Décollage du Longue Marche 5 (CZ-5) pour son premier vol d'essai, le 3 novembre, depuis Wenchang, le nouveau site de lancement chinois situé sur l'île d'Hainan. © DR

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Longue Marche 5, le plus gros lanceur chinois, rate sa mission

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Longue Marche 5, le lanceur des missions futures du programme lunaire et de la station spatiale chinoise, subit son second revers en deux vols. L'avertissement est d'autant plus sérieux que, début juin, un autre lanceur a aussi raté sa mission. Un troisième échec du Longue Marche 5 pourrait enrayer les ambitions lunaires de la Chine et retarder le début de la construction de sa station spatiale, comme nous l'explique Philippe Coué, spécialiste du programme spatial chinois.

  • Avec une capacité de 25 tonnes en orbite basse et de 14 tonnes sur orbite géostationnaire, Longue Marche 5, le lanceur de la station spatiale chinoise, surpasse Ariane 5.
  • Il préfigure une famille de six lanceurs modulaires, qui partageront des éléments communs pour réduire les délais de fabrication et les coûts.
  • Ce deuxième échec pourrait retarder le programme de la station spatiale et a déjà imposé le report de la mission de retour d'échantillons lunaires.

Le deuxième lancement du Longue Marche 5, le lanceur le plus puissant de la Chine, s'est soldé par un échec. Le lanceur n'a pas explosé mais un problème est survenu avant la séparation du satellite de télécommunication Shijian-18, vraisemblablement perdu. « Une anomalie a été détectée durant le vol » : c'est la seule déclaration de l'agence Chine Nouvelle pour expliquer cet accident. La présence d'un panache de gaz, inhabituelle par son emplacement au niveau du premier étage, a été remarquée durant le décollage du lanceur. Elle pourrait suggérer un problème avec l'un des quatre moteurs de l'étage principal.

Cet échec est « évidemment très ennuyeux pour les Chinois car ce lanceur est celui de la station spatiale et des grandes missions lunaires », nous explique Philippe Coué, spécialiste français du programme spatial chinois. Il survient alors qu'en novembre 2016 le vol inaugural n'a pas été une complète réussite. Le satellite transporté par le lanceur a été placé sur une mauvaise orbite, mais finalement corrigée par l'étage supérieur du lanceur.

Le 2 juillet 2017, décollage du Longue Marche 5 Y2 depuis la base spatiale de Wenchang sur l'île méridionale de Hainan, avec à son bord le satcom de 7,5 tonnes Shijian-18. © CGTN, anciennement CCTV-9

Ariane 5 aussi a connu des revers à ses débuts

Ce revers pourrait freiner le programme spatial chinois. En effet, le Longue Marche 5 est le lanceur de la future station spatiale chinoise, dont les premiers éléments sont prévus fin 2018 ou début 2019, et des grandes missions du programme lunaire de la Chine. Le troisième vol de ce lanceur devait envoyer la mission de retour d’échantillons lunaires Chang'e 5. Ce lancement, prévu cette année, est évidemment reporté. Ce retard ne devrait pas affecter le calendrier de la construction de la station spatiale chinoise. On y verra plus clair après le troisième de vol de qualification du lanceur. On s'attend à ce que la Chine « mette le paquet pour que cela fonctionne la prochaine fois ». Faute de quoi ces deux programmes pourraient subir un coup d'arrêt.

Cela dit, Philippe Coué se veut rassurant. « Je ne suis pas inquiet pour l'avenir de ce lanceur. » Et de rappeler qu'avant les 80 succès d'affilée d'Ariane 5 ECA, le lanceur d'Arianespace avait « également connu des déboires en début de carrière ». En juin 1996, le premier lancement d'une Ariane 5 générique se conclut par son explosion 40 secondes après son décollage. Six ans plus tard, le premier vol de la version 10 tonnes, l'Ariane 5 ECA, s'est également soldé par un échec, un défaut du système de refroidissement du moteur Vulcain 2 ayant provoqué la retombée du lanceur trois minutes après le décollage.

