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Le pétrole dévoré de l'intérieur par des bactéries

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Une étude montre que des micro-organismes sont capables de vivre entièrement immergés dans des poches de pétrole et de le transformer. Jusqu'à présent, on pensait que de tels processus biochimiques n'étaient réalisables qu'à l'interface entre de l'eau et de l'huile minérale naturelle.

Les scientifiques ont étudié les bactéries et les archéobactéries de Pitch Lake à La Brea, dans les Caraïbes. Ce lac asphaltique contient une épaisse boue noire, mélange de bitume, d'argile et d'eau salée. © Jw2c, Wikimedia Commons

Des gouttelettes d'eau contenues dans des réservoirs naturels de pétrole offrent autant de microhabitats favorables à certains microbes, révèlent des scientifiques du centre de recherche allemand Helmholtz Zentrum München dans un article de la revue Science.

Les auteurs ont fait cette découverte dans le bitume de Pitch Lake, en République de Trinité-et-Tobago, au large du Venezuela. Dans ce gisement naturel de 40 hectares de surface et de 75 mètres de profondeur (le plus grand du monde), les chercheurs ont puisé des échantillons d'eau d'un à trois microlitres de volume.

L'extraction et le séquençage de l'ADN qu'elles contiennent révèlent la présence d'une multitude de bactéries productrices de méthane. En revanche, la composition chimique de microgouttes témoins obtenues par le mélange de bitume à de l'eau distillée diffère, ce qui indique que les bactéries de la première catégorie dégradent activement les hydrocarbures. Isolés dans leur capsule aqueuse, les êtres vivants baignent en phase huileuse où ils puisent des éléments nutritifs et des métabolites utiles à leur développement. La réaction ne se localise donc plus uniquement au fond du lac, là où se rencontrent le goudron et les eaux naturelles, comme le pensaient préalablement les chercheurs.

D'autres bactéries, qualifiées d’extrémophiles, vivent dans des environnements peu hospitaliers. Ici, des cheminées hydrothermales à plusieurs centaines de mètres de profondeur sous l'océan, sans lumière, sans oxygène, à très haute température et en présence de fluide acides et métalliques, sont colonisées par des bactéries thermophiles. © P. Rona, Wikimedia Commons

Une découverte qui redonne l’espoir d’une vie extra-terrestre

« La dégradation modifie la composition chimique de l'huile minérale et conduit à la formation de bitume visqueux, comme des sables bitumineux en fin de compte , explique le professeur Rainer Meckenstock, auteur principal de l'étude. Nos données fournissent ainsi des informations importantes sur la qualité de l'asphalte et sont donc essentielles pour l'industrie de ce qui reste la source d'énergie la plus importante au monde. »

Les résultats pourraient servir aux compagnies pétrolières dans leur stratégie pour limiter la biodégradation des gisements de pétrole, en évitant la formation de microgouttes d'eau lors des forages, notamment.

En outre, les capacités de dégradation des composés chimiques du pétrole par ces micro-organismes pourraient s'avérer très utiles pour la dépollution des eaux souterraines contaminées, par exemple, par une rupture d'oléoduc.

Selon le coauteur de l'étude Dirk Schulze-Makuch, astrobiologiste à l'université de l'État de Washington, à Pullman, aux États-Unis, la vie dans de telles conditions toxique permet de penser qu'elle pourrait exister sous les lacs d'hydrocarbure de la lune Titan de Saturne où le méthane et l'éthane pourraient se mélanger avec les eaux souterraines.

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