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Le jour où la Silicon Valley inventa la citoyenneté verte

Dossier - Green IT : Enquête dans la Silicon Valley
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C’est la première fois que les technologies propres servent de véhicule à une évolution radicale. Les green IT se sont imposées dans la Silicon Valley grâce à l'influence de certains grands responsables politiques californiens, mais également dans la bouche des principaux acteurs de l’économie.

  
DossiersGreen IT : Enquête dans la Silicon Valley
 

Lundi 2 mai 2033. Raoul Lopez, le nouveau « County Mayor » d'origine cubaine, attendait ce moment depuis qu'il avait été élu : accorder la millionième « citoyenneté verte » (green citizenship) en vigueur dans la région depuis le début de la décennie.

La citoyenneté verte. © Tpsdave, DP

Pour ce petit-fils d'immigré, patron d'une entreprise qui produit de l'énergie solaire à partir de panneaux placés en orbite, la réussite éclatante de cette nouvelle citoyenneté était l'aboutissement d'une conquête avait été fut longue à se dessiner, et pour laquelle il s'était battu pendant 20 ans.

Tout avait commencé dans la Silicon Valley à la fin des années 2000. La région, touchée de plein fouet par la crise économique qui avait frappé l'ensemble de la planète, avait décidé de lancer un de ces cycles d'innovations dont elle avait le secret depuis les années 50. Cette fois, il s'agissait d'investir dans toutes les technologies basées sur le développement durable, de transformer ces technologies en produits,services et entreprises conquérantes. Pari réussi au-delà de toute espérance : plus de 10 000 entreprises avaient vu le jour dans la région en dix ans, une centaine d'entre elles réalisant même plus d'un milliard de dollars de chiffre d'affaires et leur valeur boursière dépassant les 5 000 milliards de dollars...

© 2005 David Monniaux

Au-delà de cette réussite industrielle, c'est un véritable changement de société qui s'était opéré. Car les habitants de la Silicon Valley avaient été les premiers à s'approprier ces technologies pour transformer leur vie de tous les jours. La Californie tout entière était devenue le premier marché mondial de l'énergie solaire en 2017, dépassant les pays précurseurs, comme l'Allemagne. Entre San Francisco et San José, plusieurs millions de toits s'étaient couverts de panneaux qui se miniaturisaient sans cesse au point, aujourd'hui, de n'être même plus perceptibles. Et d'ailleurs la notion même de panneaux avait disparu puisque l'énergie solaire était captée par des revêtements invisibles placés sur les murs et les fenêtres, et aussitôt transformée en une électricité irriguant des micro-réseaux.

Ceux qui ne pouvaient procéder à de telles installations s'abonnaient à des programmes de consommation électrique qui produisaient un courant exclusivement tiré d'énergies renouvelables. Tous les grands constructeurs automobiles de la planète avaient lancé leurs modèles 100 % électriques , et les autoroutes de la Silicon Valley avaient été les premières à devenir « super-intelligentes », ce qui les avait rendues les moins dangereuses du monde. Et les mieux intégrées aux différents systèmes de transport en commun.

Fortes de l'appropriation de toutes ces technologies et des conséquences qui en découlèrent sur le mode de vie, la façon de travailler, de se déplacer, de pratiquer ses loisirs et, au total, sur l'organisation de la société elle-même, les communes de la Silicon Valley décidèrent de se regrouper davantage. De s'intégrer totalement dans une « organisation verte », qui impliquerait des devoirs (une charte des comportements de développement durable obligatoires avait été édictée) et des droits. Voire des avantages.

Ainsi, la qualité de vie obtenue dans les années 2020 grâce aux nouveaux comportements respectueux de l'environnement avait produit, sur place, une richesse économique phénoménale. Or le niveau de vie moyen des habitants de la région était déjà largement supérieur à la moyenne américaine, bien avant le démarrage de ce nouveau cycle d'innovations.

Dès lors, la région décida de formaliser ce nouveau modèle de société en une structure politique. La « citoyenneté verte », accordée aux habitants de la région, était la sanction de l'acceptation d'un mode de vie spécifique. En échange de cette adhésion, les « citoyens verts » bénéficiaient de multiples avantages. Ainsi, ils ne payaient pratiquement pas d'impôts directs (les entreprises suffisaient à financer la collectivité). Ils avaient des réductions sur les produits « verts » qu'ils achetaient. Ils obtenaient toutes sortes d'avantages tarifaires et bénéficiaient de promotions.

D'un autre côté, cette citoyenneté imposait de verser des contributions financières à des fondations favorisant l'accélération de la conversion aux nouveaux modes de vie. Naturellement, les demandes de « naturalisation verte » affluaient du monde entier. La région était depuis très longtemps une terre d'immigration. Elle savait donc gérer cette affluence. Consciente que la citoyenneté qu'elle accordait conférait un statut privilégié, le « conseil de naturalisation » pouvait se permettre l'idéal :  n'accepter que des naturalisations basées sur des profils socio-économiques bénéfiques au développement harmonieux de la région. C'était la principale responsabilité politique de Raoul Lopez que de veiller à ce bon équilibre. Il ne détestait pas non plus qu'on l'invite dans le monde entier pour lui demander conseil afin « d'exporter » le succès de ce modèle citoyen...