Planète

Le réchauffement climatique va raréfier les moussons indiennes

ActualitéClassé sous :climatologie , météorologie , mousson

Les moussons sont dévastatrices mais aussi bénéfiques. En Inde, malgré d'intenses inondations dans les villages, les trombes d'eau saisonnières sont vitales, fournissant plus de 80 % de l'eau annuelle. Dans un modèle de réchauffement climatique, la mousson serait pourtant en danger. À la fin de ce siècle, la suppression de saisons entières de la mousson indienne deviendra vraisemblablement un phénomène très fréquent. 

En 2005, l'Inde a connu une mousson particulièrement violente. Huit cents personnes ont trouvé la mort, un tiers de la ville s'est retrouvé inondé et des précipitations record de 942 mm ont été enregistrées. © Hitesh Ashar, Wikipedia, cc by 2.0

En Inde, deux personnes sur trois travaillent dans l'agriculture, secteur qui représente un quart du produit intérieur brut du pays. La mousson indienne permet la culture de végétaux grands consommateurs d'eau comme le coton, le riz et les huiles alimentaires. Vital pour une majeure partie du monde, le régime de mousson est pourtant menacé par le réchauffement climatique

Une équipe de recherche a récemment montré qu'en réponse au changement climatique, à la fin du XXIe siècle, il y aura davantage d'années sans mousson. De façon naturelle, il arrive que la mousson indienne ne s'amorce pas, mais c'est un événement très rare. Les résultats de l'étude, publiés dans le journal Environmental Research Letters, suggèrent que l'augmentation de température et une modification de la circulation de Walker augmenteront à plus long terme la fréquence des années sans moussons.

La circulation de Walker est une boucle atmosphérique. Elle redistribue l'excès de chaleur de la ceinture tropicale, générant ainsi des zones convectives (basses pressions) où les précipitations sont denses et des zones de subsidence (hautes pressions), plutôt associées à des zones atmosphériques sèches. Cette circulation induit des hautes pressions dans l'ouest de l'océan Indien. Toutefois, lors d'un événement El Niño, variabilité climatique naturelle, cette circulation est modifiée et la zone de subsidence, qui se déplace vers l'est, peut se retrouver sur l'Inde, supprimant la formation du système convectif de mousson. 

L'équipe du Postdam Institute révèle que le réchauffement climatique, durant le XXIe siècle augmentera en moyenne les précipitations de la mousson à cause d'une augmentation de l'humidité de l'atmosphère. Mais, à plus long terme, l'affaiblissement de la circulation de Walker induira des conditions atmosphériques qui favoriseront la subsidence sur la région indienne (et perturberont le démarrage de la mousson). 

La circulation de Walker est une circulation atmosphérique qui redistribue l'excédant de chaleur sur la ceinture tropicale. Elle est ici représentée pour les mois de décembre, janvier et février (DJF) pour les conditions normales (schéma du haut) et pour les conditions El Niño (schéma du bas). Les branches ascendantes des cellules sont associées à une zone dépressionnaire, où une intense convection nuageuse (rising air and convection) se développe. Les branches descendantes sont associées à des zones de subsidence, caractérisées par des hautes pressions et une atmosphère sèche. Lors d'un événement El Niño, la branche ascendante de l'océan Indien se déplace vers l'est et peut se placer au-dessus de l'Inde, inhibant la formation de la mousson. © Penn State University

Moins de moussons pour une perte de 70 % de précipitations

Les simulations des modèles de prévision climatique suggèrent en effet que les précipitations seraient renforcées durant le XXIe siècle en réponse à l'effet thermodynamique du réchauffement de l’atmosphère. Néanmoins, à la fin du XXIe siècle, le changement dans la circulation de Walker deviendra le signal dominant, apportant plus fréquemment sur l'Inde des hautes pressions et donc une atmosphère plus sèche. D'après les modèles climatiques, les saisons de mousson perturbées provoqueraient une diminution de 40 à 70 % des précipitations.

Alors que les effets directs du changement climatique sur la mousson, à savoir une augmentation des précipitations, ont déjà été relevés par la communauté scientifique, il va de soi que les résultats de ces simulations des modèles divergent. Suivant le scénario émis dans le modèle, l'évolution de la circulation de Walker peut différer. Jacob Schewe, principal auteur de la publication, donne son opinion : « Cette étude pointe sur la possibilité que des changements bien plus sévères des pluies de la mousson causés par le changement climatique pourront se produire plus tard, après le XXIe siècle ».

Cela vous intéressera aussi