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La civilisation de l’Indus déstabilisée par une sécheresse soudaine ?

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À l'âge du bronze, la civilisation de l'Indus s'était imposée dans le nord-ouest de l'Inde et le Pakistan. Très moderne, elle avait bâti de vastes villes complexes... avant que celles-ci ne se vident subitement. Pourquoi ? Des éléments plaident en faveur d'une sécheresse soudaine qui a déstabilisé la région.

Les moussons sont des pluies violentes et annuelles qui apportent une bonne partie de l’eau utilisée par la population asiatique pour boire et irriguer les terres arables. Or, pour une grande ville, une agriculture de masse était fondamentale. Sans moussons fortes durant 200 ans, les métropoles de l’Indus se sont vidées de ses habitants. © Koshyk, Flickr, cc by 2.0

Dans l'Antiquité grecque, Thucydide affirmait que l'histoire est un éternel recommencement. Avant nous, de nombreuses civilisations ont jalonné la Terre, et se sont éteintes. Pour éviter de subir le même sort, il serait judicieux de s'inspirer de ce passé. Les archéologues cherchent par exemple à comprendre comment la civilisation de l’Indus, qui a régné sur le nord-ouest de l'Inde et le Pakistan entre 5000 et 1900 avant J.-C., s'est soudainement éteinte.

Plusieurs hypothèses ont été évoquées. Les rivières formées par la fonte des glaciers auraient pu changer de lit et ne plus irriguer les peuplements en place, affectant l'agriculture locale. Les populations dans les grandes villes (très modernes pour l'époque) auraient pu dépasser le seuil acceptable. La région aurait également pu être en proie à de violents conflits. Enfin, d'autres évoquent un changement climatique soudain, entraînant une diminution des moussons estivales et un assèchement de la zone.

Cette dernière hypothèse n'était jusqu'à présent soutenue que par des éléments plutôt minces. Il a été montré qu'à Oman et sur la mer d'Arabie, à plusieurs centaines de kilomètres de distance, les moussons avaient effectivement diminué à la même époque. Mais aucune preuve d'un tel phénomène dans les vastes territoires peuplés par la civilisation de l'Indus... jusqu'à cette étude publiée dans Geology par l'équipe de David Hodell, de l'université de Cambridge (Royaume-Uni).

Lire le climat passé dans les coquilles d’escargot

Si la plupart des gens de ce peuple vivaient dans les campagnes, les archéologues ont retrouvé les vestiges de métropoles importantes, de plus de 80 hectares, dotées de plus de 40.000 habitants et entourées de fortifications. La population maîtrisait l'artisanat et travaillait de nombreux matériaux, comme la stéatite ou l'or, que les habitants revendaient jusqu'au Moyen-Orient tant leurs objets étaient sophistiqués. Les maisons suivaient les routes et ruelles, et disposaient presque toutes de puits et de systèmes de drainage. L'eau devait donc jouer un rôle fondamental.

La civilisation de l’Indus occupait un vaste territoire, représenté sur cette carte. On reconnaît le sous-continent indien, l’actuel Pakistan et, en dessous, la mer d’Arabie. © MM, Wikipédia, cc by sa 3.0

À partir de 2100 avant J.-C., voilà plus de 4.000 ans, les traces indiquent que les rues se sont remplies de déchets, que l'artisanat a perdu de son éclat, que l'écriture a disparu, et que la population a commencé à migrer. Pourquoi une telle chute démographique ? Était-ce la disparition de l'eau ?

Les scientifiques ont voulu en avoir le cœur net en allant effectuer des fouilles dans le lit d'un ancien lac de la région de Gurgaon, dans l'État indien de l'Haryana. Dans des couches sédimentaires, ils ont retrouvé les restes d'escargots aquatiques Melanoides tuberculata qui, bien des millénaires après leur mort, ont permis de déterminer le climat de l'époque à laquelle ils vivaient.

L’assèchement du lac a eu raison de la civilisation de l’Indus

Pour faire parler les mollusques, les scientifiques ont étudié les isotopes de l'oxygène du calcaire (CaCO3) qui composait la coquille. L'oxygène 16 (16O) est de loin le plus fréquent, mais l'oxygène 18 (18O) se retrouve également à l'état de traces. Le ratio peut évoluer. En effet, en cas de sécheresse, lorsque l'évaporation supplante les précipitations16O, moins lourd, s'évapore plus facilement. L'eau du lac s'enrichit donc en 18O, ce qui se traduit dans les coquilles des escargots, qui prélèvent les éléments dans leur environnement pour se constituer un abri.

Ainsi, les auteurs ont pu constater qu'entre 4500 et 3800 avant J.-C., le lac était profond. C'est à cette époque qu'il a commencé à devenir moins imposant. Environ 1.700 ans plus tard, le lac s'est davantage tari pour devenir éphémère. Or, les spécialistes savent que son niveau dépend essentiellement des moussons estivales. Un tel recul ne peut être que le signe d'un manque de pluviosité. La situation se serait même maintenue durant les deux siècles suivants.

Ainsi, les changements climatiques peuvent profondément affecter certaines populations, pourtant bien établies. Or, faut-il rappeler que ces dernières décennies surtout, nos activités bouleversent le climat et que celui-ci se réchauffe à une vitesse importante ? Quel effet aura-t-il sur notre civilisation ?

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