Une nouvelle étude révèle que le réservoir du supervolcan du Yellowstone contiendrait plus de liquide magmatique que ce que l’on pensait. Faut-il s'inquiéter d'une éruption majeure ?

Dans la famille des volcans, il existe des géants dont le réveil est souvent synonyme de catastrophe. S'ils sont peu nombreux actuellement, l'histoire et les archives géologiques nous racontent que ces supervolcans sont capables de créer des dommages considérables à l'échelle d'un continent, voire d'affecter le climat global et l'ensemble de la vie sur Terre.

Parmi eux, le volcan du Yellowstone, aux États-Unis. Situé dans le Parc national éponyme, sa découverte ne date que des années 1960. En effet, il ne se présente pas sous la forme classique, avec un édifice volcanique formant une montagne conique aisément reconnaissable. Le supervolcan du Yellowstone se caractérise par une caldeiracaldeira, une vaste dépression de 45 km de large pour 85 km de long, héritée d'une précédente éruption et de l'effondrementeffondrement du volcan sur lui-même.

Localisation des super volcans actuels. © Maphobbyist, <em>Wikimedia Commons</em>, CC by-sa 4.0
Localisation des super volcans actuels. © Maphobbyist, Wikimedia Commons, CC by-sa 4.0

Le plus grand réservoir magmatique connu à ce jour

Si la dernière éruption date d'environ 640 000 ans et aurait enseveli la moitié du territoire américain sous une épaisse couche de cendres, le monstre n'est cependant pas éteint. Il n'est qu'assoupi. Car, en profondeur, le système magmatique est bien actif. En témoignent les fumerollesfumerolles, les geysers et autres manifestations hydrothermales présentes dans le fond de la caldeira. De plus amples investigations ont ainsi révélé la présence d'une chambre magmatique active à relativement faible profondeur. Il s'agirait d'ailleurs du plus imposant corps magmatique connu à ce jour. La quantité de magmamagma présente dans cette chambre magmatique était cependant encore difficile à estimer, tout comme sa distribution au sein du réseau de conduits volcaniques.

Non loin du lac Shoshone, dans le parc de Yellowstone, se trouve l'une des plus importantes concentrations de geysers au monde. © DP, Jake Lowenstern
Non loin du lac Shoshone, dans le parc de Yellowstone, se trouve l'une des plus importantes concentrations de geysers au monde. © DP, Jake Lowenstern

Car les systèmes volcaniques sont complexes. Contrairement aux premiers modèles, qui supposaient que les chambres magmatiques sous les volcans se présentaient sous la forme de grandes cavités remplies de magma liquideliquide, capables de rester dans cet état durant des dizaines, voire des centaines, de milliers d'années, les nouvelles études ont mis en évidence que les réservoirs magmatiques sont plutôt remplis de matériel solidesolide, une sorte de bouillie cristalline. Le magma serait ainsi stocké pendant de longues périodes de temps à une température relativement faible. L'apparition de liquide magmatique dans plusieurs poches situées dans la partie supérieure du réservoir n'interviendrait que de façon sporadique et éphémère au moment des éruptions.

Beaucoup de magma mais pas d’éruption en vue… pour le moment

Dans une nouvelle étude, se basant sur l'imagerie sismique du sous-sol de la caldeira du Yellowstone, une équipe de chercheurs a ainsi découvert que la plus grande concentration de liquide magmatique se situerait actuellement très en surface, entre 3 et 8 km de profondeur. Mais la proportion exacte de liquide reste difficile à estimer.

La plus grande concentration de liquide magmatique se situerait actuellement très en surface, entre 3 et 8 km de profondeur

Elle pourrait être entre 16 et 20 % d'après les modélisationsmodélisations réalisées par les scientifiques, ce qui serait plus que ce que l'on pensait précédemment. La façon dont est distribué ce liquide au sein de la bouillie cristalline n'est cependant pas connue. Le liquide peut en effet « surnager » au-dessus de la phase solide sous la forme d'un film de quelques millimètres d'épaisseur ou s'être accumulé dans des poches de l'ordre de la centaine de mètres voire du kilomètre. Or, la façon dont est distribué le liquide magmatique va grandement influencer sa capacité à être mobilisé en cas d'éruption.

Les résultats publiés dans Science ne sont donc pas synonymes d'éruption imminente. Aucun signe extérieur ne le laisse d'ailleurs penser. L'activité du volcan est cependant suivie avec attention afin de détecter le plus précocement possible tout signe de réveil. Le Yellowstone semble en effet entrer en éruption de manière cyclique, tous les 600 000 ans environ, ce qui laisse penser qu'une reprise d'activité interviendra très certainement sur le long terme.