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Les sécheresses africaines peut-être influencées par l'hémisphère nord

ActualitéClassé sous :climatologie , ITCZ , lac Tanganyika

Pour expliquer les aléas climatiques en Afrique de l'est, des pluies torrentielles aux sécheresses, l'hypothèse classique s'appuyait sur la circulation atmosphérique, plus précisément sur les mouvements du front équatorial. Tout faux, affirme aujourd'hui une équipe américaine, qui a exploré le fond du lac Tanganyika. La situation serait bien plus complexe, couplant les climats de régions séparées par de longues distances.

Des carottes de huit mètres de longueur sont extraites du fond du lac Tanganyika. © The Nyanza Project, University of Arizona

En 2004, Jessica Tierney et ses collègues de la Brown University (Providence, Rhode Island) ont sillonné le lac Tanganyika, entre Zaïre et Tanzanie pour en extraire une multitude de carottes du fond, jusqu'à 650 mètres sous la surface. Il aura fallu ensuite deux années d'analyses pour mesurer finement les teneurs en isotopes de l'hydrogène et l'état des acides gras dans les restes de végétaux puis relier ces données aux variations de l'humidité de l'air ambiant, permettant de remonter 60.000 ans en arrière.

Ce patient travail a mis à mal une théorie en vigueur pour expliquer le climat de cette région du sud-est de l'Afrique, et notamment les périodes de sécheresse. Cette hypothèse invoque l'influence de cet étroit couloir d'air coincé au niveau de l'équateur entre les alizés nord et sud, que l'on appelle le front équatorial ou zone de convergence intertropicale, ou encore ITCZ (Intertropical Convergence Zone). Durant l'été de l'hémisphère nord, cette zone remonte vers le nord et entraîne à sa suite de l'air chaud et humide, qui s'éloigne ainsi des régions du sud de l'Afrique. Six mois plus tard, l'ITCZ redescend, repoussant l'humidité vers le sud.

Le climat peut basculer très vite

A l'échelle des 60.000 dernières années, ce lien ne semble pas du tout établi, d'après les auteurs de l'étude. Selon eux, le climat dans cette région serait au contraire relié à celui régnant dans l'hémisphère nord... Les chercheurs pensent avoir repéré au moins trois longues périodes durant lesquelles la situation était même complètement inversée : un front équatorial installé très haut et un climat très humide dans la région du lac Tanganyika. De plus, des changements climatiques brutaux ont été mis en évidence, notamment durant l'épisode du Dryas récent (une courte interruption de la déglaciation à la fin de la dernière période glaciaire). Lors de ces événements, un climat très pluvieux s'installait en moins de trois cents ans en Afrique du sud-est. Enfin, selon eux, la sécheresse actuelle se serait mise en place il y a trois mille ans.

La corrélation, en revanche, semble plus étroite avec les températures de surface de l'océan Indien, l'intensité de la mousson en Inde mais aussi, de façon inexpliquée, avec les variations climatiques dans l'Atlantique nord. Pour expliquer l'influence indienne, les auteurs font l'hypothèse que les vents d'est venus d'Asie se chargent en humidité au-dessus de l'océan Indien et ce d'autant plus que l'eau est chaude.

Ces observations ne permettent pas d'esquisser un mécanisme climatique mais entraînent surtout des doutes sur les modèles actuels. Il semble que des régions très éloignées puissent être ainsi climatiquement couplées. Il semble également que des changements importants puissent intervenir de manière rapide, beaucoup plus, en tout cas, que ce que l'on imaginait jusque-là...

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