Le Mighty Servant 3, avec deux autres bateaux, en train de récolter le pétrole d'une nappe, le 18 juin 2010. Au total, environ 120 millions de litres ont été récupérés. © BP

Planète

Marée noire : et maintenant l'opération Static kill

BP va tenter aujourd'hui une nouvelle offensive pour colmater la fuite de pétrole au fond du Golfe du Mexique : l'injection, durant deux jours, de boue de forage dans le puits. Le scellement définitif, via un conduit de secours, est toujours prévu pour le milieu du mois.

Depuis plus de cent jours, le pétrole brut s'épanche du puits MC252 foré par la plate-forme Deepwater Horizon, coulée le 22 avril 2010. Après de multiples tentatives pour colmater la fuite, l'ire des autorités américaines et même des accusations de fraude, le dernier entonnoir contient assez bien l'écoulement du pétrole mais ce couvercle n'est qu'une solution provisoire.

BP a attendu le passage de la tempête Bonnie pour lancer aujourd'hui l'opération Static kill. A 1.500 mètres de profondeur, l'armada de robots sous-marins va tenter d'injecter une décoction de boue de forage dans la tête de puits via des conduits récemment percés. Les tests effectués hier lundi ont montré une « fuite hydraulique », conduisant à reporter l'opération d'une journée. Si la pression est suffisante, ce bouchon sera capable d'obturer la fuite et d'arrêter enfin l'écoulement du brut. Du ciment pourra alors être injecté dans les conduits.

Cette manœuvre n'est cependant pas définitive. Un puits de secours est toujours en cours de percement. Long de 5.500 mètres, il permettra d'injecter une grande quantité de boue et de ciment dans le puits lui-même et de le sceller à jamais. Cette ultime opération, baptisée Bottom kill, est toujours prévue pour la mi-août.

Les dispersants ne seraient pas si toxiques que certains le craignent

Pour l'heure, on estime que la marée noire a largué dans le golfe du Mexique environ 780 millions de litres de pétrole brut et de gaz (soit environ 650.000 tonnes), dont à peu près 120 millions de litres ont été récupérés. Le volume atteint celui de la deuxième plus grande marée noire du vingtième siècle, celle de la plate-forme mexicaine Ixtoc-1, dans le golfe du Mexique (le sabotage des puits de pétrole par l'armée irakienne en janvier 1991 dans le golfe Persique avait fait mieux). Après l'accident de cette plate-forme survenu le 3 juin 1979, le pétrole s'était écoulé jusqu'en mars 1980 sans qu'une estimation précise ait été effectuée. Le chiffre le plus optimiste est de 470.000 tonnes mais la quantité a pu atteindre 1,5 million de tonnes. Une grande partie (moins de la moitié) avait brûlé, créant une vaste pollution atmosphérique. Le bilan des dégâts n'a jamais été réalisé sérieusement.

Celui de la catastrophe de la plate-forme Deepwater Horizon est encore à venir. La polémique actuelle tourne autour de l'utilisation de produits dispersants (7 millions de litres ont été utilisés). Mais, après les accusations d'un membre de la commission de l'environnement de la Chambre des représentants, l'Agence de l'environnement affirme que le mélange de brut et de dispersant n'est pas plus toxique que le pétrole lui-même.

Cela vous intéressera aussi