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Cameraria : le parasite grille toujours les feuilles des marronniers

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Arbres jaunis, grillés, feuilles mortes jonchant le sol... Les marronniers des villes d'Europe n'anticipent pourtant pas l'automne. Ils sont parasités par la chenille d'un minuscule papillon qui s'est répandu en quelques années depuis les Balkans. Pour endiguer ce fléau, la lutte s'organise.

Le dernier stade larvaire (5) de la mineuse du marronnier. La chenille atteint alors 5 mm. Elle allonge les mines dans lesquelles elle va tisser le cocon où elle effectuera sa métamorphose. © Beentree, Wikipédia, CC by-sa 3.0

Découverte et identifiée pour la première fois en 1984, dans les Balkans, la présence de la mineuse du marronnier en Grèce a depuis été attestée dès la fin du XIXe siècle. Mais ce papillon de quelques millimètres, brunâtre aux ailes plumeuses, n'a révélé son caractère invasif que ces dernières années, avec le développement des voies de communication qui ont désenclavé sa région d'origine.

L'Autriche est touchée en 1989, et la progression continue vers l'ouest jusqu'à la Grande-Bretagne en 2002. Arrivée en France en 2000, Cameraria ohridella a colonisé tout le territoire en quatre ans, pour le plus grand malheur de nos marronniers blancs. Cet insecte a un cycle de vie rapide avec trois générations dans l'année.

Multiplication accélérée

Au printemps, synchronisés avec la floraison des magnolias, les papillons sortent tous ensemble des cocons tissés à l'abri dans les feuilles mortes. Après l'accouplement, la femelle pond entre 20 et 1.000 œufs sur les feuilles et, comme le mâle, meurt rapidement. Les petites chenilles d'un demi-millimètre de long entrent dans la feuille juste après l'éclosion. Elles grandissent en se nourrissant du parenchyme (la chair de la feuille) où elles creusent des galeries, les mines. Après plusieurs stades larvaires, elles y tissent le cocon où elles effectueront leur métamorphose.

Détail d’une feuille de marronnier attaqué par Cameraria ohridella. Les mines, au départ ponctuelles, s’étendent et peuvent se rejoindre lorsqu’elles sont agrandies par les larves. © Bruno Scala/Futura-Sciences

Le cycle normal voit de nouveaux papillons sortir des feuilles mortes dans les quinze jours qui suivent et les mêmes étapes se répètent ensuite deux autres fois avant l'automne. Mais une fraction des chrysalides ne se transformeront en papillon que l'année suivante, rentrant en diapause ou vie ralentie. Ces particularités, permettant à l'effectif de grandir très vite, sont à prendre en compte dans la lutte contre le fléau.

La lutte s’organise

Si le parasite ne tue pas directement les arbres qu'il contamine, il les affaiblit en diminuant leurs réserves constituées durant la période végétative. Pour combattre l'infestation, différents organismes de recherche des pays européens touchés, dont l'Inra pour la France, ont décidé de rassembler leurs compétences au sein du projet « Controcam ». Ils rassemblent ainsi leurs connaissances sur la biologie de la mineuse et proposent différents moyens de lutte.

Durant les périodes de reproduction, l'animal est sous sa forme papillon et des pièges à phéromones ont été élaborés. Ils attirent et piègent les mâles pour empêcher la fécondation mais un test à Bordeaux n'a montré qu'une réduction de population inférieure à 50 %, insuffisante pour éviter les dégâts sur les arbres. Un insecticide existe mais il est très couteux et entraîne des dommages collatéraux sur les autres populations d'insectes.

La technique la plus efficace reste le simple ramassage des feuilles qui doivent être incinérées ou compostées à plus de 40 °C pour détruire les nymphes qu'elles renferment. Soigneusement effectué, ce nettoyage est très efficace, mais il ne peut concerner que les espaces urbains, pas les grands parcs ou les forêts comme le bois de Boulogne. Enfin, les chercheurs travaillent à l'identification des prédateurs naturels de la chenille pour tenter de développer la lutte biologique, mais la pratique comporte elle aussi des risques.

Les arbres touchés sont les marronniers blancs, traditionnels ornements des villes d'Europe depuis le XVIIe siècle. Les marronniers à fleurs roses, eux, résistent à l'attaque et ils risquent fort à terme de remplacer leurs cousins. Dans le cadre d'une préparation (peut-être un peu précoce) aux possibles conséquences du réchauffement climatique, les espèces d'arbres urbains sont d'ailleurs en train de changer. La mineuse est un facteur de plus incitant les responsables des parcs et jardins à abandonner peu à peu le seul marronnier blanc et à diversifier les espèces qui aèrent nos centres-villes. Le grand public est invité à signaler les zones infestées par un formulaire proposé par l’Inra.

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