Les corbeaux calédoniens sont les rois de la bricole lorsqu’il s’agit de manger de savoureuses larves. Des prédispositions morphologiques leur permettraient d’utiliser précisément des outils. La vision binoculaire de ces corvidés au bec droit serait notamment remarquable. La preuve en vidéo…

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    Les corbeaux possèdent de très bonnes capacités cognitives. Pour preuve, certains individus japonais ont trouvé une manière originale pour casser des noix : ils les déposent sur des routes et attendent le passage d'une voiturevoiture avant d'aller récupérer le fruit convoité. Des corvidés calédoniens ont aussi surpris des chercheurs en construisant des outils pour partir à la pêche aux invertébrés vivant, par exemple, dans du bois mort. Dans la nature, ils utilisent des branches et des feuilles. En laboratoire, un oiseau a déjà tordu un fil de ferfer en vue de se fabriquer un crochet !


    Ce corbeau calédonien emploie un bâton pour extraire une larve placée au fond d’un tube. L’animal utilise clairement ses deux yeux afin de visualiser la tâche à accomplir et  de manipuler son outil au mieux. © Jolyon Troscianko, University of Birmingham

    D'autres preuves démontrent que le choix des outils ne se fait pas au hasard. La longueur des branches utilisées serait ainsi proportionnelle à la profondeur du trou exploré. De même, ces oiseaux exploitent préférentiellement les rameaux, plus rigides, plutôt que les brindilles durant leurs opérations. Enfin, des volatiles n'hésiteraient parfois pas à se déplacer avec leurs outils, jusqu'à 100 m environ, plutôt que d'en fabriquer de nouveaux, preuve de leurs qualités !

    Le fait que certains corbeaux (ce n'est pas une généralité) puissent utiliser des outils n'est plus à démontrer, mais une question demeure : possèdent-ils des prédispositionsprédispositions morphologiques ou des adaptations spécifiques ? Jolyon Troscianko de l'University of Birmingham (Royaume-Uni), un spécialiste des corbeaux calédoniens Corvus moneduloides, vient de répondre à cette question dans la revue Nature Communications. Deux atouts majeurs peuvent expliquer la dextérité de cette espèceespèce : une large vision binoculaire en relief et un becbec droit maintenant toujours l'outil à vue !

    Le corbeau calédonien, ce Mac Gyver au bec droit

    Un ophtalmoscope a été utilisé pour caractériser le champ de vision et la mobilité des yeux chez 18 corbeaux appartenant à 6 espèces différentes (C. moneduloides, C. corone, C. monedula, C. albus, C. corax et C. frugilegus)). Cet appareil est couramment employé chez les animaux pour tester différents réflexes oculairesoculaires et ainsi vérifier leurs capacités visuelles. Le corbeau calédonien dispose d'une vision binoculaire là où les champs de vision de chaque œilœil se chevauchent, particulièrement importante puisqu'elle couvre un angle de 61,5°. C'est le record parmi les oiseaux étudiés avec cette méthode (46 espèces au total). 

    La vision binoculaire couvre en plus un angle de 140° entre le bec et l'arrière de la tête, un record chez les corvidés. Ce n'est pas tout. Les yeux de C. moneduloides sont extrêmement mobilesmobiles puisque l'amplitude maximale de ses mouvementsmouvements a atteint une valeur de 38,8°. Par comparaison, elle n'est que de 32,5° chez le corbeau pie C. albus

    Le corbeau calédonien possède une autre particularité par rapport à ses confrères : son bec est droit, c'est-à-dire non recourbé vers le bas. Tout objet tenu peut donc rester dans un plan horizontal par rapport au bec et dans le champ de vision binoculaire de l'animal. Par ailleurs, les rameaux peuvent être appuyés contre la joue du corbeau, une situation mécaniquement avantageuse. Avec un bec courbe, les outils sont dirigés vers le bas, donc invisibles, et ne peuvent pas prendre appui sur la tête du volatile. 

    Corvus moneduloides posséderait donc des caractéristiques morphologiques lui permettant d'utiliser des outils, un fait rarement mis en évidence chez des animaux n'appartenant pas au groupe des hominidés.