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Aurélien Brulé : Kalaweit, association de protection de la nature

Dossier - Portraits Nature : quand l'Homme et l'animal se rencontrent
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Vous aussi, vous vous demandez ce qu'est la biodiversité et ce qu'elle englobe ? Ce dossier est fait pour vous. Vous découvrirez ici la biodiversité sous différents angles, différents pays, différentes causes. Venez à la rencontre des hommes et des femmes qui ont dédié leur vie à leur passion : la protection d'une espèce animale malmenée par les activités humaines.

  
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L'association Kalaweit est l'aboutissement du combat mené par Aurélien Brulé pour protéger les gibbons et sensibiliser les populations à leur cause. Depuis son lancement en 1997, cet organisme n'a cessé de prendre de l'importance, notamment avec la création d'un pôle média, d'un centre de soins ou la signature d'accords avec les autorités indonésiennes. En 16 années d'existence, Kalaweit est devenue une association mondialement connue.

Gibbon à mains blanches.© JJ Harrisonj, CC BY 3.0

En 1997, l'association Kalaweit (loi 1901) est créée pour encadrer juridiquement et financièrement un projet de protection pour les deux espèces qui coexistent sur l'île, le gibbon agile et le gibbon de Müller. Kalaweit veut dire gibbon en dayak ngaju, un des dialectes parlés dans la province centrale de Bornéo. Muriel Robin en est tout naturellement la marraine. Pendant plus de 6 mois, il mène une bataille acharnée contre les autorités et le ministère indonésien des Forêts pour obtenir l'accord de s'installer au coeur du parc national de Bukit Baka Bukit Raya. Il obtient finalement l'autorisation des autorités indonésiennes pour créer et gérer un refuge de réhabilitation destiné aux jeunes gibbons, au cœur de la forêt primaire de Kalimantan Tengah.

Gibbon à mains blanches (Hylobates lar) assis dans l'herbe. © Derek Ramsey, cc by 2.5

En 1999, un protocole d'accord est signé avec le gouvernement indonésien, incluant la réhabilitation des gibbons prisés par les populations et les braconniers comme animaux de compagnie, l'information, la sensibilisation et l'éducation des populations locales ainsi que la protection des forêts sur l'île de Bornéo. La construction de la première station est entreprise au cœur de la forêt primaire et la première expérience de relâcher d'un couple de gibbons sur le site de la station permet la mise en place d'un processus de réhabilitation pour la suite du programme.

Gibbon à mains blanches (Hylobates lar) dans un arbre. © Trhiha Shears, cc by 2.5

Kalaweit se lance dans les médias avec Kalaweit FM

En 2003, l'association fait naître le premier média destiné à aider la conservation des gibbons en Indonésie : Kalaweit FM. Majoritairement à destination des 15/25 ans, la programmation a pour objectif de sensibiliser la jeunesse indonésienne au respect de la vie sauvage. Les cinq messages courts sur les gibbons lancés toutes les heures de diffusion musicale vont finir par entraîner un changement de mentalité. Les auditeurs, surtout des jeunes, appellent la hotline de la station dès qu'ils voient un animal prisonnier et n'hésitent plus à faire pression sur le détenteur pour qu'il se sépare de la bête. Actuellement, 60 % des animaux reçus à Kalaweit le sont grâce aux appels. Beaucoup plus efficace que le recours à une intervention policière, les primates sont, en principe,  protégés par la loi indonésienne, car l'association ne dispose pas de pouvoir coercitif. Face à ce succès radiophonique, Chanee a voulu lancer en 2009 une télévision bâtie sur le même concept que MTV, où des textes de sensibilisation à la cause animale devaient apparaître en bas d'écran. 

Malheureusement, le lancement de la télévision ne s'est pas fait, les autorités ne lui ayant pas attribué de fréquence, malgré trois ans de négociations. Les fréquences ont toutes été attribuées aux télévisions nationales de Jakarta. Désormais, Chanee se concentre sur la création de relais radio. Cet échec télévisuel a fait écho à celui de son École pour la nature, qui a scolarisé 30 enfants pendant un an. Ce qui aurait pu être une belle réussite s'est trouvé confronté au faible taux d'inscription d'élèves, dû aux transports trop coûteux : les familles ayant dû partir dans les bidonvilles de Palangka Raya à la suite de la montée des prix du pétrole.

Kalaweit, une reconnaissance mondiale

En 2001, un espace sanitaire, le Care Center, est acquis pour que les gibbons saisis bénéficient d'un bilan sanitaire et de soins. Dès son arrivée, le gibbon est mis en quarantaine après une prise de sang, pour analyser s'il n'a pas été infecté par une maladie lors de sa captivité. Beaucoup d'entrants sont atteints de tuberculose, d'Herpes simplex ou d'hépatite B, et 25 % d'entre eux en moyenne sont trop contaminés pour être rendus à la nature.

En 2002, la reconnaissance mondiale du travail effectué par Kalaweit passe par une étude de 18 mois menée par le docteur Susan Cheyne, de l'université de Cambridge, sur la viabilité du processus de réhabilitation mis en œuvre. Les résultats sont présentés à l'International Primate Society à Turin en 2004, et un accord est signé avec le village d'Hampapak pour l'utilisation d'une forêt-sanctuaire inhabitée afin d'accueillir les gibbons, puis avec le village de Mintin. Dans la foulée, le premier conseil scientifique regroupant les experts mondiaux des gibbons est créé. Le premier relâcher d'un couple de gibbons sur l'île de Mintin est effectué avec succès en 2003. Fort de cette reconnaissance mondiale et des succès, Kalaweit entreprend un nouveau défi : créer une seconde station à Sumatra. L'île de Marak (1.000 hectares), inhabitée et la plus boisée du Sud-Ouest de la capitale de la province, Padang, apparaît comme un site idéal : c'est un point stratégique pour contrôler les trafics d’animaux.

Créée en 1997, l'association est désormais mondialement connue. © Kalaweit

Kalaweit, un sanctuaire qui fait aussi dans l'humanitaire

Dans ces baraquements de bois pour le personnel, avec une infirmerie et un sentier qui mène aux cages de mise en quarantaine et aux volières de réadaptation à la vie sauvage, le sanctuaire de Kalaweit apparaît bien spartiate. Sa fonctionnalité repose sur la foi et la volonté d'une cinquantaine de personnes (employés et vétérinaire) qui se battent quotidiennement contre l'inexorable pénétration de l'Homme dans l'habitat animal et contre les dégâts inhérents à la cupidité humaine.

Avec le temps, les villageois partenaires de Kalaweit se sont multipliés. Le programme est devenu une grande opération humanitaire, où plus de 1.000 personnes reçoivent des aides médicales et pédagogiques. Des villages entiers sont devenus les ambassadeurs de Kalaweit et prônent le respect de la vie. Le centre a encore énormément de travail, et le défi devient de plus en plus dur, car les difficultés financières sont quotidiennes. Malgré les entraves matérielles et les menaces dont il est l'objet personnellement, Chanee ne veut pas renoncer. Et sait-on jamais : « Si l'Homme apprend un jour à aimer la vie, toute la vie, Kalaweit n'aura plus à lutter. »