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L'Islande met un terme à la chasse à la baleine

ActualitéClassé sous :zoologie , Baleine de Minke , Rorqual commun

Le ministre des pêches islandais, Einar K. Gudfinnsson vient de déclarer que son pays n'avait aucune raison de poursuivre la chasse à la baleine, la demande des consommateurs s'étant tarie et les projets d'exportation vers le Japon n'ayant pas abouti.

Baleine de Minke. Crédit Interet-General.info.

En 2003, l'Islande avait repris la chasse à la baleine à des fins qualifiées de "scientifiques" après une interruption de 14 ans, en s'accordant un quota de 200 baleines de Minke, appelées aussi Petit Rorqual (Balaenoptera acutorostrata). Puis en 2006, le gouvernement islandais accordait des autorisations pour la chasse à but commercial de 30 baleines de Minke et 9 rorquals communs.

Baleine de Minke (GNU Free Documentation License).

Cette décision soulevait une vague de protestations venant du monde entier. Aussitôt, l'équipage d'un bateau de pêche appartenant à l'homme d'affaires islandais Kristjan Loftsson harponnait un rorqual commun, ce qui exacerbait encore les adversaires de cette chasse, largement majoritaires dans le monde. De nouvelles réactions fusaient aussitôt de la part des gouvernements du Royaume-Uni, des Etats-Unis, de France, d'Australie, de Nouvelle-Zélande, ainsi que de l'Union Européenne qui émettaient des déclarations publiques de protestation. L'IFAW (le Fonds international pour la protection des animaux) fustigeait aussi le gouvernement islandais pour le soutien apporté aux chasseurs de baleines.

Viande de baleine en surplus

Ramené au port de Hvalfjördur (qui signifie le fjord des baleines), le cétacé a ensuite été dépecé en plein air, car la seule usine de traitement encore existante et construite durant la seconde guerre mondiale n'était plus en état. La viande a été entreposée dans les congélateurs d'une usine locale de traitement du poisson, où elle a été bientôt rejointe par celle provenant de six autres rorquals communs et de sept baleines de Minke.

Dépeçage en plein air au port de Hvalfjördur. Crédit IFAW.

La plus grande partie s'y trouve toujours, invendue. Car l'Islandais refuse désormais de consommer cette viande. Et alors que les Japonais représentaient le principal acheteur potentiel pour ce produit, leur ambassadeur en Islande déclarait qu'il n'était plus intéressé et mettait fin aux tractations en cours en raison des surplus de viande de baleine déjà entreposés dans son pays.

Une pratique en voie de disparition ?

Suite à cette mévente, les pêcheurs se détournent à présent de la baleine, du moins en Islande, raison pour laquelle le ministre des pêches en a déclaré l'inutilité. Par ailleurs, elle entre directement en concurrence avec le très florissant tourisme baleinier, qui génère plus de 20 millions de dollars de chiffre d'affaires annuel. L'autorisation de chasse se termine en octobre 2007, et le quota ne comprend plus que six baleines de Minke à harponner, dont de toutes façons personne ne veut... Il est donc plus que probable que cette autorisation ne soit jamais reconduite.

"Il s'agit d'une nouvelle fantastique pour les baleines et pour l'Islande", s'est réjoui Robbie Marsland, Directeur du bureau d'IFAW en Grande-Bretagne. "La chasse à la baleine est cruelle et inutile, et toutes nos études ont également montré que la viande de baleine n'est guère demandée, ni en Islande, ni ailleurs. Nous saluons la remarque du ministre et le félicitons d'avoir admis l'inexistence du marché et choisi de ne pas poursuivre le massacre inutile des baleines. Nous espérons que l'industrie islandaise de l'observation des baleines continuera à prospérer, l'image du pays n'étant plus ternie par la pratique de la chasse", a-t-il ajouté.

La fausse note des Japonais

Malheureusement, cette importante annonce était ternie le même jour par un évènement qui se déroulait au large d'Hokkaïdo, au Japon. Vers 10h45, une flotte d'éco-touristes provenant du monde entier avait pris la mer pour admirer dans leur élément les baleines à bec de Baird (Berardius bairdii). Un animal ayant été repéré grâce à son souffle caractéristique, la flottille s'est approchée, d'autant qu'un autre bateau se trouvait déjà sur place.

Dépeçage d'un rorqual commun à bord du navire-usine "Nisshin Maru". Crédit Greenpeace.

Les amoureux de la nature se sont alors aperçus que ce bateau était en réalité un baleinier japonais dont l'équipage venait de harponner le cétacé, et commençait à le hisser à bord. Injures et cris de dégoût ont fusé à destination des chasseurs, mais trop tard, le mal étant fait. Un des navires touristiques a dû rebrousser chemin dans l'urgence, un enfant se trouvant à bord ayant été victime d'un malaise devant la scène d'horreur et devant être hospitalisé.

L'animal a été dépecé et conditionné au port de Rausu, où sa viande a pu rejoindre les surplus de production évoqués par l'ambassadeur japonais en Islande.

L'IFAW

Fondée en 1969 et présente dans 15 pays, l'IFAW (Fonds international pour la protection des animaux) est une ONG dotée d'un statut consultatif auprès du Conseil économique et social des Nations Unies.

Son siège social est situé à Cape Cod (Massachusetts), et son action est centrée sur la fourniture d'aide d'urgence aux animaux en détresse ou dont la survie de l'espèce est menacée, ainsi que contre le trafic d'animaux.

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