Les dinosaures ont marché sur la Terre durant plus de 150 millions d'années, et leur règne aurait pu sembler éternel. Pourtant, il y a environ 66 millions d'années, ils disparaissent. L'impact d'un petit corps céleste, probablement aussi en relation avec de grandes éruptions volcaniques, a très probablement provoqué leur extinction. Mais les détails du déroulement de cette crise biologique restent à préciser. © Shutterstock, Linda Bucklin

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Les dinosaures ont-ils été victimes d'une catastrophe pétrolière ?

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Il ne se passe guère de semaine sans qu'une nouvelle étude sur les dinosaures vienne égayer l'actualité. En ce mois de mars 2017, nous avons découvert le vrai visage d'Anchiornis, dont les ailes ressemblaient à celles des oiseaux, et le synchrotron de Grenoble était mis à contribution pour comprendre la croissance des herbivores géants du Jurassique. En juillet dernier, une théorie originale est venue alimenter l'éternel sujet de leur disparition (concomitante de celle de la majorité des espèces) : un immense gisement de pétrole se trouvait sur le lieu de l'impact de l'astéroïde, ce qui aurait provoqué de gigantesques incendies. La suie injectée dans l'atmosphère aurait amplifié l'effet sur le climat de la Terre.

Article initial de Laurent Sacco paru le 21 juillet 2016

Il y a six ans, Mark Harvey et Simon Brassell, géologues à l'université Bloomington (Indiana, États-Unis) ont proposé une fascinante hypothèse concernant la disparition des dinosaures. Elle vient d'être reprise et étudiée plus en profondeur par un groupe de chercheurs en géosciences au Japon, plus précisément de l'université Tohoku et de l'Institut de recherche météorologique japonais. Leurs travaux se trouvent exposés dans un article que vient de publier le journal Nature.

Mais qu'avait donc trouvé les géologues états-uniens en analysant la fameuse couche KT, contenant de l'iridium et provenant de l'impact d'un petit corps céleste d'une dizaine de kilomètres il y a environ 66 millions d'années ? Ils avaient précisé la nature de certaines particules carbonées, interprétées comme de la suie. En effet, l'énergie libérée lors du choc et qui avait conduit à la formation d'un cratère de 180 kilomètres de diamètre a été évaluée à au moins cinq milliards de fois celle de la bombe d'Hiroshima. Une onde de chaleur n'a pas manqué de se produire, sans parler des roches fondues qui ont dû retomber au même moment. On en avait donc déduit que bien des forêts avaient pris feu, ce qui aurait donc bien injecté de grandes quantités de suies dans l'atmosphère.

Des particules de suie issues de la combustion du pétrole

Sauf que selon Harvey et Brassell, cette suie ne pouvait provenir, pour l'essentiel, que de la combustion de charbon et surtout... de pétrole ! C'est ce que suggéraient fortement les cénosphères, des particules carbonées, qui avaient été retrouvées. Or, le cratère de Chicxulub, au Yucatán, n'est pas très loin du champ pétrolifère Cantarell, l'un des plus grands gisements offshores du monde. D'ailleurs, l'astroblème de Chicxulub avait pu être identifié et daté en consultant les carottes et les données géophysiques provenant des campagnes de prospections pétrolières entamées dans la région dans les années 1950 et menées par des chercheurs travaillant pour Petroleos Mexicanos (Pemex).

On pouvait donc en conclure que le corps céleste tombé au Yuacatán avait probablement atteint des roches riches en pétrole, provoquant la libération de ces hydrocarbures ainsi que leur combustion. Cette catastrophe pétrolière a donc dû augmenter l'effet sur l'environnement et le climat de la Terre.

Il y a environ 66 millions d’années, près de la péninsule du Yucatán, au Mexique, une météorite de plus de 10 km de diamètre s’écrasa sur Terre, formant le cratère de Chicxulub. Le choc, équivalant à environ un million de bombes H actuelles, serait en partie responsable de l’extinction des dinosaures. © Discovery Science

Des baisses de températures contrastées selon les latitudes

Les chercheurs japonais ont précisé de leur côté le processus par lequel la suie pouvait avoir impacté le climat, en utilisant des modèles climatiques. La suie produite par des incendies serait restée largement dans la troposphère, la partie basse de l'atmosphère, alors que celle due à la combustion du pétrole serait montée dans la stratosphère. Or, si la suie de la troposphère peut retomber rapidement sur le sol du fait des pluies, en gros en une semaine, il n'en est pas de même dans la stratosphère. Des niveaux importants de suies ont pu s'y maintenir de plusieurs mois à plusieurs années.

Le bilan thermique de l'atmosphère en aurait été changé puisque ces suies entravant le rayonnement solaire au sol, perturbant la photosynthèse et refroidissant le climat. Selon les chercheurs, l'effet aurait été bien plus significatif qu'avec seulement la poussière et les sulfates éjectés lors de l'impact. Ce qui expliquerait bien pourquoi il en a résulté une extinction massive.

Les simulations indiquent que la suie aurait particulièrement fait baisser les températures aux latitudes moyennes. La baisse aurait été moins importante sur les terres émergées aux basses latitudes mais la pluviosité y aurait chuté, causant des sécheresses. La photosynthèse aurait fortement diminué dans les océans durant les deux premières années et la température de l'eau aurait ensuite baissé en surface les années suivantes, entraînant la disparition des ammonites et des grands reptiles marins du Crétacé. En chiffre, cela donne des baisses de températures comprises entre 6 °C et 18 °C, ainsi que des baisses d'ensoleillement comprises entre 50 % et 90 %.

Ces travaux sont intéressants mais l'on ne peut s'empêcher d'être troublé par le fait que d'autres récemment publiés font état, au contraire, d'une augmentation de la température de la Terre après l'impact de Chicxulub. Mais il est vrai que selon les chercheurs japonais, le refroidissement global qu'ils ont trouvé dans leur modèle ne se serait fait sentir que sur une dizaine d'années tout au plus. Les deux phénomènes ne sont peut-être pas incompatibles et seraient survenus l'un après l'autre sur des échelles de temps différentes.

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