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L’obsidienne de Milos

Dossier - Grèce : voyage aux Cyclades, perles de l'Égée
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Découvrez l’archipel égéen des Cyclades pour un voyage fascinant dans la Méditerranée orientale. Le décor de carte postale est bien connu, mais nous remonterons le temps jusqu’au Bronze ancien pour rencontrer la civilisation cycladique, fleuron du commerce et d’un art étonnamment moderne, à la merci d’un volcan.

  
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Objet d'un intense commerce dans les Cyclades et au-delà, l'obsidienne de Milos a permis d'éclairer bien des points de la circulation méditerranéenne de l'âge du bronze ancien.

Escale à Milos

Des syrmatas, anciens abris pour pêcheurs et barques, dont la plupart sont aujourd’hui loués aux touristes, à Milos. © Oliwan, cc by 3.0

Du point de vue tectonique, Milos appartient à l'arc volcanique sud de l'Égée. Elle se trouve sur la plaque eurasiatique, à 220 km de la faille due au glissement de la plaque africaine sous la plaque eurasiatique. Cette dernière glisse de 2,5 cm par an. Il y a un enfoncement sensible dans la partie sud, ce qui signifie que l'île se trouve en submersion, en raison sans doute du frottement des deux plaques. Outre les roches volcaniques, on trouve quelques roches sédimentaires vers Provatas et quelques roches métaphoriques.

Les plages de Milos. © Agisfere, cc by 3.0

On trouve deux volcans sur cette île : le volcan de Fyriplaka, au milieu de la côte sud, et le volcan de Trachila, à la pointe nord-nord-ouest. Les dômes sont constitués d'andésite qui peut avoir la forme de colonnes polygonales de 20 à 30 cm de diamètre.

On remarque l'odeur et la couleur jaune caractéristiques du soufre, ainsi qu'une température très élevée du sol. On peut voir des émanations sous-marines de gaz à Aghia Kyriaki, Paléohori ou Kanava. Outre les fumerolles, on trouve aussi des sources thermales, comme à Adamas, avec essentiellement du chlorure de sodium, mais aussi des sels sulfuriques, des carbonates et des silicates de calcium, de magnésium, de potassium et d'ammonium.

La mine de soufre de Milos. © Zartosht, GNU 1.2

Une roche vitreuse et riche en silice

Outre Lipari et la Sardaigne et le Caucase, Milos fut un grand fournisseur d'obsidienne de la Méditerranée depuis des époques reculées. Les carrières de Dhemenegaki et de Sta Nychia (Adamas) sont les plus importantes d'un point de vue archéologique, en termes de durée et d'extension de la diffusion de l'obsidienne. Dhemenegaki est plus difficile d'accès, ses veines étant situées en sommet de falaise.

Miroirs en obsidienne datant du Néolithique, trouvés à Çatal Höyük, en Turquie. © Omar Hoftun, cc by 3.0

Les sources d'obsidienne sont situées sur l'arc volcanique, à Antiparos, en position interne, ou à Milos dans la partie méridionale, plus récente et source principale de l'obsidienne égéenne. Ces gisements ont été exploités depuis XIe millénaire avant J.-C.

Pointes de flèche du Néolithique : on trouve les mêmes en obsidienne. © Descouens, cc by nc 3.0

C'est au VIIe millénaire avant J.-C. que l'obsidienne de Milos, attestée au Néolithique ancien, connaît son expansion majeure, jusqu'en Thessalie et Macédoine. On la trouve aussi en Crète, dès 7000 avant J.-C.

L'obsidienne de Milos a été utilisée pour fabriquer des burins, racloirs, perçoirs, rasoirs, etc. En gros, tout ce qui doit être pointu ou tranchant. Même l'apparition des outils en métal n'a pas détrôné l'obsidienne. Il faut dire qu'un éclat d'obsidienne est très tranchant et tient bien la coupe, ce qui n'était pas le cas des premiers outils en métal, trop mous pour être très résistants, même si leur longévité était plus grande. Certaines de ces lames peuvent atteindre 23 cm de long : de véritables chefs-d'œuvre de débitage par percussion.

Au Bronze moyen, on l'utilise encore pour des pointes de flèche chez les guerriers et chasseurs mycéniens. À l'apparition du fer, son utilisation cesse progressivement.

Hérodote, Pline et Théophraste mentionnent l'utilisation en Grèce de l'obsidienne pour des miroirs, des sceaux, les yeux de statues et certaines mosaïques.