Au Japon, deux chercheurs ont conçu un prototype de lunettes équipées d’un système d’éclairage Led dans l’infrarouge proche capable de bloquer les appareils photo ainsi que les applications de reconnaissance faciale. Une contre-mesure destinée à préserver la confidentialité des usagers, alors que les systèmes d’identification progressent et que le partage des photos via les réseaux sociaux explose. Isao Echizen, l’un des scientifiques à l’origine de cette innovation, a donné des explications à Futura-Sciences.
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Avec l'explosion du marché des smartphones dotés d'appareils photo toujours plus performants et la puissance des réseaux sociauxréseaux sociaux, préserver son droit à l'image devient de plus en plus complexe. Les Google GlassGoogle Glass ou la technologie de reconnaissance des visages introduite par FacebookFacebook, pour ne citer que ces deux exemples récents, suscitent déjà beaucoup de débats et d'inquiétudes. Le mois dernier, les autorités internationales de protection de la vie privée ont adressé à Larry PageLarry Page, le cofondateur de Google, une lettre lui demandant de préciser l'usage qui sera fait des données récoltées par les Google Glass.

Au Japon, le professeur Isao Echizen du National Institute of Informatics et son homologue de l'université Kogakuin, le professeur Seiichi Gohshi, se sont penchés sur ce problème pour apporter une solution technique des plus originales. Il s'agit d'une paire de lunettes équipée d'un système d'éclairage qui masque le visage d'une personne que l'on chercherait à prendre en photo ou à identifier avec une technologie de reconnaissance faciale. « En raison de la popularité croissante des terminaux portables équipés d'un appareil photo et du développement des réseaux sociaux dans les technologies de recherche d'images, des informations sur la date et le lieu où se trouvaient des sujets photographiés sont facilement diffusées sans leur permission », explique le professeur Echizen. Après avoir exposé son concept de lunettes dans un article scientifique publié en décembre, il vient de dévoiler un prototype fonctionnel.

Le professeur Isao Echizen essaie la paire de lunettes équipée de Led à infrarouge proche. En haut, le système est désactivé et la reconnaissance faciale cadre le visage du chercheur. En bas, les Led sont allumées et provoquent un bruit lumineux qui bloque le système de détection. Cette lumière n’est pas visible par l’œil humain, mais elle est captée par certains appareils photo. © <em>National Institute of Informatics</em>, université Kogakuin

Le professeur Isao Echizen essaie la paire de lunettes équipée de Led à infrarouge proche. En haut, le système est désactivé et la reconnaissance faciale cadre le visage du chercheur. En bas, les Led sont allumées et provoquent un bruit lumineux qui bloque le système de détection. Cette lumière n’est pas visible par l’œil humain, mais elle est captée par certains appareils photo. © National Institute of Informatics, université Kogakuin

Lunettes à 11 Led pour préserver la vie privée

Le dispositif se présente sous la forme de lunettes de sécurité à verres transparentstransparents, sur lesquels sont disposées 11 LedLed à infrarougeinfrarouge proche, alimentées par une batterie portable de 2.000 mAh. Huit Led sont disposées au-dessus des sourcilssourcils, et trois autour du neznez. Ces zones spécifiques correspondent à celles qu'utilise la méthode de détection des visages dite de Viola et Jones, qui est l'une des plus répandues. « La lumièrelumière émise par ces Led infrarouges proches n'est pas visible par l'œilœil humain, mais elle se met à briller lorsqu'elle captée par un appareil photo ». Les Led créent un bruit lumineux qui empêche l'algorithme de fonctionner normalement. « Le détecteur peut gérer un angle de rotation de plus ou moins 20° », précise Isao Echizen, pour qui « l'invasion de la vie privée via la capture non intentionnelle d'images faciales est devenue un problème social ».

Toutefois, dans leur forme actuelle, les lunettes ne sont pas du tout ergonomiques et utilisables au quotidien. De plus, certains appareils photo ne sont pas sensibles aux rayons infrarouges proches, ce qui rend le système inopérant. C'est pourquoi les deux chercheurs japonais explorent une autre solution technique, qui consiste en un filtre optique qui vient se fixer sur la monture des lunettes et fonctionne sans alimentation électrique. Il est fait de deux matériaux, l'un repoussant la lumière, l'autre l'absorbant, répartis sur les zones autour des yeux et du nez. Une technique à la fois plus simple et moins coûteuse, qui serait aussi plus acceptable pour les usagers. Isao Echizen confirme qu'il pense commercialiser cette innovation, et qu'il a déjà reçu des propositions de plusieurs entreprises. Il ne s'est cependant pas avancé à communiquer une date de sortie ni un prix.