Planète

Hécatombe d’oiseaux protégés, victimes de la bromadiolone

ActualitéClassé sous :zoologie , développement durable , campagnol terrestre

Dans certaines régions françaises, l'utilisation de la bromadiolone pour lutter contre les campagnols dans les champs entraîne des dommages collatéraux. Buses et milans, des oiseaux protégés, en font les frais. Ce qui indigne les associations écologistes.

Le milan royal est aussi victime de la bromadiolone. © petitpere, Flickr, cc by nc sa 2.0

Le campagnol terrestre (Arvicola terrestris) est un animal ravageur. Il se nourrit de fruits et de végétaux et s'invite régulièrement sur les parcelles des agriculteurs. Comme tous les animaux nuisibles, il n'est pas le bienvenu et fait l'objet d'une lutte acharnée. Mais il semblerait que celle-ci fasse également des victimes collatérales chez les oiseaux.

C'est grâce à des anticoagulants qu'on se débarrasse de ces rongeurs. Le plus utilisé est la bromadiolone. Ce rodenticide agit au niveau du foie où il entre en concurrence avec la vitamine K sur une enzyme réceptrice (l'époxyde réductase). Son action empêche la synthèse de la prothrombine, une enzyme provoquant la coagulation. La bromadiolone est donc un anticoagulant et provoque des hémorragies internes entraînant la mort.

Modification de la structure du paysage

Son utilisation en France remonte aux années 1970 et correspond à un changement de structure des paysages. Avec la Pac (Politique agricole commune), en 1962, et le développement de l'agriculture motorisée, le paysage agricole s'est métamorphosé : les haies ont eu tendance à disparaître, les parcelles agricoles se sont multipliées aux dépens des forêts et bosquets, la taille de ces parcelles s'est agrandie, etc. Autant de modifications propices à l'émancipation des rongeurs.

Les populations de campagnols terrestres suivent des cycles qui durent environ six ans. © Ministère de l'Agriculture

Avant cela, la dynamique des populations de campagnols suivait des cycles d'une dizaine d'années, alternant ainsi fortes et faibles densités. Et les prédateurs naturels de ces rongeurs (souvent des oiseaux) étaient assez nombreux pour réguler convenablement ces populations et dans la limite tolérée par les agriculteurs.

La seconde conséquence de la métamorphose du paysage agricole est que la fréquence des cycles a augmenté et que les prédateurs naturels ont vu leur habitat considérablement diminuer. Devant la multiplication des petits rongeurs, le recours à une lutte - en l'occurrence chimique - s'est imposé. 

Les dommages collatéraux de la lutte contre le campagnol

Sauf que les campagnols terrestres ne sont pas les seuls à synthétiser de la prothrombine et donc, à être sensibles à l'anticoagulant. Et certaines des espèces qui en sont victimes sont non seulement des prédateurs du campagnol, mais aussi des espèces protégées.

Un campagnol capturé par un héron cendré. © capitphil, Flickr, cc by nc nd 2.0

C'est le cas de l'aigle royal ou de la buse variable. Récemment, la Ligue protectrice des oiseaux (LPO) a dénombré 22 cadavres dans le Puy-de-Dôme (Auvergne), à proximité de parcelles traitées avec de la bromadiolone : 14 milans royaux (Milvus milvus) et 8 buses variables (Buteo buteo). Ces deux espèces sont protégées par les lois françaises (arrêté ministériel du 17 avril 1981). Quant au milan, il est également protégé par la loi européenne (annexe I de la directive oiseaux). Sur la liste rouge de l’UICN, il est classé dans la catégorie quasi-menacée.

Alors que la bromadiolone est prohibée dans plusieurs départements français et qu'elle a failli être réprouvée par l'Union européenne, la LPO demande son interdiction totale en invoquant le principe de précaution et mettant en avant les autres méthodes de lutte efficaces : piégeage, travail du sol, etc.

Cela vous intéressera aussi