L'agitateur du Languedoc par Jean-Paul Laurens en 1887. Musée des Augustins, musée des Beaux-Arts de Toulouse. Le moine franciscain Bernard Délicieux s'opposant au tribunal de l'Inquisition lors de la répression de l'hérésie cathare. © Photo STC, Mairie de Toulouse.

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Histoire : l'Inquisition, organisation et fonctionnement

Question/RéponseClassé sous :histoire , Inquisition , papauté

L'Inquisition est un tribunal d'Église qui fonctionne selon des principes fixés par le droit canon. Elle est fondée au XIIIe siècle, quand le pape transfère la juridiction que détiennent les évêques à des commissaires très souvent choisis dans l'ordre religieux des Dominicains. Son objectif est de réprimer une catégorie particulière de délit, l'hérésie ; les inquisiteurs jugent les hérétiques exclusivement au nom du pape.

La procédure inquisitoriale repose sur des dispositions réglementaires anciennes, instaurées au XIIe siècle, ayant progressivement évolué vers de nouveaux principes juridiques. La réglementation devient plus rigoureuse dans la pratique de l'accusation : importance des aveux de l'accusé et nécessité de témoignages fiables. L'accusé peut être soumis au jugement de Dieu par le biais d'épreuves (feu, eau...) : c'est l'ordalie.

Épreuve de l'ordalie par l'eau ; codex Lambacensis, XIIe siècle. © Bibliothèque de l'abbaye de Lambach, Autriche, Wikimedia Commons, DP

L’Inquisition médiévale aux mains des Dominicains

Dès sa création en 1223, le pape Grégoire IX confie l'Inquisition aux Dominicains ou Frères Prêcheurs. L'ordre religieux, fondé à Toulouse en 1215 par Dominique de Guzman, est reconnu pour sa compétence théologique et sa vocation à être près du peuple. Entre 1231 et 1232, le pape installe l'Inquisition en juridiction d'exception sous son pouvoir souverain et nomme des juges permanents, indépendants de la justice seigneuriale et des évêques.

L'Inquisition partage le Languedoc en trois tribunaux (Toulouse, Carcassonne et Provence) : les hérétiques cathares présents dans l'ensemble de la société et pratiquant librement leur culte, se trouvent désormais dans une insécurité permanente. La pratique de la torture commence en 1252, avec la caution du pape Innocent IV. Malgré des soulèvements contre l'Inquisition durant toute la seconde moitié du XIIIe siècle, celle-ci finit par réduire l'hérésie à la clandestinité et vers 1300, on considère qu'elle a pratiquement disparu des villes.

Le Pape et l'Inquisiteur par Jean-Paul Laurens en 1882. © Musée des Beaux-Arts de Bordeaux, Wikimedia Commons, DP

Le dominicain Bernard Gui a témoigné par écrit du soulèvement des Albigeois contre les inquisiteurs et l'évêque d'Albi entre 1301 et 1305. Il devient le grand inquisiteur de Toulouse de 1308 à 1323 ; son Livre des sentences, recueil de sermons et de jugements, témoigne de la variété des sanctions appliquées aux hérétiques : 30 % des décisions sont des libérations de peine, 6 % sont des condamnations au bûcher, plus de 50 % sont des condamnations à la prison ou au port de la « croix jaune » en signe d'infamie.

Dans les années 1330, l'Inquisition devient un rouage de l'administration ecclésiale, son tribunal se bureaucratise : des questionnaires types sont mis en place pour l'interrogatoire des accusés, les manuels d'instruction se multiplient. Son action décline : réduite à poursuivre de petites hérésies, l'Inquisition étend sa juridiction à d'autres domaines, intégrant désormais le blasphème, la bigamie et la sorcellerie.

Création de l’Inquisition en Espagne et dans les États italiens

Cette institution tombée en sommeil après l'éradication du catharisme renaît avec la création de l’Inquisition espagnole par la bulle du pape Sixte IV, en novembre 1478, à la demande des Rois catholiques, Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon. Précisées par une bulle pontificale en mai 1536, les attributions de l'Inquisition concernent le judaïsme des nouveaux chrétiens convertis, le luthéranisme, l'islam et la sorcellerie. En juillet 1542, le pape Paul III fonde l'Inquisition romaine : cette première congrégation permanente a pour mission de lutter contre les hérésies, en raison des progrès du protestantisme dans les États italiens.

