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L’avènement de la voiture propre

Dossier - Green IT : Enquête dans la Silicon Valley
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C’est la première fois que les technologies propres servent de véhicule à une évolution radicale. Les green IT se sont imposées dans la Silicon Valley grâce à l'influence de certains grands responsables politiques californiens, mais également dans la bouche des principaux acteurs de l’économie.

  
DossiersGreen IT : Enquête dans la Silicon Valley
 

Depuis l'arrivée à la Maison Blanche de Barack Obama, la voiture propre bénéficie de l'aide d'un fervent défenseur. C'est à Washington que se décide en grande partie l'avenir de la voiture électrique aux États-Unis.

L'avènement de la voiture propre devient de plus en plus important. © Pixaoppa, DP

En mars 2009, seulement deux mois après sa prise de fonctions, Barack Obama a renvoyé le P-DG de General Motors, Rick Wagoner, parce que celui-ci ne lui présentait pas un plan de restructuration de GM suffisamment radical. Il attend de l'ex-numéro 1 mondial un plan de conversion à la voiture électrique beaucoup plus énergique.

Les USA, nouveau leader de la voiture propre ?

C'est désormais la mission fixée à ce constructeur et le président ne l'a pas caché : « Les États-Unis deviendront le leader mondial dans la construction des nouvelles générations de voitures propres », a-t-il indiqué solennellement, sur le perron de la Maison Blanche. Outre le fait que l'administration fédérale suit désormais de très près les efforts du constructeur de Detroit pour accélérer sa mue, le président américain a lancé un ambitieux programme au service de la voiture électrique « made in USA ».

1 - Tout un symbole

C'est lors d'un déplacement en Californie, au centre technologique de la voiture électrique de la société d'électricité Southern California Edison, qui alimente Los Angeles et ses environs, qu'Obama a promis 2,4 milliards de dollars pour financer l'innovation technologique dans le domaine de la voiture propre. Plus précisément, 1,5 milliards de dollars seront consacrés à l'amélioration de la technologie des batteries utilisées dans les voitures de demain, un demi-milliard pour les moteurs électriques eux-mêmes et 400 millions de dollars pour financer les nouvelles technologies permettant de recharger ces batteries dans les lieux publics.

Naturellement, il s'agit d'un signal. Ces fonds publics seront immanquablement relayés par ceux que les laboratoires de recherche privés et les universités ne manqueront pas d'investir dans ces recherches. Et il s'agit de ne pas traîner. Le président américain veut voir sur les routes, dès 2015, au moins un million de véhicules électriques capables de se recharger sur le réseau public. Pour accélérer l'adoption de ces nouvelles voitures par les automobilistes, le gouvernement a même décidé d'accorder un crédit d'impôt de 7 500 dollars pour l'achat d'un tel véhicule, quelle que soit sa marque. Il envisage même, comme en Europe, d'accorder une prime supplémentaire à ceux qui se débarrasseraient de leur ancienne voiture - polluante - afin de s'équiper d'une voiture propre.

Si le président américain a lancé son programme d'innovation technologique en faveur de la voiture propre en Californie, c'est bien sûr parce que c'est de là que devrait partir la révolution annoncée. D'abord parce qu'il s'agit, là aussi, d'une ambition politique. En effet, s'il y a un endroit dans le monde où les voitures auront l'obligation de réduire encore plus rapidement qu'ailleurs leurs émanations de gaz toxiques, c'est bien en Californie. Le gouverneur Arnold Schwarzenegger, qui a fait du combat en faveur de l'écologie la colonne vertébrale de sa politique, a ainsi fait voter une loi qui impose, dès 2013 (autant dire demain) aux constructeurs automobiles de réduire de 23 % par rapport au niveau moyen de 2005 les gaz polluants de leurs véhicules. S'ils n'ont pas obtempéré d'ici-là, ils n'auront tout simplement plus le droit de les faire circuler sur les routes du golden state. Ils ne pourront donc plus les vendre.

Ce n'est d'ailleurs qu'une première étape puisqu'en 2016, les émissions devront être ramenées à 30 % du niveau de 2005.  Pour fixer ces seuils, la Californie s'est appuyée sur une statistique édifiante : selon la National Highway Traffic Safety Administration, la consommation moyenne de la flotte qui circule sur les routes américaines aujourd'hui n'est pas meilleure que celle de la... Ford T, dont la fabrication remonte au début du XXe siècle. C'est-à-dire environ dix litres aux cent kilomètres. On est loin de la voiture propre...

Quoi qu'il en soit, la tendance à la réduction de la consommation et des émissions de gaz à effet de serre est bien là. Et le restera. Aussi bien pour le marché américain que partout ailleurs dans le monde.

La Silicon Valley se veut « capitale américaine de la voiture électrique ». Pour parvenir à cet objectif, la région a décidé d'utiliser l'une des recettes qu'elle maîtrise le mieux : malgré la crise économique, accélérer le rythme de l'innovation technologique en associant fonds privés et publics. Pour donner l'exemple, les maires des trois villes qui bordent la Silicon Valley (San Francisco, Oakland et San José) s'engagent non seulement à être les premiers à électrifier leurs flottes de véhicules municipaux mais aussi à mettre en place des dispositions réglementaires et fiscales rendant les voitures électriques les plus attractives possibles pour leurs administrés. Ces aides viendront éventuellement s'ajouter à celles de l'État fédéral.

2 - Des automobilistes prêts à jouer le jeu

Au-delà de ces incitations fiscales, la mentalité californienne laisse penser que la voiture propre a un avenir plus immédiat dans cette partie des États-Unis que n'importe où ailleurs. Rompus depuis longtemps au covoiturage et au travail à domicile, certains habitants se sont déjà convertis à la voiture en libre-service.

Ainsi, environ 20 000 automobilistes à San Francisco partagent leur automobile avec d'autres citadins. Ils le font grâce à City Car Share, qui leur propose des véhicules sur une centaine de parkings de la ville. Le fonctionnement est simple : on s'abonne, on réserve sa voiture sur Internet et on en prend possession en actionnant simplement son porte-clés électronique. Les tarifs de City Car Share sont assurément attractifs : quatre dollars de l'heure plus 44 cents par mile, assurance et essence comprises.

Si ces montants sont nettement inférieurs à ceux de la location classique, c'est que City Car Share est une association à but non lucratif, dont l'ambition est de réduire la pollution automobile et de favoriser le développement durable. Et cela commence à modifier les mentalités. Les deux tiers des utilisateurs réguliers du service assurent qu'ils ne souhaitent plus être propriétaires d'un véhicule.

Partout où un tel service a été lancé, que ce soit dans d'autres grandes villes américaines ou même en France, on constate une évolution identique des comportements.

Si l'aspect financier est important (en moyenne, un utilisateur dépense 50 dollars par mois alors que le coût global moyen d'une voiture à San Francisco est dix fois supérieur), c'est surtout pour des raisons environnementales que les automobilistes se convertissent. D'ailleurs un élément déterminant pour eux est que City Car Share leur propose des voitures hybrides ou à très faible consommation d'essence.

Toyota Prius, voiture propre emblématique de la conversion de la Silicon Valley aux clean tech © Wikipedia domaine public

D'ailleurs, ce souci écologique ne se limite pas à ceux qui choisissent le covoiturage ou la location. Environ la moitié des Prius que Toyota vend aux États-Unis circulent en Californie. Et le constructeur japonais a passé le cap du million en avril 2008...