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La tuilerie passe de l'expérimentation à la production

Dossier - Guédelon : renaissance d'un château médiéval
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Thierry Darques

Depuis 20 ans, 45 « œuvriers » construisent sous vos yeux un château fort avec les techniques du XIIIe siècle, au cœur de la forêt, avec à leur disposition les matériaux nécessaires à la construction : l'eau, la pierre, la terre, le sable, le bois.

  
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L'atelier de tuilerie et carreaux de pavement est entré en phase de production. Deux cuissons ont été réalisées dans la saison par Bruno et Diana.

Tuilier à Guédelon, 2017. © Guédelon - Tous droits réservés

Tout a commencé par des recherches sur documentation archéologique conduites par Franck et Diana. Ces études ont conduit à la réalisation d'un four expérimental rectangulaire, d'un mètre cube de volume et d'une capacité de 800 tuiles ou carreaux de pavement. Ce four a été édifié en terre et briques réfractaires par Bruno et Jean-Jacques.

La tuilière en train de réaliser un carreau de pavement. Les carreaux et tuiles sont réalisés avec l'argile extraite du chantier. © Guédelon - Reproduction et utilisation interdites - Tous droits réservés

Des modèles archéologiques

Pour la première cuisson qui s'est déroulée en août, le four a été chargé de 500 tuiles et 300 carreaux de pavement. Les tuiles sont confectionnées avec la glaise de Guédelon. Moulées dans un gabarit rectangulaire en bois, elles sont lissées, démoulées et un ergot y est formé. Selon la saison, le séchage peut durer de quelques jours à plusieurs semaines.

Les carreaux sont de facture moins grossières. Unis ou bicolores à motifs floraux, ils correspondent à des modèles du XIIIe siècle. Pour charger le four, tuiles et carreaux sont disposés sur chant et en quinconce par couches successives. Avant l'enfournement, il faut préchauffer doucement le four afin d'éliminer toute trace d'humidité.

Carreaux de pavement : les différentes couleurs sont obtenus par le mélange d'ocres différentes et plus ou moins concentrées. © Guédelon - Reproduction et utilisation interdites - Tous droits réservés

4 jours et 3 nuits de cuisson

Le grand feu a été allumé à l'extérieur de l'alandier et, peu à peu, on a poussé les braises vers l'intérieur pour monter progressivement la température aux alentours de 1.000 °C. On est alors entré dans une phase active. Durant quatre jours et trois nuits, toujours là et jamais las, Bruno, Diana, Florian, Jean-Jacques, Jean-Michel, Séverine et Thierry ont maintenu le brasier. Trois stères de charbonnette de chêne et de hêtre ont été avalés par le four.

En fin de cuisson, le four a été colmaté pour éviter toute perte brutale de température. L'alandier a été bouché et le dessus du four a été fermé par des tuiles cuites recouvertes d'une couche de trois à quatre pouces de terre glaise. Le refroidissement progressif, comme la cuisson, a duré quatre jours. Chaque pièce de cette cuisson expérimentale a fait l'objet d'un examen et d'un classement.

25 % de casse et des enseignements pour l'avenir

Les pièces cuites sont de bonne qualité mais on a déploré la casse de tuiles et carreaux. Il semble que le chargement soit en cause. Le mélange des formats différents, tuiles et carreaux, a pu provoquer un affaissement dans le four. Nous en avons conclu que le four doit être chargé de façon à ce que la chaleur circule de façon homogène. On est de plain-pied dans le volet expérimental de notre chantier. Une seconde cuisson, conduite à la mi-octobre a permis de consolider les acquis de la première.

Four contenant tuiles et carreaux de pavement en pleine cuisson. © Guédelon - Reproduction et utilisation interdites - Tous droits réservés

Un second four en 2006

Dès la réouverture du chantier en 2006, Bruno, Diana et Jean-Jacques vont édifier un second four à côté du premier et entrer ainsi en phase de production des tuiles et carreaux de pavement. Disposer de deux fours moyens à la place d'un gros va permettre de maintenir chaque cuisson à une durée de quatre jours et trois nuits au lieu du double. La consommation de bois s'en trouvera également amoindrie.