/CFS), a longtemps laissé les scientifiques perplexes. Il peut provoquer une fatigue extrême, des maux de tête, des difficultés de concentration et des douleurs musculaires.

« Nous avons maintenant la confirmation de ce que des millions de gens atteints de cette maladie savaient : la ME/CFS n'est pas psychologique, affirme Mady Hornig, professeur associé en épidémiologie à la Mailman School et principal auteur de l'étude. Nos résultats devraient accélérer le processus pour établir un diagnostic (...) et découvrir de nouveaux traitements en se concentrant sur ces marqueurs sanguins. »

Dans le sang circulent de nombreuses molécules. Parmi elles, certaines permettent de diagnostiquer certaines maladies. © J. Gathany, CDC

Les cytokines, des marqueurs de la fatigue chronique

Les chercheurs ont testé les niveaux de 51 marqueurs du système immunitaire dans le plasma de 298 malades et de 348 personnes en bonne santé. Ils ont découvert que le sang des patients atteints de la maladie depuis trois ans ou moins comportait des niveaux plus élevés de molécules nommées cytokines. En revanche, le sang des patients ayant contracté la maladie depuis plus de trois ans ne présentait pas ce niveau de cytokines. Le lien semble inhabituellement fort avec une cytokine appelée interferon gamma, liée à une fatigue qui suit beaucoup d'infections virales, selon l'étude. Cependant les niveaux de cytokine n'expliquent pas la gravité des symptômes, qui fluctuent selon les jours. Les malades souffrent certains jours et d'autres jours pas du tout.

« On dirait que les malades atteints de ME/CFS sont frappés de plein fouet par les cytokines jusqu'à la troisième année environ. À ce moment-là le système immunitaire montre des signes d'épuisement et les niveaux de cytokine chutent », explique Mme Hornig.

Cette découverte pourrait soutenir la théorie selon laquelle la maladie frapperait des patients vulnérables qui contractent un virus commun comme celui d'Epstein-Barr, à l'origine des mononucléoses, et qui ne parviennent pas à s'en remettre.

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