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Les singes titis utilisent leur capacité syntaxique en cas de danger

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Face à un prédateur, les titis à front noir du Brésil (Callicebus nigrifrons) organisent leurs cris d'alarme de manière à fournir des informations à la fois sur son type (chat-tigre ou rapace) et sur sa position (au sol ou dans l'arbre). Pour ce faire, ces singes du nouveau monde, ou platyrhiniens, exploitent tout simplement des capacités syntaxiques !

Les titis à front noir (Callicebus nigrifrons) sont considérés comme quasi-menacés par l'UICN depuis 2008. L'espèce est frugivore, monogame et territoriale. © Tomaz Nascimento de Melo, Flickr, cc by 2.0

Comme d'autres mammifères ou les oiseaux, les primates émettent des cris d'alarme à l'approche d'un danger pour prévenir leurs congénères. Plusieurs études l'ont montré, notamment chez les chimpanzés, ces sons peuvent varier en fonction du type de prédateur repéré (vipère ou léopard, par exemple), de sa position, de sa taille ou du niveau de risque... mais ils ne fournissent qu'une seule information. En est-on certain ? 

La question se pose notamment depuis 2009, année où des expériences ont dévoilé les capacités syntaxiques des mones de Campbell (Cercopithecus campbelli campbelli),  des singes cercopithèques catarhiniens (également dits de l'ancien monde). En d'autres mots, ils savent combiner différentes unités syntaxiques en propositions, afin de transmettre plusieurs informations simultanément à leurs semblables. Par exemple, le cri Krak Hok-oo signifie « attention, il y a un léopard en haut dans le voisinage », sachant que Krak veut dire « attention, léopard » et Hok-oo «  il y a quelque chose en haut dans le voisinage ».

Pour la première fois, cette capacité a été découverte chez des singes platyrhiniens (du nouveau monde) : les titis à front noir du Brésil (Callicebus nigrifrons). Menées par Cristiane Cäsar de l'université de St-Andrews (Royaume-Uni), les expériences ont été réalisées en milieu sauvage, dans une réserve naturelle privée de l'État du Minas Gerais au Brésil. Elles ont été décrites, avec leurs résultats, dans les pages de la revue Biology Letters.

Les titis à front noir (Callicebus nigrifrons) ont une queue préhensile et, comme tous les platyrhiniens, sont arboricoles. © WolfmanSF, Wikimedia commons, cc by 2.0

Des cris d’alarme de primates modulés selon le danger et sa position

Les Callicebus nigrifrons sont des primates néotropicaux diurnes, qui vivent en petits groupes familiaux (ils sont composés des deux parents et de leur progéniture). Ils craignent les oiseaux de proie, les serpents et les prédateurs terrestres, dont ils signalent la présence à l'aide de trois cris d'alarme composés de sons particulièrement hauts. Deux d'entre eux sont communément utilisés dans un contexte spécifique. Le cri A désigne la présence d'un oiseau de proie en hauteur (comme un Caracara, un genre de falconidés), tandis que le B est émis pour les dangers terrestres (par exemple représentés par un oncille, autrement appelé chat-tigre). 

Les expériences ont été menées avec cinq groupes de titis, qui ont tous réagi à l'identique. Dans un premier temps, un caracara a été placé au sol, là où les singes peuvent le remarquer. La réaction ne s'est pas faite attendre, plusieurs cris d’alarme successifs ont été émis... et enregistrés. Ils se composaient de séries de quatre unités A, dans lesquels était inséré un appel B. Pour la suite des tests, un oncille a été placé en hauteur, dans un arbre. Les singes ont alors réagi en émettant un cri A, suivi de plusieurs vocalisations de type B. Ainsi, les titis peaufinent leurs cris d'alarme pour rendre compte du type de danger repéré et de sa position, mais 5 à 6 appels consécutifs sont requis pour fournir les informations.

Catarhiniens et platyrhiniens partagent donc des compétences syntaxiques, un élément clé du langage humain, bien que leur répertoire vocal soit réduit. L'apparition de cette capacité au cours de l'évolution pose question. Est-elle par exemple apparue une fois, chez l'ancêtre des deux groupes voici plus de 40 millions d'années, ou deux fois de manière indépendante dans chacune des deux lignées ? Quoi qu'il en soit, les scientifiques vont maintenant tester les réactions des titis en présence de sons qui leur sont diffusés, puis s'intéresser à d'autres espèces, y compris à des grands singes

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