Vue d'artiste d'un ver du genre Eximipriapulus qui vivait dans des coquilles vides, au Cambrien. © Zhiqian Zhang, Yunnan University
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Ce « ver pénis » vivait en ermite dans l'océan il y a 500 millions d'années

ActualitéClassé sous :paléontologie , Biodiversité , Vie marine

[EN VIDÉO] Interview : les fossiles vivants sont-ils identiques à leurs ancêtres ?  Le cœlacanthe fait partie des animaux considérés comme des fossiles vivants car il est, à première vue, identique à ses ancêtres. Futura-Sciences a interviewé Éric Buffetaut, paléontologue, afin de comprendre pourquoi ces animaux ne semblent pas avoir évolué depuis des millions d’années. 

Les crustacés ne sont pas les seuls à avoir adopté un mode de vie d'ermite au cours du temps. Des vers à la morphologie suggestive avaient déjà adopté cette écologie il y a 500 millions d'années.

« Pour vivre heureux, vivons cachés », dit l'adage. S'il n'a été formulé que par l'Homme, certains animaux semblent avoir adopté ce mode de vie depuis bien plus longtemps que ce qui était supposé par les paléontologues. Les bernard-l'ermite sont des crustacés marins bien connus pour se loger dans les coquilles vides de mollusques gastéropodes et pour changer de « logement » au fur et à mesure de leur croissance. La partie postérieure molle de leur corps est parfaitement adaptée à la morphologie interne de ces coquilles, qui permettent donc aux individus de se protéger des prédateurs mais également de la dessiccation. Selon le paléontologue Martin Smith de l'université de Durham en Angleterre, qui est l'un des auteurs d'une publication dans Current Biology, les plus anciennes traces de vie d'ermite dans le registre fossile dataient jusque-là d'il y a environ 170 millions d'années. Dans cette récente étude, les auteurs mettent en évidence le fait que d'autres organismes avaient la même stratégie de vie que les bernard-l'ermite, bien avant ces derniers.

Le bernard-l'ermite vit dans des coquilles de mollusques gastéropodes pour se protéger des prédateurs et de la dessiccation. © Unclesam, Adobe Stock

Ces organismes appartiennent aux Priapulidae, des vers marins dont la forme fait penser à un pénis humain, ce qui a inspiré le nom du groupe. Les auteurs de l'étude décrivent en effet des restes fossiles de ces vers, à l'incroyable conservation.

Ces organismes appartiennent aux Priapulidae, des vers marins dont la forme fait penser à un pénis humain

La grande majorité des fossiles sont en effet formés d'os ou de dents car les tissus qui les composent sont très minéralisés et résistent le mieux au temps. Dans de rares gisements, les conditions d'enfouissement et de préservation des tissus permettent pourtant de préserver l'empreinte fossile des tissus mous d'un spécimen. C'est le cas à Guansham, en Chine, un site qui a été daté à il y a environ 500 millions d'années. Cette période correspond au Cambrien (-541 à -485,4 millions d'années), au cours duquel a eu lieu l'émergence des premiers écosystèmes présentant une structure trophique complexe et dominés par des animaux, un événement appelé explosion cambrienne.

Une écologie surprenante

Les empreintes des tissus mous de quatre « vers pénis » du genre Eximipriapulus ont été trouvées en association avec des coquilles en forme de cône, dont les auteurs de l'étude pensent qu'elles appartenaient à des hyolithes, des invertébrés marins à la classification phylogénétique encore incertaine mais qui se sont éteints il y a plus de 250 millions d'années.

L'empreinte des tissus mous de « vers pénis » a été retrouvée en association étroite avec des coquilles d'hyolithes. © Xi-Guang Zhang, Yunnan University

Si de nombreuses coquilles vides d'hyolithes ont été trouvées sur le site, aucune empreinte de priapulide n'a été trouvée sans coquille. Le Dr Smith explique aussi que les quatre spécimens de vers d'intérêt présentaient tous les mêmes positions et orientations dans les coquilles d'hyolithes. Ceci permet aux auteurs de l'étude de suggérer que ces vers marins avaient une écologie similaire à celle des bernard-l'ermite, une hypothèse surprenante car elle implique que des écologies complexes aient été mises en place par les animaux peu de temps après que les premières formes animales complexes sont apparues.

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