Tableau Vue de Delft par Johannes Vermeer, peint en 1660 ou 1661. Cabinet royal de peintures, Mauritshuis, La Haye, Pays-Bas. © Mauritshuis, domaine public

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Histoire : la naissance des Provinces-Unies

Question/RéponseClassé sous :Époque moderne , Pays Bas , Provinces Unies

Au début du XVIe siècle, les dix-sept provinces qui forment les Pays-Bas sont unies sous la couronne d'Espagne de Charles Quint. Dans les années 1550, les Pays-Bas deviennent un foyer majeur du calvinisme et depuis 1568, la question de la liberté de culte entretient une révolte armée contre la politique répressive et intolérante de Philippe II d'Espagne. En juillet 1581, par l'Acte de La Haye, les sept provinces du nord prennent leur indépendance et constituent une fédération proposant un régime politique inédit en Europe à cette époque.

L'année 1579 est une étape décisive dans la construction politique des Provinces-Unies. Le nouveau gouverneur des Pays-Bas, Alexandre Farnèse, se concilie les provinces du sud en leur promettant le retrait des armées espagnoles et des garanties d'autonomie politique vis-à-vis de la Couronne d'Espagne. En formant l'Union d'Arras, le 6 janvier 1579, les provinces du sud se soumettent à Philippe II ; les représentants des sept provinces du nord (Hollande, Zélande, Gueldre, Frise, Utrecht, Overijssel, Groningue) répliquent le 23 janvier 1579 par l'Union d'Utrecht. Il s'agit du premier pas vers la scission entre Provinces-Unies (Pays-Bas actuels) et Pays-Bas espagnols (Belgique actuelle). Mais seule l'interdiction du protestantisme peut satisfaire Philippe II, bien décidé à revenir sur toutes les concessions et à reconquérir les provinces du nord dès que les circonstances le permettront.

Carte des Provinces-Unies connues sous le nom de Hollande..., par J.B. de La Fosse, Paris, 1779. Bibliothèque nationale de France. © BnF, Gallica, domaine public

Un nouvel État à la recherche d’un souverain

De 1581 à 1588, les Provinces-Unies sont à la recherche d'un souverain. François d'Anjou, frère du roi de France Henri III, est sollicité sans relâche ; il se dérobe parce qu'il espère épouser Élisabeth d’Angleterre. Les États Généraux et le gouverneur général Guillaume d'Orange sollicitent en vain la candidature d'Henri III en personne, qui craint de déclencher un conflit avec l'Espagne. Les États Généraux se tournent alors vers Guillaume d'Orange mais celui-ci est assassiné en juillet 1584 (à l'instigation de Philippe II ?). Initiateur de la révolte des Pays-Bas contre le roi d'Espagne, Guillaume Ier d'Orange est le personnage central de la fondation de la nation néerlandaise (il a reçu le titre de « père de la patrie »). À son tour sollicitée, Élisabeth d'Angleterre refuse mais envoie le comte de Leicester, promu gouverneur général des provinces néerlandaises. Leicester prône un calvinisme radical et la lutte à outrance contre l'Espagne ; après une tentative de coup de force contre les villes de Hollande, Leicester quitte le pays en 1587. Les États Généraux décident de se passer de souverain et proclament la république en 1588.

Portrait de Guillaume d'Orange Nassau par Adriaen Thomasz Key, en 1579. Rijksmuseum, Amsterdam, Pays-Bas. © Rijksmuseum, domaine public

