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Les apiculteurs perdent la bataille du Cruiser

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Les centaines d'apiculteurs venus manifester à Paris en réclamant le retrait du Cruiser, qu'ils accusent de détruire leurs ruches, sont rentrés chez eux sans obtenir satisfaction.

Abeille butinant une fleur de ronce. Crédit : Jean-Luc Barraud.

Mis au point et commercialisé par Syngenta, le Cruiser est un insecticide destiné à enrober les semences de maïs. Son principe actif, le thiametoxam, est un neurotoxique dont 5 nanogrammes (milliardièmes de gramme) suffisent à tuer une abeille, une toxicité équivalente à celle du Gaucho et du Régent. Ceux-ci, aujourd'hui interdits, sont accusés d'avoir décimé les ruches en France, en Belgique et aux Etats-Unis, où une mortalité de 30 à 50 % a été enregistrée ces dernières années, sans que la raison en soit clairement établie mais dont ces produits sont la cause directe, selon les apiculteurs.

Rayons de ruche. Crédit : Waugsberg

Le ministre français de l'Agriculture, Michel Barnier, a reçu les apiculteurs, mais a fermement refusé de revenir sur l’autorisation de mise en vente du Cruiser. Celle-ci avait été accordée le 8 janvier dernier pour un an, assortie d'un communiqué relativisant l'importance de la décision en annonçant des « mesures de gestion particulièrement strictes », ainsi qu'une promesse de suivi et de surveillance des parcelles et des ruchers à titre expérimental en Rhône-Alpes, Midi-Pyrénées et Aquitaine.

Henri Clément, président de l'Union nationale de l'Apiculture française (Unaf), compte beaucoup sur la participation du Ministère de l'Ecologie qui a promis son aide pour en établir les protocoles. « Ce qui est sûr, c'est que si nous constatons une forte mortalité au printemps, comme avec le Fipronil (la molécule du Régent) dans le sud-ouest, le Cruiser sera mort-né », affirme Henri Clément.

Parmi la foule des participants, les réactions restaient toutefois assez mitigées. Ainsi, Chantal Boyer-Lambert, une apicultrice du Lot-et-Garonne, interroge : « A quoi sert l'Union européenne si l'expérience d'un pays ne sert pas aux autres ? L'Italie a perdu des milliers de ruches l'an dernier avec le Cruiser. » Quant à François Veillerette, du Mouvement pour les droits et le respect des générations futures (MDRGF), il s'insurge : « On va retrouver des traces de Cruiser dans toute la chaîne alimentaire. C'est encore un insecticide systémique, qui diffuse dans l'ensemble de la plante, sa molécule reste longtemps active, même dans le sol et l'eau ».

L'avis contradictoire de l'Afssa

A l'opposé, l'Afssa (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments) reste favorable à l'utilisation du Cruiser et préfère imputer la mortalité des abeilles à d'autres causes, dont l'état sanitaire des ruchers et les parasites, notamment le Varroa (d'origine sud asiatique et introduit en Allemagne en 1977). Dans un communiqué du mois de janvier, l'Afsa faisait état d'une Etude comparée des impacts de trois classes d'insecticides néonicotinoïdes chez l'abeille produite par Luc Belzunces, chercheur à l'Inra d'Avignon, démontrant la toxicité, au laboratoire, de diverses substances actives, parmi lesquelles le thiamethoxam, administrées aux abeilles dans leur nourriture. Cependant, l'Afssa estime que ces observations expérimentales « sont très difficilement extrapolables à des résultats que l'on pourrait attendre après une exposition au travers du pollen ».

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