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De l'œuf à l'adulte, le thon en aquaculture, est-ce pour bientôt ?

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Le thon est l'un des poissons les plus consommés au monde, chaque année il en est pêché quelque 4,5 millions de tonnes. L'élevage complet de ce grand animal migrateur, qui refuse de se reproduire en captivité, tient du défi. Lequel a été relevé par une équipe américaine qui veut faire pondre les thons captifs pour réduire la surpêche.

Les étudiants diplômés Chelsea Roy et Taylor Voorhees nourrissent les thons albacores résidant actuellement dans le bassin. © Université de Rhode Island

Depuis les années 1950, les populations de thons rouges et de germons ont diminué de 90 %. Aujourd'hui les prises de thons rouges sont limitées à 13.500 t dans l'Atlantique et la Méditerranée, le quota étant fixé à 1.750 t pour l'Atlantique ouest. Pour les autres espèces de thons, la demande alimentaire augmente d'année en année et la pêche illégale se multiplie.

Afin de répondre au besoin croissant du marché, nombre de fermes aquacoles se développent. Elles capturent de jeunes thons et les nourrissent dans des cages flottantes, jusqu'à ce qu'ils atteignent la taille et le poids réglementaires. Mais ces prélèvements de juvéniles affectent significativement le renouvellement des stocks sauvages. La meilleure solution pour le thon d’élevage serait de réussir à le suivre depuis la ponte jusqu'à sa taille adulte. L'enjeu économique et écologique est de taille, mais jusqu'à présent, aucune équipe de recherche n'est parvenue à développer une technique viable de reproduction.

Des larves de thon rouge à peine écloses. Chaque animal est encore relié à un énorme sac vitellin, renfermant quelques réserves alimentaires, qui seront vite assimilées. © Fernando de la Gándara, IEO, Ifremer

Aux États-Unis, une équipe de l'université de Rhode Island a lancé son premier programme de recherche dédié à l'élevage des œufs de thons. Ce dernier, piloté par le chercheur Terrence Bradley, est loin d'être simple. Le saumon, lui, se reproduit relativement bien dans les fermes, malgré l'espace restreint dont il bénéficie. Son élevage est plus facile car il pèse 4 à 5 kg et mesure moins d'un mètre. En revanche, un thon jaune, par exemple, peut mesurer plus de 2 m et peser près de 200 kg. De plus, c'est un grand migrateur, qui vit dans l'océan large. Il a besoin de grands espaces pour se développer, c'est pourquoi l'acclimater dans les bassins des fermes relève presque de l'impossible.

De l’œuf au thon adulte, tant d’embûches

L'automne dernier, l'équipe de recherche a pêché quelques juvéniles de thons jaunes de l'Atlantique à une centaine de kilomètres des côtes de Rhode Island. Depuis, ils essaient de les acclimater dans un bassin de 76 m3. Ils ont choisi des thons albacores car ce sont en moyenne les plus petits, mais ont dû en pêcher plusieurs, car il n'est pas possible de distinguer les mâles des femelles.

La première étape du projet consiste à les familiariser avec leur nouveau milieu, de façon à ce qu'ils se reproduisent et pondent. « Si vous mettez trop de poissons dans un aquarium, ils sont stressés et la qualité de l'eau commence à se dégrader. Moins vous les stressez, plus ils sont susceptibles de se reproduire dans un délai raisonnable », ajoutait Terrence Bradley. Les thons ont, semble-t-il, accepté les conditions de vie du bassin, ils ne leur reste plus qu'à se reproduire. Ensuite, le développement des larves est complexe. Les larves microscopiques doivent être nourries d'aliments vivants qui ont été élevés dans le même bassin. Après quelque temps, il faut les sevrer avec une alimentation à base de farine animale.

« Ces premières étapes du projet concernent avant tout l'apprentissage des premiers cycles de ces poissons, afin de développer les techniques adéquates pour les élever. » S'ils arrivent à élever ces thons, les scientifiques pourraient alors les vendre aux fermes aquacoles, qui n'iraient ainsi plus pêcher les juvéniles sauvages. Au Japon, un thon juvénile de 20 cm se vend une centaine de dollars.

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