Outre ses rapports plus étroits avec l'appareil d'État, l'Inquisition dispose désormais d'une organisation territoriale qui quadrille l'espace pour y exercer une surveillance constante. Les tribunaux fonctionnent sur le principe de la justice civile : chaque ressort comporte deux ou trois inquisiteurs qui jugent et un personnel hiérarchisé chargé de la procédure. Au début du XVIIe siècle, quatorze tribunaux fonctionnent en Espagne, trois au Portugal et sept dans les États pontificaux dont la majorité à Venise qui dépend officiellement de Rome.

Galilée face à l'Inquisition romaine, par Cristiano Banti en 1857. Collection privée. © Wikimedia Commons, DP

L'activité de l'Inquisition dépend largement de l'autorité politique : ne disposant ni de police ni d'armée, elle a besoin de leur collaboration pour exercer sa juridiction. Son efficacité résulte en partie de la publicité qu'elle donne à son action ; toute nouvelle campagne contre l'hérésie donne lieu à la rédaction de deux édits.

  • « L'édit de foi » s'adresse à l'ensemble de la population en précisant la nature des crimes recherchés et incitant à la transmission d'informations susceptibles d'aider le tribunal, sous peine d'excommunication.
  • « L'édit de grâce » s'adresse directement aux hérétiques et les incitent à se dénoncer pour bénéficier de l'indulgence des juges. Lorsqu'un nombre important de procédures est sur le point d'aboutir, le tribunal propose d'organiser un autodafé, cérémonie de pénitence publique durant laquelle sont proclamés les jugements de l'Inquisition. Ce terme est souvent devenu synonyme d'exécution publique par le feu.  
Tribunal de l'Inquisition par Francisco de Goya, entre 1812 et 1819 (autodafé dans une église : les accusés portent un chapeau pointu ; les flammes peintes sur les chapeaux supposent qu'ils sont condamnés au bûcher). © Académie royale des Beaux-Arts de San Fernando, Madrid, Wikimedia Commons, DP

Les châtiments de l’Inquisition 

Les sanctions sont graduées en fonction des délits commis : elles vont de la simple pénitence à la mort sur le bûcher, en passant par l'amende, la confiscation des biens, le bannissement. La torture est employée lors de la procédure pour obtenir des aveux mais l'inquisiteur préfère généralement les aveux spontanés. Pour les cas graves, le tribunal pratique l'infamie publique (port d'une tunique recouverte d'inscriptions).

La chronologie des persécutions n'est pas clairement établie : en Espagne, il semble que les premiers visés soient les juifs récemment convertis puis les morisques (musulmans) convertis de force à partir de 1502. La répression systématique apparaît avec Philippe II (règne de 1556 à 1598) et déclenche le soulèvement de la région de Grenade en 1569. La persécution des protestants fait de nombreuses victimes à Valladolid et à Séville, où des exécutions de groupes ont lieu sur la période 1559-1562.

L'édit d'expulsion des Juifs d'Espagne présenté aux Rois catholiques par l'inquisiteur Torquemada en 1492, par Emilio Sala y Francés en 1889. © Musée du Prado, Madri, Wikimedia Commons, DP

L'activité des Inquisitions est très souvent associée à la torture et au bûcher et pourtant, sur ce point, les inquisiteurs se sont montrés plus cléments que les juges laïcs rendant la justice civile. Par contre, les peines d'ordre économique infligées aux condamnés n'ont pas été suffisamment évoquées, leurs conséquences sont très importantes. Le bannissement et la confiscation de biens ont ruiné des familles entières, notamment dans le milieu de l'aristocratie financière espagnole. Les tribunaux inquisitoriaux étant toujours à cours d'argent, on estime que 50 à 60 % des revenus de l'Inquisition proviennent d'arrangements passés avec les prévenus pour éteindre les procédures.

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