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Deux sites archéologiques remarquables : Akrotiri et Théra

Dossier - Grèce : voyage aux Cyclades, perles de l'Égée
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Découvrez l’archipel égéen des Cyclades pour un voyage fascinant dans la Méditerranée orientale. Le décor de carte postale est bien connu, mais nous remonterons le temps jusqu’au Bronze ancien pour rencontrer la civilisation cycladique, fleuron du commerce et d’un art étonnamment moderne, à la merci d’un volcan.

  
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Un état de conservation digne de Pompéi pour l'une, une situation exceptionnelle pour l'autre : Akrotiri et Théra, deux villes du Bronze ancien, constituent un passage presque obligé.

En 1967, l'archéologue Spyridon Marinatos a découvert une ville appartenant à la civilisation des Cyclades, avec une forte influence minoenne. Malheureusement, ce site n'est aujourd'hui plus visitable, mais on ne peut toutefois passer Akrotiri sous silence.

Fragment d’une fresque de l’âge du bronze provenant d’Akrotiri. © DP

Le site fut remarqué pour la première fois en 1867 par le géologue français Ferdinand Fouqué, qui trouva à cet endroit un mur préhistorique. Un peu plus tard, un autre Français, géologue lui aussi, et l'archéologue allemand Robert Zahn firent plusieurs autres découvertes, puis il fallut attendre.

Deux des figures de taureau du feu des sacrifices. © DP

Revenons à Spyridon Marinatos, à la fin des années 1960. Celui qui est désormais professeur à l'université d'Athènes part à Santorin chercher les preuves de ce qu'il était le premier à avancer en 1939 : les quantités de pierres ponces recouvrant les fouilles d'Amnissos, en Crète, pourraient provenir d'une éruption du volcan de Santorin.

Fresque représentant des singes bleus, découverte à Akrotiri. © DP

Le 25 mai 1967, on commença donc les fouilles sur le site d'Akrotiri, en suivant les indications de Strabon et de Pindare, qui parlaient d'une agglomération à cet endroit de Santorin. Dès la première campagne, ce fut le succès ! Marinatos trouva une ville de l'âge du bronze anéantie par une éruption, d'un seul coup, mais très bien conservée.

Le site des fouilles d’Akrotiri protégé par le nouveau toit, en 2012. © Norbert Nagel, cc by nc 3.0

En 1974, Marinatos se tua sur le terrain. Les fouilles continuèrent ensuite sous la direction de Christos Doumas, lui aussi professeur à l'université d'Athènes.

Christos Doumas, directeur de fouilles d’Akrotiri après la mort accidentelle de Spyridon Marinatos, fait visiter le site à l’ambassadeur chinois de Grèce, Luo Linquan, le 9 octobre 2010. © Klearchos Kapoutsis, cc by nc 2.0

Akrotiri, une ville conservée sous les cendres

L'effondrement du toit des fouilles eut lieu en septembre 2005 et fit un mort et plusieurs blessés. Le site est depuis fermé au public et je n'ai donc pas pu le visiter. Voici quelques informations que l'on m'a données.

Carte d’Akrotiri à l’âge du bronze, vers 1600 avant J.-C. © Maximilian Dörrbecker, cc by nc 2.5

La visite de ruines comme celles-ci est toujours un peu décevante pour le néophyte : rues, poteries et murs, pas grand-chose de palpitant, d'autant que les fresques sont dans les musées.

Vue panoramique à 360° de la « place du Triangle » d’Akrotiri. Le bâtiment au centre est la « maison Ouest », devant laquelle passe la « rue des Telchines ». Le bâtiment en face (apparaissant des deux côtés de la figure, qui se joignent) appartient au complexe Delta. © Klearchos Kapoutsis, cc by nc 2.0

Akrotiri était la capitale et un grand port de l'île avant l'éruption qui a eu lieu vers 1645-1500 avant J.-C. Il semble que la population ait eu le temps de fuir lors des tremblements de terre qui ont précédé l'événement : aucun signe d'habitants, cadavre ou squelette n'a été trouvé. Le site révèle des choses surprenantes. De toute évidence, les habitants d'Akrotiri ont réparé leurs habitations, probablement endommagées par un séisme précédant l'activité volcanique. Puis, avant l'éruption majeure, ils ont eu le temps de rassembler leurs objets de valeur et de partir. Se sont-ils sauvés ? Ont-ils été ensevelis ailleurs ou emportés par le tsunami ? Toujours est-il que l'on n'a pas trouvé d'or, d'argent ou de bronze à Akrotiri, en tout cas pas dans les quantités que l'on s'attendait à trouver.

