En Finlande, l’université de Oulu met le paquet sur le développement de la 6G, mais aussi des IA. Futura y a rencontré Mehdi Bennis, l’un des chercheurs, responsable du développement d’IA révolutionnaires et très différentes de celles promues par OpenAI et Google.


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    Située à quelque 150 kilomètres du cercle polairecercle polaire au nord de la Finlande, Oulu est une ville surprenante. C'est la capitale du AirAir Guitar et c'est aussi l'endroit où les start-up peuvent se mesurer au plus extrême des concours de pitch pour expliquer leur projet. Lors du Polar Bear Pitching, les participants doivent rester immergés jusqu'à la taille dans un trou d'eau glacée pendant toute la duréedurée de leur projet. Autant dire qu'il s'agit d'être efficace ! Oulu est devenu un des fleurons de la high-tech finlandaise. Pourtant, la cité partait de loin. Oulu avait été durement touchée par la chute du géant Nokia après 2010. Mais, désormais, les Finlandais se donnent les moyens de rebondir en faisant de Oulu, la capitale du développement européen de la future 6G, avec comme étendard le 6G Flagship.

    Les chercheurs de l'université de Oulu planchent sur 200 sujets liés à la connectivité sans fil et aussi les intelligences artificielle (IA). Sur ce dernier point, leur approche est très différente de celles d'OpenAI ou de GoogleGoogle avec les grands modèles de langage, ou les générateurs d'images et de vidéos. L'un des ténors de ces recherches est Mehdi Bennis, que Futura a pu rencontrer sur place. Le scientifique auréolé de nombreux prix pour ses travaux, prône une approche qui ressemble à celle du pape de l'IA, le Français Yann LeCun. Contrairement à OpenAI qui a pour ambition de créer des jumeaux numériques du monde réel avec des quantités colossales de données, le chercheur mise justement sur l'économie de ces données pour plus d'efficacité et moins de perte d'énergieénergie sur la déduction de « détails ».

    Le chercheur Mehdi Bennis considère que Yann LeCun a mis des décennies pour parvenir à la conclusion que les IA n'ont pas besoin d'être développées autour de millions de données et de paramètres. Cette méthode sera essentielle pour le développement de la 6G. © Université d’Oulu
    Le chercheur Mehdi Bennis considère que Yann LeCun a mis des décennies pour parvenir à la conclusion que les IA n'ont pas besoin d'être développées autour de millions de données et de paramètres. Cette méthode sera essentielle pour le développement de la 6G. © Université d’Oulu

    Une IA qui raisonne comme un humain

    « Pour moi, les IA actuelles fonctionnent comme des perroquets », souligne Mehdi Bennis. Il faut réfléchir autrement. Sur ses travaux en cours, le chercheur précise : « Le sujet fondamental de mon groupe de recherche repose sur la communication sémantique. L'IA que nous développons permettra de révolutionner les réseaux sans fil. On cherche à créer des réseaux qui penseront comme des humains, avec à la clé, beaucoup moins de transmission de données, beaucoup moins d'énergie. Ces IA inspirées du fonctionnement du cerveaucerveau humain sauront raisonner au lieu de se contenter d'apprendre à faire des corrélations. »

    Des modèles compressés et des IA sensorielles

    Concrètement, Mehdi Bennis prend l'exemple des voitures autonomes. Elles sont équipées de très nombreux capteurscapteurs. Dans l'avenir, les IA intégrées devront non seulement percevoir leur environnement, mais aussi être capables de raisonner pour trouver la meilleure trajectoire, ou l'action la mieux adaptée au moment opportun. « Cette approche nécessite ce qu'on appelle un "world models", c'est-à-dire un modèle complet de l'environnement sur lequel l'IA peut s'appuyer pour raisonner. Les IA d'aujourd'hui n'ont pas cette capacité », avoue le scientifique. Pour y parvenir, l'équipe planche sur deux sujets : la compression des modèles, pour les intégrer directement dans des capteurs ou d'autres équipements. Et justement, contrairement à ce que fait Google, ces modèles ne doivent pas reposer sur des centaines de millions de paramètres. L'autre thématique de recherche repose donc sur la mise au point de ces IA, capables de raisonner à partir de ces modèles.

    Pour le scientifique, avec la 6 ou la 7G et ce type d'IA, dans l'avenir, il n'y aura plus besoin de smartphone. Tous les appareils seront doués d'IA et il suffira de leur parler. Il imagine aussi des voitures autonomes et des taxis volants fiables et capables de raisonner comme des humains face aux situations.