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En vidéo : icebergs géants en Antarctique après le tsunami japonais

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Le tsunami provoqué par le séisme de magnitude 9 le 11 mars 2011 au large de la côte nord-est du Japon n'a pas ravagé que la centrale nucléaire de Fukushima. Deux nouveaux icebergs géants sont nés en Antarctique à cause des vagues engendrées à près de 14.000 km de là.

À gauche, l'image prise par le satellite Envisat le 12 mars 2011 montre l'extrémité de la plateforme de Sulzberger qui commence à se fracturer. Sur l'image du 16 mars à droite, les deux glaçons, plus grands que l'île de Noirmoutier, sont libres. © Esa

Les variations rapides du niveau de la mer engendrées par les grands séismes se propagent à la vitesse d'un avion de ligne à travers les océans tout autour du Globe. Une étude dirigée par le glaciologue Kelly Brunt, du Goddard Space Flight Center de la Nasa, vient de relier le séisme japonais de mars 2011 à la rupture d'une barrière de glace sur la côte ouest du continent austral.

Sur la côte est de la mer de Ross, la glace des calottes continentales glisse lentement vers la mer en d'immenses glaciers de plusieurs centaines de mètres d'épaisseur qui se prolongent en mer. D'abord raclant sur le fond, la glace s'amincit pour former une plateforme glaciaire flottante s'avançant dans l'océan sur plusieurs dizaines de kilomètres. De là naissent les énormes icebergs tabulaires caractéristiques des mers antarctiques. La plateforme de glace de Sulzberger est une des plus calmes du continent. D'après comparaison d'images aériennes et satellites, elle n'a pas donné naissance à ces îles de glace (on dit vêler) depuis au moins 46 ans.

Le film de l'événement


Pour la première fois, le lien entre la rupture d'une plateforme de glace et un tsunami a pu être établi. La modélisation montre que les vagues produites par le séisme japonais ont atteint la côte antarctique en 18 heures. Les satellites Terra et Aqua de la Nasa ont aperçu un des icebergs à travers les nuages, mais c'est avec les images radar du satellite européen Envisat que les chercheurs ont pu reconstituer ce qui s'est passé. La fin de la vidéo montre une image aérienne de 1965, qui confirme que si des lignes de fracture (en rose) existaient déjà, la plateforme de Sulzberger était stable depuis au moins 46 ans. © Nasa/Goddard

Mais en mars, c'est l'été austral et aucune banquise ne protège la côte ou la plateforme des assauts de la mer. Après plus de 18 heures de voyage, les vagues de longue période formées suite à la secousse japonaise se sont heurtées à la côte glacée. Amorties par le long trajet, leur amplitude en eau libre ne dépassait pas 30 cm, mais à cause de nombreux phénomènes de réfraction et réflexion, le train d'ondes originel était suivi d'un cortège de répliques pendant près de 140 heures.

À partir du 12 mars minuit, le niveau de la mer, en montant et descendant rapidement, a exercé des contraintes sur la langue de glace déjà fragilisée. Le 13 mars, c'est la rupture : deux bloc géants totalisant 125 km2 pour 80 m d'épaisseur sont libérés et partent à la dérive sur la mer de Ross. L'action a été suivie quasiment en direct par les chercheurs grâce aux images radar du satellite de l'Esa, Envisat.

Pour l'Agence spatiale européenne qui gère le satellite, cela montre ce que peut apporter une surveillance quotidienne de la planète dans la compréhension des conséquences des catastrophes naturelles. C'est la première fois en effet que la cause d'un tel vêlage est associée à un événement catastrophique lointain comme le séisme de Sendai. Les chercheurs y voient la confirmation de la protection et du renforcement apportés par la banquise à une plateforme de glace. C'est enfin un exemple du rôle que peuvent jouer des phénomènes extérieurs lointains dans la déstabilisation de ces glaciers.

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