« Bêtes de science », c’est comme un recueil d’histoires. De belles histoires qui racontent le vivant dans toute sa fraîcheur. Mais aussi dans toute sa complexité. Une parenthèse pour s’émerveiller des trésors du monde. Pour ce neuvième épisode, reprenons la direction de l’Australie, la terre d’origine des oiseaux chanteurs et des perroquets. Nous allons justement y rencontrer un drôle d’oiseau : l’apôtre gris.

L'apôtre gris, c'est un oiseauoiseau d'une trentaine de centimètres. On ne le trouve qu'en Australie. Dans les boisbois d'eucalyptuseucalyptus, notamment. Alors, certes, ses couleurscouleurs sont un peu ternes. Mais il gagne à être connu. Car c'est un oiseau très sociable. Il partage par exemple son nid de boue avec les autres membres de son groupe.

Et il est joueur. On le voit parfois, détalant à grande vitessevitesse, une brindille dans le becbec, poursuivi par ses copains apôtres gris. Futilité ? Il ferait mieux d'occuper son temps à imaginer des outils qui amélioreraient ses conditions de vie. De prendre exemple sur nous, les Hommes, qui avons développé notre cerveaucerveau à force d'utiliser des outils de plus en plus sophistiqués. D'autres animaux l'ont fait aussi. Les chercheurs appellent ça « l'hypothèse de l'intelligenceintelligence technique ».

Mais pourrait-on imaginer que cette hypothèse soit quelque peu surfaite ? C'est en tout cas l'opinion que partage le professeur Gisela Kaplan, de l'université de Nouvelle-Angleterre (Australie). Selon elle, c'est le comportement de jeu qui pourrait en réalité être la clé du développement d'un cerveau plus volumineux.

Les pies sont aussi des oiseaux connus pour s’adonner à différentes formes de jeu. Et parfois même, des jeux sociaux assez complexes. © Dominic Andreas Martin, Université de Goettingen
Les pies sont aussi des oiseaux connus pour s’adonner à différentes formes de jeu. Et parfois même, des jeux sociaux assez complexes. © Dominic Andreas Martin, Université de Goettingen

Le jeu, moteur de l'intelligence ?

Un avis qui repose sur de longues observations de 77 espèces d’oiseaux. Le loriquet arc-en-ciel qui adore se balancer. Le martin-chasseur géant -- autrement appelé kookaburra -- qui préfère jouer avec des pierres. Ou le crave à ailes blanches qui se distrait en essayant de voler les branchages attrapés avec ses petits copains.

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Résultat : le sérieux ne paie pas ! Utiliser des outils ne confère aucun avantage aux oiseaux en matièrematière de taille de cerveau -- ni même d'espérance de vieespérance de vie. Le jeu, c'est autre chose. Les oiseaux qui aiment jouer -- et plus encore ceux qui connaissent le jeu social, celui qui se partage avec leurs congénères -- y gagnent très clairement en massemasse cérébrale -- et en temps de vie.

Notez tout de même que rien ne permet aujourd'hui de savoir ce qui est arrivé en premier : l'attrait pour le jeu ou la taille du cerveau. Quoi qu'il en soit, jouer semble offrir plus qu'une simple occasion de passer du temps ensemble. Alors, prendre exemple sur l'apôtre gris... pas si bête !