C'est un projet complètement fou, mais très scientifique, qui va naître ces prochains mois à Cherbourg, en Normandie. Tara Océan va construire une station polaire flottante, et habitée, prévue pour dériver pendant des années à travers l'Arctique afin d'étudier le changement climatique.


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    Un chantier inédit va débuter à la fin de l'été sur la côte normande, la constructionconstruction d'un navire hors norme qui ne ressemble à rien d'existant. La station polaire flottante est un concept imaginé par les scientifiques de Tara Océan, une fondation française consacrée à l'étude de l'océan et du changement climatiquechangement climatique.

    Une station polaire conçue pour dériver dans la glace

    Après cinq ans de conception, le projet de la Fondation Tara Océan passe des plans à la réalité. La construction du nouveau navire conçu pour l'observation et la recherche scientifique en Arctique commence. Le chantier de Tara Polar Station, confié aux Constructions mécaniques de Normandie (CMN), durera 18 mois pour une livraison au début de l'automne 2024 : « la station va être testée dans l'eau à Cherbourg pendant un mois avant la livraison. Elle sera en aluminiumaluminium, un métalmétal léger par rapport à l'acieracier, qui supporte mieux le froid. La coque est conçue pour résister à l'hivernage dans la glace », explique Romain Troublé, directeur général de la Fondation Tara Océan.

    Après avoir flotté dans la Manche, Tara Polar Station ira voguer aux confins du pôle Nord au cours de l'été 2025. « Elle va passer 80 % de son temps dans la glace entre l'Europe et l'Arctique. La glace dérive de 10 kilomètres par jour en moyenne en Arctique et la station dérivera de la même manière. C'est très efficace en matièrematière d'énergieénergie car cela ne consomme pas de CO2, puisqu'on se sert des éléments pour voyager », précise le directeur. Les missions vont se succéder pendant 20 ans, jusqu'en 2045, sous des températures pouvant descendre jusqu'à -52 °C.

    « Tara Polar Station » sera conçue en aluminium, un métal léger et résistant au froid. © Tara Océan
    « Tara Polar Station » sera conçue en aluminium, un métal léger et résistant au froid. © Tara Océan

    L'ISS du pôle Nord partagera ses découvertes quotidiennement

    ClimatologuesClimatologues, biologistes, physiciensphysiciens, glaciologues, océanographes, ingénieurs, artistes, médecins, journalistes, et marins vont devoir cohabiter dans cette maison flottante, tout en effectuant des observations et des expériences : selon Romain Troublé, « c'est un peu l'ISSISS du pôle Nord ! C'est une aventure humaine complètement folle d'envoyer des gens là-bas ».

    La base polaire de 24 mètres permettra d'embarquer un équipage de 12 personnes en hiver et jusqu'à 20 personnes en été. Leurs principaux axes de recherche seront :

    • la migration des organismes marins vers l’Arctique et leur devenir ;
    • l'impact du changement climatique sur le fonctionnement des écosystèmes en Arctique ;
    • de nouvelles découvertes en biotechnologie et biomédecine, ainsi que sur l'adaptation de la vie en conditions extrêmes ;
    • les mécanismes du dérèglement climatique en Arctique.
    La station polaire va se laisser dériver à travers les glaces, entre l'Arctique et l'Europe, pendant des missions d'environ cinq mois. © Peigen Lin, <em>Woods Hole Oceanographic Institution</em>
    La station polaire va se laisser dériver à travers les glaces, entre l'Arctique et l'Europe, pendant des missions d'environ cinq mois. © Peigen Lin, Woods Hole Oceanographic Institution

    « La station aura des capteurscapteurs pour sonder la biomasse et la taille des poissonspoissons, elle va aussi envoyer des drones sous-marinssous-marins et des filets. La glace est un refuge incroyable de biodiversitébiodiversité, en Arctique quasiment toute la chaîne alimentairechaîne alimentaire dépend de la glace. » Le directeur de Tara Océan nous l'assure, toutes les découvertes scientifiques, mais aussi les péripéties inévitables d'une telle aventure, seront retransmises quotidiennement sur InternetInternet grâce au développement des réseaux satellites en Arctique.