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Sur les traces du requin pèlerin : vous aussi, cherchez l'aileron !

ActualitéClassé sous :zoologie , océanographie , biologie marine

Une équipe de biologistes marins s'apprête à traquer ce sélacien géant, menacé par la pêche accidentelle et encore mal connu, en mer d'Iroise et en mer d'Irlande. Elle fait aussi appel à tous les amoureux de l'océan, des kayakistes aux « voileux ».

Jusqu'à douze mètres de longueur et cinq tonnes sur la balance mais complètement inoffensif et très mal connu... C'est le requin pèlerin. © Chris Gotschalk / Licence Commons

Avec ses dix mètres de longueur en moyenne, c'est un des plus grands poissons. Pourtant, le requin pèlerin, alias Cetorhinus maximus, reste discret et les biologistes en savent très peu sur sa vie. On connaît depuis toujours son long nez pointu (qui a valu son nom à l'espècerhinus voulant dire nez). On sait que ce paisible géant se nourrit de zooplancton, qu'il avale grâce à son immense gueule et qu'il filtre à l'aide de structures ressemblant à des peignes (les branchiospines) installées dans ses immenses fentes branchiales. Alors que l'on a longtemps pensé qu'il se nourrissait au hasard en nageant au petit bonheur, les biologistes ont finalement compris qu'il choisit ses zones d'approvisionnement et sait y revenir aux bonnes époques. On le trouve dans presque tous les océans du monde mais toujours non loin des côtes, sur les plateaux et les talus continentaux, là où le plancton est le plus abondant.

Ce sélacien (famille des Cétorhinidés) devrait donc être facilement observable. Mais ces poissons vivent isolés et les populations sont petites et clairsemées (il est probable que les océanographes, eux aussi, sont trop peu nombreux...).

Les déplacements, les mœurs et la reproduction de ce chondrichtyen géant, juste un peu plus petit que le requin baleine, sont à peu près inconnus du monde des hommes. Pourtant, les rencontres ne sont pas rares. Le requin pèlerin a longtemps été pêché, pour sa chair, son foie, sa peau et, en Asie, pour ses ailerons. En Europe, la pêche est devenue marginale, essentiellement norvégienne. Mais ces grands poissons sont régulièrement victimes de pêche accidentelle et même de collisions avec les grands navires. Comme d'autres requins, l'espèce figure maintenant sur la Liste Rouge de l’UICN au chapitre En Danger d'extinction.

Le dos et les flancs du requin pèlerin sont gris-brun. Sa première nageoire dorsale (aileron) peut dépasser le mètre. La seconde nageoire dorsale est petite. La caudale est asymétrique, la partie supérieure de grande taille. Le requin se nourrit en nageant près de la surface, gueule ouverte. © J. Mourier / Apecs

Chasse au gros

Pour en savoir plus, une opération baptisée Sur les traces du requin pèlerin vient d'être organisée et s'apprête à prendre la mer dès lundi prochain, réunissant une équipe de scientifiques de l'Association Pour l'Etude et la Conservation des Sélaciens (Apecs, créée par des étudiants en biologie marine de l'université de Brest), de scientifiques de la Fondation Malpelo (en Colombie) et d'agents du Parc naturel marin d'Iroise. Le Fleur de Lampaul, un ancien caboteur breton devenu monument historique et ambassadeur de la Fondation Hulot, sera de la partie.

Du premier au 15 juin, l'équipe naviguera au nord de la mer d'Iroise (qui vient lécher la pointe ouest de la Bretagne) sur deux sites du Parc naturel marin d'Iroise. L'un est situé au large de Porspoder et de Lampaul-Plouarzel, c'est-à-dire entre la côte bretonne et Ouessant, et le second au sud de l'archipel de Molène (donc au large du Conquet et de la pointe Saint-Mathieu). Une seconde expédition s'intéressera, du 5 au 14 juillet, aux abords de l'île de Man, en Irlande.

L'objectif ? Des ailerons... Non pour les récupérer, bien sûr, mais d'abord pour les photographier. Car pour cet animal si mal connu, une simple rencontre est précieuse et un ensemble de données de ce genre renseigne les biologistes sur les populations, les déplacements et les lieux de nourrissage. L'équipe, de plus, emportera cinq balises radio, permettant un suivi par satellite, et espère bien pouvoir les fixer sur l'immense poisson.

Mais en dehors de ces expéditions, les observations de tous sont sollicitées, où qu'elles aient lieu. Tous les arpenteurs des mers, marins pêcheurs, navigateurs au long cours, plongeurs, plaisanciers ou kayakistes peuvent donc eux aussi participer à cet effort de recherche et noter soigneusement, et, mieux, photographier, l'apparition d'un grand aileron (voir l'image au sein de cet article) et prévenir l'Apecs (06 77 59 69 83). Pour un animal si rare et si discret, il n'y aura jamais trop d'observateurs...

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