Bataille de Lens, 20 août 1648, victoire de Condé ; dernière bataille de la guerre de Trente Ans. Par Jean-Pierre Franque en 1841. Château de Versailles, Galerie des Batailles. © Wikimedia Commons, domaine public

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Guerre de Trente Ans : quelles en sont les causes ?

Question/RéponseClassé sous :histoire , la guerre de Trente Ans , Saint-Empire romain germanique

La guerre de Trente Ans déchire l'Europe de 1618 à 1648 : les Habsbourg d'Espagne et d'Autriche qui détiennent la couronne de l'Empire germanique, et sont soutenus par l'Église catholique, s'opposent aux États allemands protestants alliés des puissances européennes à majorité protestante (Provinces-Unies, Danemark, Suède) mais également de la France qui espère anéantir l'hégémonie des Habsbourg en Europe.

En 1618, la guerre de Trente Ans débute comme une guerre religieuse interne à l’Empire germanique mais les puissances européennes interviennent rapidement par le jeu des alliances et transforment l'Empire en champ de bataille européen. Le facteur religieux va passer au second plan, puisque les alliances politiques vont se faire et se défaire sans tenir compte des différentes confessions des belligérants.

Les origines de la guerre de Trente Ans à rechercher dans la Paix d’Augsbourg de 1555

La Paix d'Augsbourg adoptée le 25 septembre 1555 signe le début d'une nouvelle ère pour l'Allemagne : elle clôt la période de la Réforme et reconnaît la coexistence de deux confessions : l'Église catholique et les luthériens ; les calvinistes ne seront reconnus qu'en 1648. La liberté religieuse est accordée aux princes, États et villes libres de l'Empire ; aucun État de l'Empire ne peut en attaquer un autre sous un prétexte religieux et on ne peut obliger un prince à changer de religion. Les sujets des États de l'Empire doivent suivre le choix de leur prince ; c'est le sens de la formule inventée à la fin du XVIe siècle : « cujus regio, ejus religio » (à tel souverain, telle religion).

Carte des possessions territoriales des Habsbourg (en vert), à l'abdication de Charles Quint en 1555. © Cambridge University Press

Le compromis provisoire institué par la Paix d'Augsbourg permet de neutraliser le problème religieux et assure à l'Allemagne sa plus longue période de paix de 1555 à 1618. Avec la Paix d'Augsbourg, le Saint Empire change de visage : à une structure politique s'appuyant sur l'unité religieuse, succède une mosaïque d'États catholiques et luthériens. La partition confessionnelle est adaptée à la structure politique morcelée de l'Empire mais elle l'affaiblit au profit des États qui le constituent, puisque ces derniers sont désormais en charge des questions religieuses. L'idée impériale (celle de l'Empire formé d'États soumis à l'autorité supérieure de l'empereur) demeure bien vivante jusqu'aux années 1600, mais la fracture religieuse s'agrandit progressivement en Allemagne et conduit au début du XVIIe siècle, à l'opposition de deux blocs prêts à s'affronter.

Carte de l'Empire germanique vers 1648 (elle permet de constater le morcellement territorial de cette entité politique) d'après l'Atlas historique de William Shepherd. Bibliothèque de l'université du Texas. © Wikimedia Commons, domaine public

La guerre dans l’Empire germanique

Dans le royaume de Bohème au début du XVIIe siècle, la situation religieuse reste très incertaine car la Paix d'Augsbourg ne s'applique pas à ce territoire. En 1609, l'empereur germanique Rodolphe reconnaît la liberté de culte des protestants de Bohême. En 1617, l'empereur Ferdinand II (qui est roi de Bohême) entreprend la « catholicisation » à grande échelle de la Bohême et provoque la fronde des nobles protestants contre la monarchie des Habsbourg ; c'est l'épisode de la « défenestration de Prague » en mai 1618.

Portrait (détail) de l'empereur germanique Ferdinand II de Habsbourg, par Joseph Heintz en 1604. Musée d'Histoire de l'Art, Vienne, Autriche. © Wikimedia Commons, domaine public

En août 1619, la Bohême est devenue une confédération de provinces gouvernée par un monarque élu : le roi Ferdinand est déposé et l'électeur palatin Frédéric (prince calviniste allemand) est proclamé souverain de Bohême. Frédéric prend la tête de l'Union protestante créée par son père pour sauvegarder les intérêts protestants au sein de l'Empire germanique. Le nouveau gouvernement de Bohême espère avoir le soutien de l'Angleterre, des Provinces-Unies et du Danemark. L'empereur germanique Ferdinand II obtient l'appui financier et idéologique de la Couronne d'Espagne, du pape et de la Sainte Ligue catholique allemande. La bataille de la Montagne Blanche (près de Prague), le 8 novembre 1620, se solde par la victoire écrasante de la Sainte Ligue ; elle est considérée comme une des premières et plus importantes batailles de la guerre de Trente Ans.

