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La pollution atmosphérique

La pollution atmosphérique augmente t-elle ? Quelles sont les effets des polluants sur l'homme ? Autant de questions auxquelles ce dossier tente de répondre.

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La pollution de l'air est constituée d'un ensemble complexe de polluants solides et gazeux comprenant des polluants primaires et des polluants secondaires résultant de la transformation des précédents et de réactions entre eux. Nous examinerons le cas des principaux polluants : leurs origines, les effets pathologiques, les concentrations actuelles dans l'atmosphère et l'évolution de ces concentrations au cours du temps.

J'ai entendu bien des personnes d'origines socioprofessionnelles différentes dire que la pollution urbaine ne cesse d'augmenter, qu'on ne sait où cela va nous mener, que cela devient bien inquiétant...etc... Bien évidemment, ces personnes n'ont pas inventé cette augmentation de la pollution, elles répètent ce qu'elles ont vu et entendu dans les grands moyens d'information : presse, radio, télévision !

Qu'en est-il en réalité ? En réalité, la pollution de l'air dans les villes a fortement diminué, par rapport aux décennies précédentes, comme nous le montrerons dans les pages suivantes.

Il est attristant de voir comment la rumeur peut prendre le pas sur des réalités scientifiques démontrées par les résultats de mesures sérieuses ! Mais la rumeur est rarement innocente ; elle naît, elle grandit, elle se répand généralement dans un but déterminé, mais qui n'apparaît pas toujours d'une façon évidente.

La rumeur peut naître d'une information tendancieuse ou même exacte mais déformée et amplifiée par les médias. Dans ce domaine, la télévision a un pouvoir incomparable pour créer et propager la rumeur, au moyen d'images bien choisies, propres à frapper l'opinion. Ainsi, la rumeur poursuit son chemin et la majorité de l'opinion est bientôt persuadée que la pollution de l'air augmente constamment ! C'est l'automobile qui est principalement mise en accusation, l'automobile qui est, effectivement une source de pollution de l'air des villes, et chacun se sent responsable de cette situation, coupable de " trop utiliser sa voiture " ! Le Pouvoir utilise cette mise en condition de l'opinion pour augmenter les taxes sur l'essence, le gazole, le tabac... Ces produits qui polluent et nuisent à la santé ce qui est également exact.

Estimant que la fin justifie les moyens, quelques scientifiques peuvent aussi être à l'origine de cette rumeur sur l'augmentation de la pollution, qui peut leur servir à obtenir des crédits supplémentaires de recherche !

Il est plus confortable d'aller dans le sens de la rumeur que de tenter de la combattre ; des arguments logiques sont sans effet, car la rumeur est irrationnelle par nature. Pour rétablir la réalité, de quels moyens de communication avec le grand public, les scientifiques peuvent-ils disposer ? Ainsi, au milieu d'une grande diatribe télévisée sur la pollution grandissante, à peine entend-on la voix timide d'une représentante d'AIRPARIF1 déclarer que la pollution a fortement diminué ! Les informations données par des scientifiques sont aussi, parfois, tournées en dérision par des médias. Tel fut le cas pour l'affaire du nuage radioactif de Tchernobyl.

Le responsable du SCPRI2 avait déclaré que les retombées radioactives du « nuage » seraient sans conséquences pour la France. Ce qui fut rigoureusement exact. La dose de radiation reçue en moyenne, par la population a été de 5 à 15 millirems (mrem) suivant les régions, (pour la première année et beaucoup moins les années suivantes, compte tenu de la courte période de l'Iode 131 qui représentait environ la moitié de la radioactivité du nuage. Cette dose de radiation est peu de chose comparée à la radioactivité naturelle dont les effets varient de 100 à 300 mrem, en France, suivant les régions, sans qu'il y ait la moindre corrélation entre les variations de doses reçues et les taux de cancers. L'Iode 131 se fixe sur la thyroïde et peut provoquer, chez les enfants, des cancers de la thyroïde. Dans les régions les plus touchées par le nuage, on ne trouve aucune augmentation significative du nombre de ces cancers.3

Cette déclaration du SCPRI qui se voulait rassurante (à juste titre) et qui, donc, pour les médias cachait quelque chose de grave, fut traduite en cette phrase absurde : le nuage ne passera pas la frontière ! C'est cette phrase qui est restée, depuis lors, attribuée au SCPRI et non pas la réalité du propos qui découlait d'études sérieuses de modélisation mathématique des retombées atmosphériques !