À la suite de l'éruption, la ville mionienne d'une superficie de 12.000 m2 fut recouverte d'une immense quantité de cendres. Cette explosion créa la caldera que l'on voit aujourd'hui à Santorin, et dont nous reparlerons, et un tsunami qui déferla jusqu'en Crète. C'est incontestablement l'épaisseur de la couche de cendres, entre 40 et 50 m, qui explique la bonne conservation du site, comme à Pompéi ou Herculanum.

Autel de pierre peint avec des dauphins. © HSTT, cc by nc 2.0

On a trouvé à Akrotiri des maisons comportant plusieurs étages avec des escaliers en pierre. On y a aussi découvert une très grande quantité de jarres en céramique et des fresques ayant gardé leurs couleurs d'origine, protégées par les cendres. Ces fresques ont été « déposées » et placées à l'abri dans les musées, à Santorin et Athènes. Celles-ci fournissent beaucoup d'informations : une flotte et son équipage permettent de connaître le gréement des navires, l'habillement des marins, leurs outils et leurs armes ; des habitants cueillant des fleurs, faisant des offrandes, des pêcheurs nus portant des poissons, des garçons boxant, nous renseignent sur la vie des hommes et des femmes de cette époque. Ces fresques sont magnifiques et très instructives.

La ville était bien organisée avec un système d'égouts, un grand port, des rues, et abritait sans doute une riche population de marchands.

Je sais que des organisations de jeunesse ont proposé des séjours pour nettoyer le site, je sais aussi que sa restauration et la mise en place d'un nouveau toit sont prévues, mais le problème est toujours le même : les finances.

Théra, un site spectaculaire

Les ruines de Théra s'étendent sur un rocher à 350 m au-dessus de la mer. La ville est plus récente que celle d'Akrotiri. Des colons doriens se fixèrent ici dès le IXe siècle avant J.-C. Les Ptolémées y installèrent ensuite une garnison chargée de surveiller les environs, et la plupart des ruines datent de cette époque. La ville comptait 5.000 habitants et 700 citernes. Puis la cité déclina sous les Romains. Personnellement, je n'ai pas trouvé ces ruines très spectaculaires, même si le site lui-même l'est.

Les ruines s'étendent de part et d'autre de la rue principale sur 800 m. On peut distinguer, du nord au sud, les principaux monuments très délabrés :

  • le téménos (enclos sacré) d'Artemidoros de Pergé, taillé dans le rocher, on peut y voir l'aigle de Zeus, le lion d'Apollon, le dauphin de Poséidon et le profil d'Artemidoros ;
  • l'agora nord est bordée par le temple de Dionysos ;
  • l'agora sud est bordée par un portique royal. Deux stèles gravées rappellent le serment des fondateurs. L'oracle demandait aux habitants de fonder une colonie grecque à Cyrène, en Libye. Un enfant de chaque famille de la ville devait prendre part à l'aventure et les exilés s'engageaient à ne pas revenir. Hérodote parle de cette colonisation forcée ;
  • le théâtre remanié par les Romains ;
  • le sanctuaire des dieux égyptiens consacré à Isis, Anubis et Sarapis ;
  • la chapelle de l'Évanghélismos avec un hérôon, édifice construit au-dessus de la tombe ou du cénotaphe d'un héros ;
  • le temple d'Apollon Carneios, fondé au VIe siècle avant J.-C ;
  • la terrasse des Fêtes, datant du VIe avant J.-C., qui était le centre d'un culte dorien en l'honneur d'Apollon ;
  • le gymnase, datant du IIe siècle avant J.-C., à l'extrémité de l'arête rocheuse ;
  • les thermes datant de l'époque romaine.