Cet échec est aussi le deuxième impliquant un lanceur en seulement quelques semaines. Le 8 juin, un lanceur Chang-Zheng 3B/G2 avait également raté sa mission. Le satellite de télécommunications chinois Chinasat 9A qu'il transportait n'a pas atteint son orbite en raison, semble t-il, d'une défaillance lors du second allumage du troisième étage du lanceur. Chinasat 9A a manqué son orbite de quelque 19.440 kilomètres. Il s'est retrouvé sur « une orbite de 193 x 16.358 km, inclinée de 25,7°, au lieu de 35.800 km d'apogée », peut-on lire dans Air & Cosmos.

La Chine va-t-elle trop vite ou tout cela est-il dû à un concours de circonstances défavorables, voire à la réorganisation en sociétés concurrentes dans le domaine des lanceurs, comme le suggère Philippe Coué ?

Pour en savoir plus

Le lanceur lourd chinois a décollé

Article de Rémy Decourt publié le 04/11/2016

Quatre mois après l'entrée en service du lanceur Longue Marche 7 (CZ-7), la Chine fait de nouveau parler la poudre. Le 3 novembre, elle a lancé avec succès un nouveau lanceur, le CZ-5. Avec lui, le programme spatial chinois va connaitre un second souffle avec des missions très ambitieuses.

Annoncé pour le début de la décennie 2010, le lanceur lourd chinois CZ-5 vient de réaliser avec succès son vol d'inauguration. Il a décollé ce jeudi 3 novembre à 12 h 43 TU (20 h 43, heure locale), depuis Wenchang, le nouveau site de lancement chinois situé sur l'île d'Hainan dont c'est le deuxième tir opérationnel. En effet, ce site a été mis en service en juin dernier avec le lancement du CZ-7.

Ce CZ-5 (Longue Marche 5) préfigure une famille six lanceurs modulaires, c'est-à-dire qu'ils partageront des éléments communs pour réduire les délais de fabrication et les coûts. Trois de ces lanceurs seront dotés d'un étage supérieur cryogénique pour les orbites les plus hautes et lointaines.

Avec cette famille, la Chine se donne les moyens de ses ambitions spatiales. C'est en effet le lanceur chinois le plus puissant jamais construit par la CALT (China Academy of Launch vehicle Technology). Avec une capacité de 25 tonnes en orbite basse et de 14 tonnes sur orbite géostationnaire, il sera le lanceur des futurs éléments de la station spatiale chinoise. En termes de performances, on peut le comparer à l'Ariane 5 d’Arianespace ou aux américains Delta-IV Heavy et Atlas V.

Décollage du lanceur lourd CZ-5 et mise en orbite géostationnaire réussie de son passager, le satellite expérimental Shijian-17, de l'agence spatiale chinoise CNSA, équipé d'un moteur électrique. © CCTV

Avec le CZ-5, la Chine donne vie à ses rêves spatiaux

Son entrée en service ravit la communauté spatiale chinoise. Et pour cause. Le lancement de quelques-unes des missions les plus ambitieuses dépend de l'entrée en service de ce CZ-5. Ainsi, en 2017 décollera à destination de la Lune la mission de retour d’échantillons lunaires Chang'e 5. En 2018, c'est le module central de la future station spatiale (Tianhe 1) qui sera lancé, et en 2020, la Chine s'en ira à destination de Mars avec une mission très ambitieuse qui prévoit un orbiteur, un atterrisseur et un rover.

Enfin, ces lanceurs renforceront les capacités chinoises de lancement de satellites de plus de 5 tonnes, en orbite géostationnaire. Compte tenu des règles ITAR de l'administration américaine qui empêchent la Chine de lancer un satellite s'il est construit à partir de composants américains, cette famille de lanceurs ne pourra évidemment pas faire de l'ombre à Arianespace ou SpaceX. En revanche, elle va leur permettre de se doter de satellites plus lourds, ce qui renforcera son infrastructure spatiale avec à la clé de nouvelles applications et services.