Il existe toujours, à l'origine des mythes, un fond de vérité. En étudiant les récits inuits et le comportement d'ours polaires en captivité, des chercheurs apportent de nouvelles informations scientifiques sur le comportement de chasse des ours polaires.

Les ours polairesours polaires et les Inuits partagent de mêmes territoires, notamment au Groenland et au nord-est du Canada. Au cours des siècles et suite à leurs multiples rencontres avec ces super prédateurs, les chasseurs inuits ont fait entrer des histoires dans leur culture, qui racontent que les ours polaires utilisent des outils lorsqu'ils chassent le morse.

Illustration par Charles Francis Hall, en 1865, d'un ours polaire utilisant un outil pour chasser le morse. © Charles Francis, Hall Library of Congress
Illustration par Charles Francis Hall, en 1865, d'un ours polaire utilisant un outil pour chasser le morse. © Charles Francis, Hall Library of Congress

Il est vrai que les morses sont des mammifèresmammifères difficiles à tuer, même pour un ours polaire. Si un ours polaire peut en effet mesurer jusqu'à 2,5 mètres et peser jusqu'à 800 kilogrammeskilogrammes, un morse peut atteindre 3,2 mètres et peser jusqu'à 1,5 tonne, sans compter le fait qu'il a de grandes défenses pour le protéger des attaques.

Tuer un morse est donc très coûteux en énergieénergie pour un ours polaire, qui ne s'attaque probablement à cette proie que lorsqu'il n'en a pas d'autres à disposition. Lorsqu'il s'y attaque, il lui est difficile, malgré de multiples morsuresmorsures, de rompre le crânecrâne de sa proie et la mort du morse survient au terme d'une longue hémorragie. D'après des observations comportementales en captivité et les récits des Inuits, les auteurs d'une étude parue dans la revue Arctic indiquent qu'il est en réalité tout à fait possible que certains ours polaires lancent des blocs de glace ou de roche sur le crâne des morses afin de les fendre.

Un ours polaire utilise un outil en captivité afin d'accéder à de la nourriture. © Stirling et al, 2021
Un ours polaire utilise un outil en captivité afin d'accéder à de la nourriture. © Stirling et al, 2021

L'utilisation d'outils chez les non-humains

Il est probable que quelques ours polaires seulement aient ce comportement. Si une mère a par exemple compris comment elle pouvait utiliser un rocher ou un bloc de glace de cette façon, il est probable que les petits l'apprennent par mimétisme.

Gabriel Nirlungayuk est un chasseur inuit, il explique que selon ses observations, les ours polaires femelles sont en général les plus futées lors de la chasse. Il raconte que les ours peuvent mimer l'endormissement dans l'eau afin d'inciter les jeunes phoques à les approcher ou encore repérer le trou de respiration d'un phoque dans la glace, même s'il est dissimulé par de la neige.  

Une sculpture montre un ours polaire prêt à lancer un bloc de glace sur un morse. © Gloria Dickie, Itsanitaq Museum in Churchill
Une sculpture montre un ours polaire prêt à lancer un bloc de glace sur un morse. © Gloria Dickie, Itsanitaq Museum in Churchill

L'ours polaire n'est pas la seule espèce à utiliser des outils pour résoudre les divers problèmes qu'elle rencontre. Les chimpanzés fabriquent par exemple des lances pour chasser de petits mammifères, des éléphants ont projeté des roches sur des clôtures électriques pour en couper le courant et des dauphins arborent des éponges au bout du rostre pour fouiller le sable.

L'ours polaire n'est pas la seule espèce à utiliser des outils pour résoudre les divers problèmes qu'elle rencontre.

Les espèces qui utilisent des outils sont en général considérées comme douées d'une grande intelligenceintelligence, selon les critères définis par l'humain. Aujourd'hui encore, très peu de données sont disponibles quant aux capacités cognitives des ours polaires mais les observations comportementales tendent à montrer que cette espèce vulnérable est relativement futée.