Dans le monde, la pollution atmosphérique a causé la mort de sept millions de personnes en 2012, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Avec plus de la moitié de la population humaine vivant en ville, la qualité de l'air en milieu urbain est devenue un enjeu de santé publique. Il faut la réduire mais aussi en prendre conscience, et s'y adapter. La visualiser autour de soi serait déjà une avancée. © Sandra Kemppainen, Shutterstock

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Pollution : l'air que je respire est-il bon ?

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Rendre la pollution de l'air « visible », c'est l'idée d'une expérience qui sera menée à Grenoble cet automne. Des capteurs miniatures seront confiés à des habitants, qui pourront ainsi connaître en permanence la qualité de l'air qu'ils respirent.

Interview : les dangers des microparticules, par Paul Hofman  La pollution de l’air par les microparticules est un problème qui touche une bonne partie de la France. Futura-Sciences a interrogé Paul Hofman, directeur du laboratoire de pathologie de Nice et chercheur pionnier dans la détection du cancer du poumon, pour en savoir plus sur les risques engendrés par les microparticules. 

« On perçoit rarement la pollution car les polluants sont le plus souvent invisibles à l'œil nu », souligne Sarah Duché, enseignante-chercheuse à l'institut de Géographie alpine (université Grenoble Alpes). Dans sa thèse sur « la pollution de l'air en région parisienne », la jeune femme a pu constater que les touristes se trompaient souvent sur leur degré d'exposition dans la capitale. Même avec les indices de pollution de l'air« on a une idée de l'exposition si on ne bouge pas trop. Mais au niveau individuel, on ne sait pas exactement à quoi on est réellement exposé, notamment lors de nos déplacements », pointe-t-elle. Or, la concentration de certains polluants (comme le dioxyde d'azote) peut varier fortement selon qu'on s'approche ou qu'on s'éloigne d'un axe routier, qu'on est coincé dans un embouteillage ou qu'on se déplace à vélo dans une rue peu fréquentée.

Pour la santé publique, l'enjeu est de taille, car la pollution de l'air est à l'origine de 42.000 morts prématurées par an en France, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), et entraîne chaque année une augmentation des maladies respiratoires et cardiovasculaires. Le Commissariat général au développement durable évalue les seuls coûts sanitaires de la pollution de l'air entre 0,9 et 1,8 milliard d'euros par an.

Les associations de surveillance de la qualité de l'air (ASQA), comme Air Rhône-Alpes, publient régulièrement des données très précises sur l'exposition de la population à la pollution mais celles-ci sont souvent peu accessibles au grand public. « On sait qu'il y a une demande d'information de la part des citoyens », reconnaît Camille Rieux, référent territorial Isère chez Air Rhône-Alpes. D'où l'idée d'avoir recours à des petits capteurs de pollution de l'air, des boîtiers tenant dans la paume de la main. Pour quelques centaines d'euros, ils donnent une idée assez précise de la nature de l'air qu'on respire, par le biais d'une application sur smartphone.

Une application sur smartphone interroge le capteur porté en bandoulière et montre une analyse rapide de l'air ambiant. © Jean-Pierre Clatot, AFP Photo

Des capteurs miniatures mesurent la pollution là où l'on est

Un de ces capteurs est déjà utilisé dans le cadre de la plateforme citoyenne AirCasting, lancée à New York et qui recense les niveaux de pollution dans plusieurs villes du monde. Des fabricants français, tels EcologicSense ou Azimut monitoring, ont également lancé des capteurs de ce type, essentiellement à destination des collectivités locales ou des ASQA. Moins performants que les gros analyseurs de particules homologués, à 40.000 euros, ces capteurs miniatures présentent l'avantage de pouvoir être portés en permanence sur soi, en bandoulière ou accrochés au guidon d'un vélo par exemple. « En rendant accessibles, visualisables et en temps réel les données de pollution à tous, on facilite la possibilité de se sentir plus concerné par son exposition individuelle », note Sarah Duché. « L'idée, c'est de faire prendre conscience aux gens que ce n'est pas pour les embêter qu'on leur demande de moins prendre leur voiture », ajoute-t-elle.

Air Rhône-Alpes étudie ainsi la mise en place d'un système de prêt de ces capteurs à destination des citoyens. Une trentaine d'habitants de l'agglomération grenobloise les essaieront cet automne et verront leur comportement analysé. Éviter les grands boulevards pour le jogging, couper la ventilation dans un embouteillage, limiter les feux de bois à foyer ouvert ou même opter pour le vélo et le bus : les pistes de changement sont nombreuses.

Une autre solution est d'interroger un réseau de capteurs avec un smartphone. C'est le principe de Plume Air Report, disponible dans 3.000 villes de 40 pays, et que nous avions présenté. « Le but est de rendre la pollution visible et concrète. Il y a un enjeu à ce que les citoyens s'approprient la question et modifient leur comportement. Les leviers sont entre leurs mains », estime Camille Rieux. D'autres collectivités ont d'ores et déjà opté pour des capteurs de ce type sur des horodateurs, à des feux tricolores ou pour de l'affichage sur le mobilier urbain. « Une trentaine de villes en France sont équipées », souligne Didier Dufournet, directeur d'Azimut France.

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