Les impacts néfastes de la pollution lumineuse sont nombreux et malheureusement le phénomène a tendance à s'intensifier. © Radiance Light Trends
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La pollution lumineuse en France a augmenté de 94 % en 30 ans !

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[EN VIDÉO] La pollution lumineuse éteindra-t-elle les étoiles ?  En l’espace de quelques décennies seulement, la lumière artificielle est devenue une cause de pollution. Elle menace non seulement d’éteindre nos étoiles. Mais pèse aussi de manière sensible sur la biodiversité. D’autant qu’elle pourrait bientôt ne plus venir exclusivement que de la terre ferme…  

Depuis quand n'avez-vous pas eu le plaisir de voir la voûte étoilée ? En dehors de ce simple plaisir, la pollution lumineuse représente une réelle menace pour la biodiversité, d'autant que le phénomène est en constante progression dans des proportions inquiétantes.

Environ 85 % du territoire métropolitain français subit des pressions dues à la pollution lumineuse, dont plus de 20 % à de forts niveaux. Sans surprise, les zones urbaines sont les plus mauvaises élèves, mais le problème est bien plus vaste. Ce constat alarmant est celui de l'observatoire français de la biodiversité (OFB) qui vient de publier son bilan annuel de l'observatoire national de la biodiversité 2021. Le plus inquiétant, c'est que cette représentation ne donne à voir qu'une partie du problème : les données utilisées ne rendent compte que de la fraction de la pollution lumineuse qui est renvoyée vers le ciel, en cœur de nuit et par temps dégagé. Par exemple, par temps couvert, la lumière artificielle est réfléchie par les nuages, amplifiant le phénomène.

La pollution lumineuse en France métropolitaine. © OFB, 2021

Une menace pour les rythmes biologiques et les comportements

En dehors du simple plaisir de pouvoir observer la voûte étoilée, cette pollution lumineuse, induite par les éclairages artificiels, représente un vrai danger pour de nombreuses espèces animales et végétales, sachant que près d'un tiers des vertébrés et de deux tiers des invertébrés sont nocturnes. Au niveau des insectes, la lumière artificielle est d'ailleurs la deuxième cause d'extinction après les pesticides. Ces nuisances ont notamment des conséquences majeures sur la production de mélatonine, l'hormone produite naturellement par l'organisme qui régule les rythmes biologiques. Elles modifient aussi sensiblement le comportement des espèces dans leur orientation, que ce soit pour les oiseaux migrateurs ou les batraciens qui ne parviennent plus à distinguer leurs proies. L'éclairage nocturne met aussi à mal les continuités écologiques avec une fragmentation des milieux naturels. Il constitue une sorte de barrière parfois infranchissable pour des espèces obligées de vivre dans des habitats plus petits et morcelés.

La quantité de lumière a augmenté de 94 % depuis 1990

Le phénomène a malheureusement tendance à s'amplifier. Selon l'association nationale pour la protection de la nuit (ANPCEN), le nombre de points lumineux de l’éclairage public a augmenté de 89 % depuis les années 1990 quand la quantité de lumière émise a, elle, connu une croissance infernale de 94 %. Et encore, ne sont pas pris en compte dans ces calculs les publicités lumineuses, les vitrines, les illuminations, les bureaux vides mais éclairés, les parkings... Désormais, pas moins de 11 millions de lampadaires et plus 3,5 millions d'enseignes de magasins s'allument chaque soir pour éclairer les étoiles jusqu'au petit matin. Bien entendu, les zones urbanisées connaissent des qualités de nuit particulièrement médiocres, ou au mieux moyennes, et génèrent des halos lumineux à très forte distance.

Les paysages nocturnes : un patrimoine de la Nation

Pour autant, les impacts de la pollution lumineuse, notamment sur la biodiversité, ont mis du temps à être pris en compte par le pouvoir législatif. Ce n'est qu'en 2009, avec l’article 41 de la loi du 3 août 2009 dite Grenelle 1 que des premières préconisations sont émises : « Les émissions de lumière artificielle de nature à présenter des dangers ou à causer un trouble excessif aux personnes, à la faune, à la flore, aux écosystèmes, entraînant un gaspillage énergétique ou empêchant l'observation du ciel nocturne feront l'objet de mesures de prévention, suppression ou de limitation. » En 2013, une première réglementation limite les durées d'éclairement superflu pour les façades, vitrines et bureaux non occupés. Des mesures qui seront ensuite étendues en 2018, avec un arrêté qui interdit par exemple l'éclairage en direction du ciel ou fixe des seuils de températures de couleur à respecter. Entretemps, les paysages nocturnes ont été reconnus, en 2016, comme « patrimoine de la Nation » dans la loi sur la reconquête de la biodiversité et des paysages.

L'idée d'une trame noire fait son chemin. © Nathan Anderson, Unsplash

La trame noire

En parallèle, de nombreuses pistes sont explorées pour lutter contre cette pollution lumineuse. Par exemple, la mise en place d'une « trame noire », sur le même modèle que ses sœurs bleue et verte pour une continuité écologique des espaces respectivement aquatique et terrestre afin d'enrayer le déclin de la biodiversité. La France est plutôt en avance sur le sujet, notamment grâce aux travaux de l’Office français de la biodiversité (OFB). De nombreuses organisations en France, comme à l'international, ont vu aussi le jour comme l’International Dark-Sky Association, qui œuvre en faveur de zones protégées de la pollution lumineuse, notamment le pic du Midi de Bigorre et le parc national du Mercantour, ou encore l'ANPCEN et son initiative de labels Villes et villages étoilés.

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