Planète

Quelques solutions réalistes

Dossier - Martinique : le littoral martiniquais
DossierClassé sous :géographie , martinique , littoral

-

L'évolution du littoral martiniquais est préoccupante car de 1955 à 1994 plus de 90 km de côte ont reculé d'une vingtaine de mètres en moyenne.

  
DossiersMartinique : le littoral martiniquais
 

Face aux mutations paysagères et à leurs incidences à long terme, des mesures drastiques devraient être prises rapidement. Dans le cadre des mesures agri-environnementales, un volet concernant l'érosion des sols sous-tend la mise en jachère des parcelles les plus pentues et la reconversion en pâturage des surfaces cultivées en bordure de rivières. Si ces mesures vont dans le sens de la protection du milieu, des décisions un peu plus fermes s'avèrent nécessaires.

L'une des premières mesures devrait être d'interdire les labours profonds (40 cm) qui accentuent l'érosion des sols. Il faudrait aussi inciter les agriculteurs à cultiver leurs champs en implantant des bandes enherbées le long des courbes de niveau. Cette technique, qui a déjà été expérimentée avec succès dans de nombreux pays, permet principalement de réduire la vitesse du ruissellement par absorption progressive du flux, de limiter l'arasement des horizons les plus fertiles et, enfin, de réduire le transport et la propagation des produits épandus sur le sol : insecticides, nématicides, etc. Pour véritablement protéger le sol, il faudrait aussi effectuer des rotations culturales ou pratiquer sur une même parcelle des activités différentes (cultures associées).

Poirier - Tabebuia pallida

Pour limiter l'impact des pluies sur les sols dénudés (zones de cultures intensives, terrassements urbains, etc.), il faudrait envisager des actions de reboisement. Pour que ces dernières soient efficaces, il importe de choisir des espèces endémiques à la Martinique et connues pour leur forte emprise au sol. Des arbres comme le poirier (Tabebuia pallida), le bois rouge (Coccoloba swarzili), le gommier rouge (Bursera simaruba) et le poix doux (Inga laurina) pourraient être replantés. Il faut surtout éviter d'employer des espèces disposant de couverts redistributeurs (feuilles très larges), car ces derniers provoquent une accentuation locale du ruissellement et un transport des agrégats.
Gommier rouge - Bursera simaruba

Dans le cadre du SDAGE (Schéma Directeur d'Aménagement et de Gestion de l'Eau) des efforts ont été envisagés notamment en ce qui concerne la mise en place d'un schéma départemental d'élimination des déchets ménagers et la réhabilitation des baies de Fort-De-France et de Génipa. Ne serait-il pas possible d'aller plus loin en raccordant systématiquement toutes les populations urbaines à des stations d'épuration ou en mettant à leur disposition des fosses septiques individuelles. Des mesures financières incitatives pourraient être envisagées : une partie du prix des fosses septiques pourrait être pris en charge par les collectivités locales, par exemple.

Enfin, avec l'aide de quelques « emplois jeunes », ne serait-il pas possible de créer une véritable brigade de surveillance environnementale chargée d'informer le public. Par exemple, qui sait que l'arrêté du 20 avril 1978 (n° 78-1530/AES/B2) interdit la collecte des madrépores, que l'arrêté du 27 septembre 1984 (n° 84-1870) réglemente la capture des langoustes (22 cm pour les Panulirus argus et 14 cm pour les Panulirus gattatus), que l'arrêté du 10 août 1992 (n° 92-1684) n'autorise la pêche des oursins que du 15 décembre au 15 janvier, ou encore que l'arrêté ministériel du 16 mars 1993 interdit la pêche et la consommation de tortues.

Cette brigade de surveillance, par ses visites régulières sur le terrain, pourrait sensibiliser la population à l'existence de ces règlements. A terme, cela devrait déboucher sur la réalisation de brochures et de plaquettes d'information et/ou de sensibilisation qui pourraient être distribuées aux usagers des milieux littoraux et marins.

Cette brigade pourrait aussi avoir en charge le nettoyage hebdomadaire des plages de la commune de Trinité, par exemple.

En définitive, quelle que soit la méthode retenue pour protéger le milieu marin, des mesures fermes devraient être prises rapidement. Dans une île aussi petite, il ne faut plus céder à la facilité ou aux pressions, car la moindre dégradation est rapidement sur-exprimée.