On peut concevoir que des scientifiques aient quelques réticences à s'exprimer lorsque prospère la rumeur...

La pollution de l'air, lors de pointes de pollution, lorsque les conditions atmosphériques sont défavorables pour assurer la dispersion des polluants dont les concentrations atteignent des valeurs relativement élevées, n'est sans doute pas sans effet sur la santé. Mais peut-on attribuer tous les maux à la pollution de l'air ? Prenons le cas de l'asthme dont la fréquence des crises serait en augmentation.

Les polluants atmosphériques, comme les pollens, les moisissures, les acariens, etc..., peuvent être, pour des personnes hypersensibles, des substances allergènes qui occasionnent des processus inflammatoires des tissus.

Les allergènes sont des intermédiaires qui déclenchent les crises mais ne sont pas la cause fondamentale de l'asthme.

L'asthme est caractérisé par des spasmes bronchiques dus à des contractions d'origine nerveuse des muscles lisses qui entourent les bronches et les bronchioles. La fréquence et l'intensité des crises d'asthme sont dues, essentiellement, à l'influence psychophysiologique des émotions, des états d'anxiété agissant sur le système neurovégétatif qui est, notamment, un régulateur de la fonction respiratoire.4

Or, la période actuelle est marquée par un état d'anxiété de la majorité de la population, des chômeurs à la recherche vaine d'un emploi, de ceux qui ont l'angoisse de perdre leur emploi ou l'obsession de la faillite... Il est moins gênant de mettre en cause la pollution de l'air comme facteur de trouble de la santé que la situation socio-économique actuelle. Et c'est peut-être, là aussi, une des origines de la rumeur sur une pollution grandissante.

Depuis dix ans, la durée moyenne de vie augmente régulièrement de 3 à 4 mois par an comme le montre le tableau suivant :

 Durée moyenne de vie
HommesFemmes
en 198671,5 ans79,7 ans
en 199674 ans82 ans
augmentation par an4,2 mois2,8 mois

Si la pollution de l'air était aussi en constante augmentation et atteignait des concentrations élevées, inconnues jusqu'à présent, faudrait-il conclure que la pollution de l'air est sans effet sur la santé ? ou bien qu'il n'y a pas de relation entre état de santé et durée de vie ?

La pollution a fortement diminué mais il subsiste une pollution de l'atmosphère des villes que l'on ne saurait négliger. Il faut encore agir pour la réduire, non pas n'importe comment mais d'une façon réaliste, progressiste, en faisant avancer la science et la technique et en tenant compte des facteurs sociaux et économiques qui sont, actuellement, prépondérants.

Le mythe du bon vieux temps

Pour certains, le bon vieux temps est paré de toutes les vertus, ce qui existait autrefois, quand l'eau et l'air étaient purs quand il n'y avait pas l'engrais chimique et que la nourriture était naturelle et saine... Ce bon vieux temps existait-il avant les congés payés, avant le développement industriel ou à des époques plus lointaines lorsque sévissaient famines et épidémies qui entraînaient la disparition de la moitié de la population française ?

