Transformer le bois au point de lui conférer des propriétés complètement nouvelles, par exemple la translucidité, voilà qui n’est pas banal. C’est ce qu’a réussi une start-up, Woodoo, récompensée par le prix EDF Pulse 2017. L’inventeur nous explique comment le bois devient un matériau nouveau.
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[EN VIDÉO] Woodoo, le bois réinventé Le bois Woodoo, dont la lignine a été remplacée par un polymère (par un procédé de chimie vertnull

Du bois translucidetranslucide... Il faut le voir pour le croire et le résultat est étonnant. En lame mince, le matériaumatériau est très beau et ressemble à du boisbois. Mais au toucher, dur et lisse, il évoque plutôt une matièrematière minérale. « Nous avons remplacé la ligninelignine par un polymèrepolymère biosourcé » explique Timothée Boitouzet, fondateur de la start-upstart-up Woodoo. Après extraction de cette moléculemolécule naturelle, « par un procédé de chimie vertechimie verte », un monomèremonomère vient imprégner le bois et polymérise.

Cette interversion rend le bois imputrescible. La lignine partie, les champignonschampignons et l'oxygèneoxygène ne viendront plus dégrader la structure. Mais le résultat le plus spectaculaire est visuel : en lames de plusieurs millimètres, le bois laisse passer la lumièrelumière et prend une allure originale. Troisième effet : il est devenu plus résistant au feufeu. C'est vraiment un matériau nouveau, ouvrant des applicationsapplications inédites. « Depuis très longtemps, il n'y avait pas eu d'innovations sur le bois » commente Timothée Boitouzet, passé par Harvard et qui a protégé son invention par plusieurs brevets.

Timothée Boitouzet montre quelques échantillons de différentes essences de bois transformés par son procédé. © Woodoo

Timothée Boitouzet montre quelques échantillons de différentes essences de bois transformés par son procédé. © Woodoo

Le bois de Woodoo intéresse l'industrie du luxe et de l'automobile

Le produit est recyclable et peut même s'inscrire dans une économie circulaireéconomie circulaire. La lignine extraite intéresse en effet la chimie fine, qui sait l'utiliser en alternative à des produits pétroliers, pour synthétiser par exemple du benzènebenzène, des phénols ou de la vanillinevanilline. Quant à la question du risque d'une surexploitation, Timothée Boitouzet détourne l'argument en expliquant que son procédé permet justement d'utiliser des essences peu ou pas utilisées dans la constructionconstruction ou l'ameublement, comme le peuplier, le charmecharme ou le trembletremble qui servent aujourd'hui de bois de chauffage.

Pour l'instant, la start-up, créée il y a un an, a voulu montrer la validité du concept, qui lui a valu le prix EDF Pulse 2017 dans la catégorie Smart City. « Nous avons clairement identifié deux marchés. Le premier est celui du luxe, accessible dès maintenant. Le second est celui des matériaux pour la mobilité, et l'habitat de demain. D'ici là, les applications visées touchent le secteur de la lunetterie, de l'horlogerie, de la maroquinerie et du packaging haut de gamme. La technologie intéresse aussi les secteurs automobileautomobile, nautique et aéronautique pour des éléments de décors intérieurs. »

 « C'est le Gore-Tex de demain, on le verra partout » s'enthousiasme son inventeur, rappelant par exemple, que dans les années et les décennies à venir, l'essor des véhicules autonomes amènera à repenser la décoration et l'éclairage de leurs habitacles. À terme, la start-up veut aller plus loin et « participer à la ville bas carbone de demain en permettant la construction d'édifices en bois de grande hauteur ». Depuis le prix EDF Pulse 2017 et la vitrine du salon Vivatech, des entreprises « de multiples secteurs » ont contacté Woodoo. Après la levée de fonds courant 2018, la jeune société prévoit d'installer une première unité de production pour répondre aux besoins du marché du luxe. Verrons-nous des lunettes en bois augmenté prochainement ?