Le cheval nous accompagne depuis plusieurs millénaires, maintenant. Et il est presque devenu pour nous, un animal de compagnie. Le résultat ou peut-être la conséquence de capacités cognitives sociales particulièrement complexes. Qui font du cheval, un animal de plus qui n’est… pas si bête ! © byrdyak, Adobe Stock
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Bêtes de science : le cheval, un champion de l’intelligence sociale

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« Bêtes de science », c'est comme un recueil d'histoires. De belles histoires qui racontent le vivant dans toute sa fraîcheur. Mais aussi dans toute sa complexité. Une parenthèse pour s'émerveiller des trésors du monde. Pour ce nouvel épisode, intéressons-nous à l'un de ceux qui nous sont les plus proches : le cheval.

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Le cheval, c'est peut-être « la plus noble des conquêtes » de l'humanité. Depuis des millénaires, il évolue à nos côtés. Il nous prête sa force là où nous en avons besoin. Dans les champs, pour tracter le matériel agricole. Et sur les chemins, pour nous emmener au loin. Au Moyen-Âge, il était le fidèle destrier qui chargeait au galop. Aujourd'hui, il participe à des séances de zoothérapie qui nous aident à retrouver quelques fonctions physiques éteintes. Ou à restaurer une confiance perdue. En comptant sur des compétences particulières qu'il a peut-être justement développées au contact des Hommes. Des compétences sociales qui vont tout particulièrement nous intéresser aujourd'hui.

Car être intelligent, ce n'est pas seulement savoir compter ou comprendre les théories de la physique. Savoir utiliser un outil ou mettre en place des stratégies. Être intelligent, c'est aussi savoir lire les émotions des autres et comprendre leurs intentions. Et concernant le cheval, la première chose à noter, c'est qu'il vit en groupe. Certains chevaux forment des groupes familiaux. Les fameux « harems » dans lesquels on trouve un étalon, ses juments et de jeunes chevaux. Les mâles célibataires, eux aussi, vivent en groupes. En attendant de pouvoir constituer leur propre harem.

Au sein de ces groupes, les chevaux savent tisser des relations sociales complexes. Des relations à plusieurs niveaux. Un peu comme nos familles se rapprochent en communautés, puis en villes et en pays, par exemple. Tout en gardant une certaine indépendance. Les groupes de chevaux peuvent ainsi être amenés à se rapprocher pour former des troupeaux dans lesquels les groupes conservent tout de même leur unité. Ainsi, les plus grands harems occupent-ils une place centrale alors que les groupes de chevaux célibataires sont cantonnés à la périphérie.

Si les chevaux sont des champions de l’intelligence sociale, ils ne sont pas aussi doués lorsqu’il est question d’intelligence physique. © Feydzhet Shabanov, Adobe Stock

Ressentir et partager des émotions

Mais ce n'est pas tout. Le cheval est également capable de ressentir des émotions. Elles se lisent sur son visage. Les éthologues nous apprennent ainsi qu'une lèvre supérieure avancée peut par exemple exprimer une émotion très positive. Un œil grand ouvert et des commissures tirées, lançant apparaître les dents peut marquer un inconfort.

Et le cheval sait aussi partager des émotions. C'est ce que les scientifiques appellent la contagion émotionnelle. Et ils l'ont observée chez des chevaux auxquels ils ont proposé de... visionner des films. Le premier montrant un soigneur en train de toiletter un cheval. Le second présentant un vétérinaire en train de prodiguer un soin désagréable à un autre cheval. Non seulement les chevaux se sont montrés captivés par ces séances de cinéma. Mais ils ont en plus eu l'air de partager les émotions des chevaux à l'écran. Montrant des signes de plaisir et un rythme cardiaque apaisé face au premier film. Et des signes de stress et un rythme cardiaque accéléré face au second. Une preuve de ce que les chercheurs qualifient de capacité de représentation avancée pour cet animal qui semble très bien savoir interpréter ce qui se passe... sur un écran. Une belle preuve aussi de la sensibilité marquée du cheval aux émotions de ces congénères.

Au fil des siècles, le cheval a développé des capacités de communication interspécifique étonnante. © Vicuschka, Adobe Stock

Se mettre à la place d’un humain

À nos émotions humaines aussi. Adressez-vous à un cheval sur le ton de la colère et il y répondra spontanément par une émotion négative. Plus étonnant encore, adressez-vous à lui sur un ton joyeux tout en adoptant une expression faciale qui trahit la colère et il restera perplexe devant l'incongruité de la situation. De quoi montrer que le cheval se fait une représentation très précise de nos émotions humaines.

Dans d'autres expériences, les chercheurs ont aussi montré que le cheval sait reconnaître nos visages. Les différencier d'inconnus sur de simples photos. Il a même une bonne mémoire de ces visages. Puisqu'il reste capable d'identifier des personnes rencontrées il y a plus de six mois.

Mais alors, le cheval pourrait-il se révéler capable de prendre le point de vue d'une personne ? Une capacité extrêmement complexe. Longtemps réservée aux humains -- de plus de quatre ans. Peut-être à quelques grands singes. Voire au chien. Mais les chercheurs estiment aujourd'hui que le cheval en est également capable.

Mettez un cheval en contact visuel avec deux personnes. Appelons-les Juliette et Marie. Une troisième personne, Jean, vient cacher de la nourriture dans un seau, puis le ferme d'un couvercle. Le tout au vu et su du cheval et de Juliette. Mais en cachette de Marie. Et bien, figurez-vous que le cheval, s'apercevant qu'il ne peut pas ouvrir lui-même le seau, va spontanément demander de l’aide -- c'est déjà un signe d'intelligence -- à... Juliette. Non pas à Marie. Alors ? Pas si bête, le cheval !

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