L'eau était-elle pure ? Nous citerons cette phrase de l'historien Leroy-Ladurie ; Boire du vin était un brevet de longue vie... car l'eau contenait des miasmes, des bactéries, de protozoaires, ce qu'on ignorait à l'époque et qui étaient responsables de maladies diverses, typhoïdes, dysenterie, amibiase etc... Quant à l'air pur, nous reproduirons les citations d'auteurs anciens, publiées par R. Leygonie5

Dès que j'aurai laissé derrière moi l'oppressant air de la ville et la puanteur des fumantes cheminées qui, une fois leurs feux allumés, vomissent toutes les pestilentes fumées et suies qu'elles contiennent, je me sentirai tout à fait un autre homme.

C'était il y a 2000 ans, ce qu'écrivait le philosophe romain Sénèque...

Plus près de nous, en 1661, John Evelyn adressait une requête au roi d'Angleterre, ainsi rédigée :

Londres... drape sa tête majestueuse dans les nuages de fumées et de soufre, si remplis de puanteur et de noirceur... qu'est tout cela sinon cet infernal et lugubre nuage de charbon ? Les habitants (de Londres) ne respirent qu'une brume impure et épaisse, accompagnée de vapeurs fuligineuses et sales, qui les rend sujets à mille désagréments, attaque leurs poumons, dérègle le comportement tout entier de leurs corps de telle sorte que les catarrhes, la phtisie, la toux, sévissent plus en une seule cité que sur tout le reste de la Terre...

Au début de l'ère industrielle, en 1883, A. Ledereau publiait un article dans les annales de chimie physique, intitulé : l'acide sulfureux dans l'atmosphère de Lille dans lequel il écrivait : l'air que l'on y respire (à Lille) laisse un arrière-goût dans l'arrière bouche, provoque des enrouements, des malaises de la gorge et des bronchites ; il attaque les instruments métalliques, les rideaux et tentures et les toitures en zinc... Les analyses faites pendant plusieurs mois ont donné des valeurs de 2,2 cm3 d'acide sulfureuse par m3 par air calme et 1,4 cm3 par vent fort...

La concentration en acide sulfureuse (ou dioxyde de soufre SO2) était donc de 5 900 microgrammes (ou 5,9 mg) par m3 par vent fort et 3 700 microgrammes par vent faible. Ces concentrations sont des valeurs moyennes, ce qui laisse supposer qu'il y avait des pointes de pollution avec des niveaux bien plus élevés. On ne sait pas combien de décès ont été dus à cette pollution mais les causes de mortalité étaient tellement nombreuses à cette époque où l'espérance de vie était à peine la moitié de ce qu'elle est aujourd'hui.

Nous terminerons ce retour au passé par l'épisode de smog* qui sévit à Londres en 1952. Du 5 au 9 décembre, la pollution de l'air atteignit des niveaux élevés avec un maximum les 7 et 8 décembre où l'on enregistra une concentration, pour 24 heures, de 3 800 microgrammes de dioxyde de soufre (SO2) et plus de 4 500 microgrammes de poussières.

La concentration en SO2 était 10 fois supérieure à la concentration de l'année précédente pour la même période, ce qui a entraîné 4.000 décès supplémentaires. Par rapport à la même période de l'année précédente le nombre de morts par maladies respiratoires a été multiplié par 8 et par 4 pour maladies cardio-vasculaires. Ce furent surtout les personnes âgées de plus de 45 ans qui furent victimes et aussi les enfants de moins d'un an. Les cas de bronchite furent particulièrement nombreux.


1 AIRPARIF ; Association responsable de la gestion du réseau de mesure de la pollution atmosphérique de la Région Ile de France.
2 SCPRI : Service Central de Protection contre les Radiations Ionisantes
3 La Lettre de Fondamental — Juin 1996, page 8
4 R. Kourisky - « L'envers psychologique de l'asthme ». Bulletin de l'Académie de Médecine n°151..1967
5 R. Leygonie « Pollution Atmosphérique » n° 120 décembre 1988
(R. Leygonie est président du Centre Interprofessionnel Technique d'Etude de la Pollution Atmosphérique CITEPA)

* Smog : terme anglais désignant un mélange de fumées et de brouillard

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