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Tsunamis : course contre la montre au Japon

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Le tsunami qui a dévasté les côtes de l'océan Indien a mis en évidence la nécessité pour les zones à risque de réduire les effets des catastrophes naturelles. Le Japon a développé depuis longtemps un système d'alerte exemplaire. Son secret : la sensibilisation des citoyens dès leur plus jeune âge.

À en juger par la manière dont il brandit son trophée, on pourrait croire que l'équipe du jeune Tomoya Hirata, 15 ans, vient de remporter une compétition sportive nationale japonaise. Il n'en est rien. Hirata et ses soixante et un camarades de classe du collège de Shinjo doivent leur triomphe à leur projet de préparation aux tsunamis. Présenté dans le cadre du deuxième atelier annuel intitulé « Programme pédagogique de prévention des catastrophes », il s'est déroulé en février 2005. Ce programme national financé par le gouvernement et plusieurs ministères sélectionne les vingt meilleurs projets de prévention des catastrophes sur le plan local et décerne ensuite un premier prix à l'un d'entre eux.

© David Cyranoski: Pour sensibiliser aux dangers des tsunamis, les élèves ont réalisé une histoire illustrée.

Il faut dire qu'au Japon, on prend très au sérieux la réduction des effets des tsunamis, surtout dans des endroits comme Tanabe, dans la préfecture de Wakayama où se trouve l'école de Hirata. La ville s'étend sur la péninsule de Kii. Or cette dernière, située en face des zones à risque de Nankai et Tonankai, a été dévastée à plusieurs reprises par des tsunamis meurtriers. Elle pourrait être le théâtre d'une nouvelle catastrophe dans un avenir proche.

C'est pourquoi le pays a mis au point un système national d'alerte aux tsunamis que l'on s'accorde généralement à considérer comme le meilleur au monde. Mais les alertes seules ne suffisent pas. « Une alerte ne permet pas de sauver des vies », estime Haruo Hayashi, qui enseigne au Centre de recherche sur les systèmes de réduction des catastrophes de l'université de Kyoto, et qui a dirigé le comité d'organisation de l'atelier. « Elle ne constitue qu'un signal, précise-t-il. Il faut que les gens soient préparés ».

Course contre la montre

Le système d'alerte japonais est impressionnant. Sa mise au point s'est brusquement perfectionnée dans les années 1980. En 1983, une centaine de personnes ont en effet trouvé la mort quand un tsunami a déferlé sur le littoral japonais à la suite d'un tremblement de terre majeur de magnitude 7,7 sur l'échelle de Richter. L'alerte s'est déclenchée au bout de dix-sept minutes. Le tsunami, lui, n'en a mis que sept à se manifester.

Tremblement de terre

Le système actuel repose sur un réseau de 180 sismographes reliés à des stations de surveillance terrestres. L'estimation préliminaire d'un tremblement de terre ne met que deux minutes à parvenir à l'une des six stations de surveillance locales. L'Association météorologique du Japon a anticipé par le calcul 100 000 scénarios à partir de l'emplacement, de la magnitude et de l'ampleur d'un séisme donné. En une minute, les simulations permettent de déterminer si le tremblement de terre risque de provoquer un tsunami et de le situer géographiquement. Les alertes sont diffusées sur des écrans de télévision et déclenchent des dispositifs de prévention sur le terrain.

Il peut arriver que les estimations manquent de précision et que des tsunamis de faible envergure ne soient pas détectés ou au contraire que l'on surestime leur impact. Mais la menace imminente d'un important tsunami en provenance de la zone de Nankai, qui borde le littoral pacifique japonais, n'offre aucune alternative. « La rapidité prime sur l'exactitude », affirme Haruo Hayashi.

Les experts pensent qu'un séisme aurait dû se produire depuis longtemps à cet endroit, voire ravager Tokyo. Heureusement, ça n'a pas été le cas. Mais les tsunamis font peser une menace sur tout le littoral. Selon les simulations, un séisme de magnitude 8,6 à Nankai pourrait déclencher en huit minutes une vague de 7,5 mètres à Wakayama. Le système de prévention japonais déclencherait l'alerte à temps. Mais les gens seraient-ils en mesure de réagir ?

Un jeu d'enfant

Pour s'en assurer, des exercices de préparation se déroulent dans la plupart des villes côtières du Japon. Et l'entraînement commence dès le plus jeune âge. Cela débute par l'élaboration de cartes de zones à risques des tsunamis, inspirées par le manuel de prévention des catastrophes distribué par le gouvernement. Ces cartes soulignent les dangers potentiels en cas de tsunami tels que l'inondation des routes et la destruction des ponts. Elles indiquent également avec précision où se trouvent les abris.

L'équipe de Tanabe a remporté le prix en partie grâce à une carte en trois dimensions du littoral signalant les endroits susceptibles d'être inondés. Un autre groupe a cherché à estimer l'heure d'arrivée des tsunamis en demandant aux habitants de la ville qui avaient une longue expérience de ces phénomènes en combien de temps la dernière vague avait atteint leur domicile.

Les dispositifs de préparation tiennent également compte du fait que les tsunamis touchent souvent des personnes qui connaissent mal la région, comme cela a été le cas lors de la catastrophe qui a frappé l'océan Indien en décembre 2004. En partant de Tanabe et en parcourant toute la péninsule de Kii, les élèves des trois écoles de Kushimoto ont créé des pictogrammes faciles à comprendre qui indiquent aux passants à quelle altitude au-dessus de la mer ils se trouvent ainsi que la direction de l'océan. Ces panneaux ont été placés partout dans la ville afin de permettre aux gens, aux étrangers en particulier, de savoir où aller se réfugier. Takaharu Sugimoto, un représentant du gouvernement local, déclare que les autorités espèrent que l'UNESCO adoptera cette signalisation, qui a remporté le deuxième prix à l'atelier de cette année, comme norme internationale.

En cherchant à sensibiliser la communauté au danger potentiel des tsunamis, les élèves du collège de Shinjo ont également réalisé un kamishibaï japonais traditionnel. Il s'agit d'une pièce de théâtre dans laquelle on utilise des images pour illustrer le propos du narrateur, inspiré par un fait datant de 1944, au cours duquel le gouvernement avait cessé de diffuser des bulletins météorologiques et des flashes d'information sur les catastrophes, de peur qu'ils ne nuisent à l'effort de guerre. Ne sachant que faire, le protagoniste, fils d'un officier tombé au front, est emporté par un tsunami et sa mère se retrouve seule.

Les travaux des élèves de Tanabe et de tous les autres établissements sont intégrés à des jeux de rôle et aux exercices d'évacuation. À Tanabe, quelque 80 % des habitants assistent à ces manifestations annuelles. Les sirènes retentissent et les gens se précipitent dans les abris. Ensuite, ils se réunissent pour estimer ensemble le laps de temps qui s'est écoulé et, si ce temps est trop long, quelles répercussions cela aurait eu sur leur sécurité.

Il y a trois ans, des Japonais vivant à Kushimoto, sur un site d'enfouissement des déchets, ont appris qu'un tsunami pouvait les frapper moins de dix minutes après un séisme. Or, ils savaient grâce à ces exercices d'évacuation qu'ils devaient faire un détour de quinze minutes pour gagner l'abri qui leur avait été attribué. Un trajet direct les aurait obligés à traverser la voie ferrée. Les négociations avec la société nationale de chemins de fer japonais n'aboutirent pas. En fin de compte, les habitants prirent les choses en main et construisirent quand même un pont. Désormais, ils peuvent atteindre leur abri en six minutes.

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