Portrait de Frédéric prince électeur palatin, en roi de Bohême, par Gerard van Honthorst en 1634. Musée du Palatinat, Heidelberg, Allemagne. © Wikimedia Commons, domaine public

L'armée impériale s'empare de la Bohême et les membres du gouvernement sont arrêtés et condamnés à mort. L'échec de cette fronde des princes s'avère catastrophique pour le royaume de Bohême : la noblesse locale est décimée et le nouveau souverain accentue la centralisation du pouvoir. En 1620, la condamnation de Frédéric, prince électeur du Palatinat, sa mise au ban de l'Empire germanique et l'attribution au duc de Bavière de sa charge d'électeur, entraînent l'entrée en guerre des princes protestants du côté de Frédéric : c'est le véritable élément déclencheur de la guerre de Trente Ans.

L’attitude des puissances étrangères

Les régions rhénanes sont le siège de plusieurs batailles pendant les années 1621-1622 et les forces catholiques contrôlent le sud et l'ouest de l'Allemagne. Les combats sont accompagnés de destructions et d'exactions très importantes par les armées en campagne. En 1625, Christian IV de Danemark se décide à intervenir dans le conflit : monarque luthérien vassal de l'empereur germanique, il veut défendre le luthéranisme et étendre ses possessions en Allemagne du nord. La France sollicitée se limite à accorder une aide financière au souverain danois. En 1626, les Danois et leurs alliés protestants allemands sont défaits par l'armée impériale et son général en chef Wallenstein. Pour sauver son royaume, Christian IV est contraint de signer la paix de Lübeck en mai 1629 : le Danemark s'engage à ne plus intervenir dans les affaires de l'Empire ; c'est la fin de l'influence politique danoise en Europe. Débarrassé du danger danois, l'empereur germanique envoie ses troupes en Italie du nord, pour appuyer l'armée espagnole qui combat les troupes françaises envoyées par Richelieu.

Portrait (détail) du cardinal de Richelieu par Philippe de Champaigne, entre 1633 et 1640. National Gallery, Londres. © Wikimedia Commons, domaine public

Le roi de France Louis XIII prend conscience du déséquilibre politique qui s'instaure au profit des Habsbourg : il redoute une coalition entre le roi d'Espagne et l'empereur germanique, qui provoquerait un encerclement du royaume de France. La diplomatie française concentre ses efforts sur la Suède, puissance montante de la Baltique qui vient de vaincre la Pologne. En janvier 1631, Gustave Adolphe II de Suède s'engage à entretenir en Allemagne une armée de 30.000 fantassins et 6.000 cavaliers, moyennant une aide financière de la France de 400.000 écus par an. Le roi de Suède (protestant) promet de respecter le culte catholique et de ne pas faire la guerre aux alliés de la France.

Portrait de Gustave Adolphe II, roi de Suède, par Jacob Hoefnagel vers 1624. Musée The Royal Armoury, Stockholm. © Wikimedia Commons, domaine public

Le rétablissement de la paix en Allemagne est rendu possible par la signature de la Paix de Prague en mai 1635, mais la France et la Suède s'opposent à l'accord trouvé par l'empereur germanique Ferdinand II. On assiste à une alliance surprenante du roi de France catholique avec la couronne de Suède protestante. Richelieu décide que le moment est venu de déclarer la guerre à l'Espagne. Les armées françaises, fortes de 120.000 hommes, vont intervenir dans quatre secteurs :

  • Pays-Bas espagnols (pris en tenaille entre France et Provinces-Unies) ;
  • duché de Lorraine, Alsace et Franche Comté ;
  • Italie du nord (Piémont et Valteline) ;
  • Pyrénées.

La dernière grande bataille est celle de Lens, le 20 août 1648 : Condé à la tête de l'armée française, défait les Espagnols ; l'empereur Ferdinand III accepte les formalités de paix dont les négociations durent en fait depuis cinq ans. Les traités de Westphalie concluent la guerre de Trente Ans, le 24 octobre 1648. Ils sont signés à deux endroits distincts pour des raisons d'incompatibilité religieuse :

  • à Osnabrück entre le Saint-Empire, la Suède et les puissances protestantes ;
  • à Münster entre l'Empire, la France et les puissances catholiques.

La guerre entre la France et l'Espagne n'est pas incluse dans les dispositions des traités. C'est le traité des Pyrénées, signé le 7 novembre 1659, qui formalise la paix entre couronnes d'Espagne et de France.

Entrevue de Louis XIV et Philippe IV d'Espagne pour le traité des Pyrénées de 1659, par Jacques Laumosnier, XVIIe siècle. Musée de Tessé, Le Mans. © Wikimedia Commons, domaine public

Bilan de la guerre de Trente Ans

La guerre de Trente Ans a ravagé toutes les régions traversées par les armées européennes. Certaines provinces se dépeuplent de manière dramatique : la Saxe, l'Alsace, la Franche-Comté, la Lorraine ont perdu la moitié de leur population, les deux tiers pour le Palatinat. L'Allemagne du nord est particulièrement dépeuplée : en Poméranie, la population diminue de 65 % entre 1618 et 1648. La France est la « grande gagnante » de cette guerre de Trente Ans : son hégémonie européenne va s'affirmer sous Louis XIV. Elle bénéficie de plusieurs gains territoriaux très importants dont l'Alsace.

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