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Influences anthropiques traumatisantes pour le milieu

Dossier - Martinique : le littoral martiniquais
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L'évolution du littoral martiniquais est préoccupante car de 1955 à 1994 plus de 90 km de côte ont reculé d'une vingtaine de mètres en moyenne.

  
DossiersMartinique : le littoral martiniquais
 
  • a) La pollution agricole

La pollution agricole résulte prioritairement d'une utilisation excessive de produits phytosanitaires. En Martinique, ce sont chaque année près de 2 000 tonnes d'insecticides, de pesticides et de fongicides (Direction de l'Agriculture et de la Forêt, 1994) et plusieurs milliers de tonnes d'engrais qui sont utilisées. Bien qu'aucune étude n'ait quantifié l'impact de ces produits sur l'environnement marin, tout porte à croire que les eaux de pluies qui ruissellent sur les parcelles agricoles, transportent des particules toxiques (en direction des baies) qui se déposent ensuite dans les sédiments marins ou se fixent dans les tissus de la faune sous-marine. Des mesures effectuées dans la baie de Fort-De-France (Pellerin-Massicotte, 1991) soulignent les fortes teneurs en pesticides retrouvées dans les huîtres, par exemple. Les produits incriminés sont le DDT Dichloro-diphényl-trichlorétane : insecticide très toxique dont l'usage est prohibé en France et en Europe depuis plusieurs années. et le PCB   Polychlorobiphényle : composé chimique dont la décomposition produit des furannes et des dioxines. dont les doses mesurées dépassent les seuils de toxicité couramment admis.

Sédimentation des baies

La baie de Fort-De-France (la plus grande baie de l'île de la Martinique) sert d'exutoire aux rivières qui drainent le centre de l'île. Après avoir traversé les domaines agricoles (bananeraies, champs de cannes à sucre, etc.) des communes de Saint-Joseph, de Ducos, du Lamentin ou encore de Rivière Salée, ces rivières, gorgées de sédiments terrigènes, se jettent dans la baie où elles déposent leur charge sédimentaire. D'après des mesures effectuées par la Direction Départementale de l'Equipement (1984), la rivière Lézarde déposerait, en moyenne, chaque année 100 000 m3 de sédiments, alors que les rivières Monsieur et Salée en déposeraient respectivement 45 000 m3 et 90 000 m3. L'ensemble des rivières qui alimentent la baie de Fort-De-France fourniraient ainsi, chaque année, 550 000 m3 de sédiments (Saffache, 1994). Au rythme actuel de l'envasement, les fonds marins se dépeuplent et les rares platures coralliennes encore présentes sont progressivement recouvertes par une véritable chape sédimentaire (Saffache et al., 2001). Cette situation est d'autant plus alarmante qu'il ne s'agit pas d'un cas isolé, puisque le fond de la baie du Marin est lui aussi fossilisé par d'épaisses couches d'argiles.

  • c) La pollution industrielle

Dès la fin du XVIIe siècle, la Martinique s'est spécialisée dans la production de sucre et dès le milieu du XIXe siècle elle devint l'un des fers de lance de la production rhumière (Saffache, et al., 2002). Si ces activités ont joué un rôle historique et social incontestable, force est de constater qu'elles ont eu et ont encore des incidences nocives sur le milieu. A titre d'exemple, dans de nombreuses distilleries les vinasses (résidus liquides de distillation du rhum, très acides et riches en matières organiques) sont rejetées dans les rivières et les culs-de-sac marins sans traitement préalable, ce qui entraîne une chute de la teneur en oxygène de ces milieux et par extension une asphyxie de la faune et de la flore. En Martinique, si aucune étude n'a été diligentée pour apprécier le phénomène, en Guadeloupe, la distillerie de « Bonne Mère », par exemple, rejetterait en moyenne, chaque année, 3 000 tonnes de vinasses. D'après la Direction Régionale de l'Industrie et de la Recherche (DRIRE-Guadeloupe), les rejets annuels de vinasses des distilleries guadeloupéennes, équivaudraient (en pollution organique) aux rejets d'eaux usées domestiques non traitées de 180 000 habitants. On comprend dès lors, la forte mortalité des coraux et l'aspect particulièrement nécrosé de ceux qui survivent.

Les hydrocarbures participent aussi à l'appauvrissement des fonds marins. La Martinique possède une raffinerie dont la capacité de traitement annuel est de 800 000 tonnes de pétrole brut. En dépit des mesures drastiques imposées pour lutter contre la pollution, des carottages effectués dans la baie de Fort-de-France ont révélé de fortes teneurs en hydrocarbures d'origine pétrolière (Mille et al., 1991). D'autres mesures ont révélé des teneurs en zinc, cuivre, plomb, cadmium, vanadium, nickel, cobalt à des taux supérieurs aux seuils de toxicité généralement admis.

Si les industries lourdes participent activement à l'appauvrissement faunistique et floristique, il ne faut pas négliger les actions ponctuelles de certains individus qui, pour se débarrasser de quelques hectolitres d'hydrocarbures ou d'huiles usagers, n'hésitent pas à les déverser dans les rivières ou en bordure côtière.

Rappelons que l'article 8 de la loi sur l'eau n° 92-3 du 3 janvier 1992 stipule que « sont interdits ou réglementés les déversements, écoulements, jets, dépôts directs ou indirects d'eau ou de matière et plus généralement tout fait susceptible d'altérer la qualité des eaux et du milieu aquatique ».

  • e) La pollution urbaine
Fort de France

Cette pollution résulte d'un réseau de collecte des eaux usées insuffisant. A titre d'exemple, les cinq communes qui enserrent la baie de Fort-De-France totalisent plus de 170 000 habitants, alors que les dix stations d'épuration actuellement en service sont prévues pour un peu plus de 130 000 habitants. Certains quartiers ne sont donc pas raccordés au réseau de collecte des eaux usées et de nombreuses maisons individuelles ne disposent pas de fosses septiques ; des effluents usagés sont donc déversés dans les rivières via la baie de Fort-De-France. Ces eaux polluées favorisent la prolifération d'algues filamenteuses qui étouffent progressivement les coraux. A cela s'ajoute l'influence de la décharge communale de la Trompeuse (Fort-De-France), située en bordure littorale, dont les lixiviats alimentent régulièrement la baie en produits toxiques (métaux lourds, etc.).

Pollution anthropique

Quelle que soit l'origine de la pollution, les conséquences sont les mêmes : diminution de la ressource halieutique, augmentation du taux de mortalité des coraux et désertification progressive des fonds marins.

  • f) Erosion côtière d'origine anthropique

En prélevant, chaque année, de 200 000 à 350 000 tonnes de sédiments (sables et graviers) dans les rivières du nord-ouest de l'île, les carriers accentuent les mécanismes érosifs car l'approvisionnement et la recharge des plages ne sont plus assurés ; il se produit alors un déséquilibre du bilan sédimentaire favorable au recul du trait de côte. A titre d'exemple, la frange côtière qui s'étire de la commune de Saint-Pierre à celle du Prêcheur s'est repliée de 25 à 30 m en moyenne au cours de la période 1950 - 1994 (Saffache, 1998).

Ces atteintes sont suffisamment nombreuses et durables pour nécessiter la mise en place d'un véritable comité de réflexion. La Maison de la Mer semble être le cadre adéquat pour cette action.