Un nouveau système politique : la république

La jeune république des Provinces-Unies est une confédération de sept provinces auxquelles s'ajoutent les pays de « la Généralité » reconquis sur les Espagnols. Chaque province a ses États provinciaux dans lesquels les décisions se prennent à la majorité des voix. Les provinces conservent chacune leur monnaie, leur justice, leur législation civile et ecclésiastique. Elles disposent d'un exécutif à deux têtes, civile et militaire : le Pensionnaire et le Stathouder. Au sommet de l'édifice politique se situe l'unique organe fédéral, les États Généraux, assistés d'un Conseil d'État, organe de contrôle de l'armée et des finances fédérales. Les attributions des États Généraux concernent surtout la politique extérieure : ils représentent les Provinces-Unies, décident de la guerre et de la paix. Le budget fédéral est alimenté par les contributions des provinces : la Hollande fournit à elle seule 56 % de la somme totale et Amsterdam participe pour moitié à la contribution hollandaise ; la ville pèse donc d'un poids particulier dans les décisions communes. Ce régime républicain est un cas exceptionnel dans une Europe où prédomine la monarchie absolue.

En 1596, l'alliance avec la France et l'Angleterre implique la reconnaissance des Provinces-Unies par ces deux pays, affaiblissant un peu plus la position de l'Espagne. Le poids financier de la guerre est devenu insupportable pour la monarchie espagnole et pour les Provinces-Unies (le conflit est un frein sérieux au commerce). Une trêve de douze ans est signée en 1609 entre les représentants néerlandais et les Archiducs de Habsbourg qui règnent sur les Pays-Bas espagnols depuis 1598. La trêve consacre l'indépendance des Provinces-Unies et le partage des anciens Pays-Bas, qui seront officiellement reconnus en janvier 1648, avec la paix de Münster signée à l'issue de la guerre (européenne) de Trente Ans.

 La célébration de la paix de Münster par la garde civique d'Amsterdam, par Bartholomeus van der Helst, en 1648. Rijksmuseum, Amsterdam. © Rijksmuseum, domaine public

Les Provinces-Unies sous le signe de la tolérance religieuse

Dans une Europe du fanatisme, les Provinces-Unies vont constituer au XVIIe siècle, un havre de tolérance où la liberté individuelle de conscience est reconnue selon l'Union d'Utrecht de 1579. La jeune république refuse de légiférer ou d'adopter une ligne doctrinale en matière religieuse. Pourtant, les Provinces-Unies sont nées d'un conflit largement religieux et les calvinistes victorieux sont loin d'être tolérants : une forte minorité extrémiste tolère mal la présence d'autres confessions. À côté de l'Église calviniste existent des luthériens, des « sectes » protestantes (anabaptistes, mennonites), des catholiques et des juifs. Les raisons de la paix religieuse sont à rechercher dans l'attitude des pouvoirs publics : les villes et les États provinciaux tiennent à conserver leur indépendance à l'égard de l'Église calviniste. En devenant Église d'État, elle ne jouit pas d'un monopole mais d'une situation privilégiée : elle bénéficie de temples publics et elle est chargée de l'enseignement officiel. Mais les ministres du culte payés par l'État doivent rester dans le rôle qui consiste à assurer la paix sociale ; pas question pour eux d'entrer dans des querelles théologiques débouchant sur des troubles publics.

Le synode de Dordrecht en 1619, par Pouwel Weyts : l'Église calviniste est reconnue officiellement et la liberté religieuse est garantie. Stedelijkmuseum, Dordrecht, Pays-Bas. © Stedelijkmuseum, domaine public

La guerre d'indépendance a ancré chez les Hollandais la haine du fanatisme religieux dont l'Espagne catholique représente, pour eux, la caricature. Les Provinces-Unies accueillent bon nombre de réfugiés victimes de l'intolérance : protestants et opposants politiques français, juifs espagnols... Enfin, le commerce et les affaires nécessitent de rester indifférent à la confession de la clientèle. À Amsterdam se côtoient calvinistes, juifs et catholiques ; la ville tolère même des intellectuels sceptiques à la limite de l'athéisme. Le cosmopolitisme de ce port international, « entrepôt du monde », ne doit pas fausser la vue générale : le calvinisme imprègne la société hollandaise, il constitue une composante essentielle de l'identité nationale des Néerlandais et le fondement moral de la famille et de la vie quotidienne.

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