« Bêtes de Science », c’est comme un recueil d’histoires. De belles histoires qui racontent le vivant dans toute sa fraîcheur. Mais aussi dans toute sa complexité. Une parenthèse pour s’émerveiller des trésors du monde. Pour ce troisième épisode, le dépaysement ne sera pas au rendez-vous, mais nous allons découvrir quelque chose de surprenant à propos de notre meilleur ami : le chien.

Voilà presque huit ans qu'il a fait irruption dans ma vie. Gizmo. C'est le nom que je lui ai choisi. Pour sa ressemblance avec l'original. En un regard, il est devenu mon chien. Et je suis devenue son humain. Mais il a fallu un peu de temps pour que nous apprenions à communiquer l'un avec l'autre. Gizmo avec des attitudes, des expressions ou même, plus récemment, des gestes. Moi, en humain de base, j'en suis restée aux mots. Et pour me faire plaisir, il en a appris beaucoup.

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Alors, imaginez ma surprise lorsque j'ai entendu parler de ces travaux menés par des éthologues hongrois -- à l'université Eötvös Lorànd de Budapest, il y a un groupe qui étudie nos amis les chiens depuis longtemps. Selon eux, malgré leur capacité étonnante à comprendre et à traiter notre langage, les chiens ne différencient pas les mots qui diffèrent d'un seul son. Autrement dit, pour Gizmo -- en chienchien de chasse tout moyen qu'il est --, un « canard » et un « co**ard », c'est du pareil au même !

Selon les chercheurs, cette découverte pourrait expliquer pourquoi les chiens ne sont pas capables d'apprendre un nombre illimité de mots. Alors vous imaginez bien que j'ai fait le test, avec Gizmo. Artisanalement. Et je confirme, il ne différencie pas les mots « briandise » ou « friandose » du mot « friandise ». C'est pourtant l'un des mots... qu'il aime le plus !

Travaillant sur des chiens non entraînés, les chercheurs de l’université Eötvös Lorànd (Hongrie) ont dû prendre toutes les précautions utiles pour mettre pleinement à l’aise les animaux et leurs maîtres avant procéder à leurs tests. © Vivien Reicher, Université Eötvös Lorànd
Travaillant sur des chiens non entraînés, les chercheurs de l’université Eötvös Lorànd (Hongrie) ont dû prendre toutes les précautions utiles pour mettre pleinement à l’aise les animaux et leurs maîtres avant procéder à leurs tests. © Vivien Reicher, Université Eötvös Lorànd

Les chiens comme des génies ?

Les éthologues hongrois, eux, ont travaillé plus sérieusement, bien sûr. En mesurant, par électroencéphalographie (EEGEEG), l'activité cérébrale de chiens éveillés et non entraînés. Comme les humains, les chiens ont réagi bien distinctement en entendant des mots significatifs familiers -- comme « sit » pour « assis » -- et des mots absurdes très différents -- comme « bep ». En revanche, leur cerveaucerveau n'a fait aucune différence entre un mot connu et un mot absurde proche : « sit » et « sut ».

Un défaut de perception ? Non, pensent les chercheurs. Plutôt un manque d'attention. Du même genre que celui que l'on peut noter chez un bébé d’un an. Est-ce à dire que mon Gizmo ne se soucie pas réellement du détail de ce que je lui dis ? Ma fierté de meilleure amie en prend un petit coup. Mais le voilà qui pousse ma main de sa tête. Il est déjà pardonné.

Et s'il peut, comme un chien moyen, apprendre quelque 160 mots. À peu près autant qu'un bébé de deux ans. Ce sera déjà très bien. Même si certains font beaucoup mieux. Chaser, un border collieborder collie qui nous a récemment quittés, avait enregistré la signification de plus de 1.000 mots. Un véritable talent que les éthologues de l'université Eötvös Lorànd n'hésitent pas à comparer au génie humain. Alors malgré tout, pas si bête, le chien !