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Les antihistaminiques sèchent le nez, mais menacent aussi les rivières

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Les antihistaminiques, ces médicaments utilisés pour contrer les effets des allergies, endommagent les cours d'eau. Ils assèchent les couches visqueuses sur les roches de rivière. Ces biofilms aquatiques sont pourtant absolument vitaux pour l'écosystème des rivières, fournissant nutriments et nourriture à la faune.

Ce type de biofilm couvre une eau stagnante, on parle d'eutrophisation. Cela se produit en cas d’apport excessif de substances nutritives. © F. Lamiot, cc by sa 2.0

Les produits issus de l'industrie pharmaceutique sont omniprésents dans les cours d'eau. Bien qu'il soit difficile d'évaluer leur impact sur la faune et la flore sauvages, certaines études révèlent déjà des faits surprenants. Les poissons deviendraient plus agressifs à cause des anxiolytiques, et, comme les invertébrés, se féminiseraient en ingérant des œstrogènes. En outre, 20 % des bouteilles d'eau minérale contiendraient aussi des traces de médicaments. Les stations d'épuration n'arrivent pas à éliminer tous les composés chimiques toxiques, on peut donc s'attendre à ce que les concentrations augmentent au cours du temps.

Dans ce contexte de pollution de l’eau douce, une équipe américaine dirigée par la chercheuse Emma Rosi-Marshall a évalué in situ les effets de six produits pharmaceutiques communs sur les biofilms aquatiques. Il s'agit de ces couches un peu visqueuses couvrant les rochers des cours d'eau. Aux yeux des humains, elles ne sont que des pièges glissants et dangereux. En revanche, pour l'écosystème, elles sont tout simplement vitales. Les biofilms recyclent les nutriments et fournissent de la nourriture aux premiers maillons de la chaîne alimentaire.

Représentation d’une communauté d'organismes vivant dans un biofilm aquatique. © Andrew Dopheide, Gillian Lewis

L'étude, dont les résultats sont publiés dans la revue Ecological Applications, montre que les résidus pharmaceutiques à base de caféine et de diphénhydramine réduisent la production de biofilms de 22 %. La diphénhydramine est une molécule utilisée comme antihistaminique. C'est un médicament indiqué pour estomper les effets des allergies. De la même façon dont ils assèchent les nez qui coulent, ils dégradent les couches visqueuses sur les rochers des cours d'eau. À l'automne, dans les cours d'eau de l'État de New York, l'antihistaminique a réduit la photosynthèse de 99 %.

Des bactéries se développent, d’autres disparaissent

En outre, la diphénhydramine modifie le mode de fonctionnement de certaines bactéries des rivières. Au-delà d'une certaine concentration, l'antihistaminique augmente le nombre de Pseudomonas, des bactéries qui dégradent les composés toxiques. Il diminue également le nombre de Flavobacterium, des bactéries qui digèrent les produits chimiques produits par les plantes. Les Pseudomonas semblent tolérer le médicament, mais il est difficile de dire si elles le dégradent. Leur quantité n'influence pas la production des biofilms. En revanche, la diminution des Flavobacterium est préoccupante, car celles-ci sont vitales à la formation des couches visqueuses.

L'équipe a évalué l'influence de la caféine et de la diphénhydramine, mais aussi d'autres composés comme la cimétidine, la ciprofloxacine, la metformine et la ranitidine. Pour étudier leurs effets in situ, les chercheurs ont déployé des substrats diffusants ces médicaments dans des cours d'eau de l'Indiana, du Maryland et de l'État de New York. Le processus de respiration du biofilm a été réduit de 51 % par la cimétidine, de 53 % par la caféine, de 63 % par la diphénhydramine et de 91 % par la ciprofloxacine. Quant au mélange de produits, il a réduit la respiration du biofilm de 40 %.

Cette étude s'inscrit à la suite d'une longue liste de médicaments déjà identifiés comme néfastes pour la faune et la flore sauvages. Puisqu'il est difficile de les filtrer dans les eaux usées, il convient de les identifier et d'évaluer leur impact pour réagir au plus vite.

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